23 MAI 2009 - 21 h 00

Une petite heure de grâce musicale dans un lieu intimiste, c’est bien ce à quoi nous a convié Jeanne Added au caveau des Unelles. A capella ou accompagnée de sa basse, elle a déroulé un répertoire articulé avec clairvoyance entre reprises et compositions originales. Habitée par son chant, elle a distillé, sans emphase, une émotion vraie, empreinte de nuances fragiles. Son art vocal, dans ce contexte élémentaire, s’est déployé avec adresse touchante pour le public. C’était simple et beau, évidemment original. Jeanne Added suit sa voie et c’est bien ainsi. Sa voix nous poursuit et on ne se lasse pas.


23 MAI 2009 - 16 h 43

Jeanne Added Solo
Jeanne Added Solo
Caveau des Unelles, Coutances, 23/05/2009

23 MAI 2009 - 14 h 00

Ce projet solo s’inscrit-il dans un genre précis ou est-il strictement personnel ?

Les genres et autres étiquettes, c’est pratique pour vendre des disques ou pour s’y retrouver dans son itunes. Ensuite, en ce qui me concerne, j’ai, comme tout le monde, une culture variée. Je peux définir un thème ou un genre par souci de clarté vis à vis d’un interlocuteur, mais je ne me pose pas la question en ce sens. Des amis m’ont dit en écoutant le solo pour la première fois que cela me ressemblait, que c’était une image de moi, de ce qu’ils connaissaient de Jeanne.

Vous êtes sensible au texte et avez chanté des poètes. Êtes-vous une grande lectrice ?

Oui, je lis beaucoup.

Quelle place accordez-vous à la poésie ?

C’est partagé. D’une part je suis intéressée en tant que musicienne qui cherche des textes sur lesquels écrire de la musique pour faire des chansons et, d’autre part, je suis fascinée, mais c’est aussi valable pour la littérature, par ces auteurs qui arrivent à exprimer ce que je ne soupçonnais pas pouvoir ressentir et qui révèlent en moi des choses pour lesquelles je n’ai pas forcément de mots.

C’est le principe même de la poésie de pointer des émotions profondes que l’on est incapable de verbaliser. Mais n’est-ce pas également le principe actif d’une démarche musicale ?

En l’occurrence, la démarche musicale ne se fait pas avec des mots, mais oui, c’est le même principe. Après, le mécanisme qui fait que mon chant va toucher l’auditeur ne m’appartient pas. Cette partie du jeu nécessite la personne face à moi qui m’écoute. Moi, j’exprime, de mon mieux et avec le plus de sincérité possible, mon ressenti du moment, la musique qui me traverse. Après, la façon dont les gens la reçoivent dépend de ce qu’ils ont vécu dans la journée, s’ils ont eu le temps de prendre un dessert on non avant de venir au concert, enfin de là où ils en sont dans leur vie. En fonction de ça, ils vont se projeter eux-mêmes dans mon chant et ressentir ou non quelque chose. Mais là, cela ne m’appartient plus.

Alain Bosquet a écrit quelque part : "j’ai écrit ce poème, il est à toi." N’est-ce pas le sens de toute démarche artistique que de proposer pour recevoir ? Et le retour est-il nourricier ?

Sur scène, ce sont des mécanismes subtils qui se mettent en place. En groupe, par exemple, il arrive que l’on ne "sente" pas les gens. On est en train de jouer et on ne les sent pas. Et pourtant, à la fin du concert, on recueille des retours positifs. Comment expliquer un truc pareil ?

En solo, le contact est plus évident. Et comme je fais des petites salles, des lieux conviviaux où je vois les gens, où je peux chanter sans micro, aller leur parler à l’oreille si je le souhaite, le rapport est forcément plus immédiat. Sur une grande scène, cela peut-être plus compliqué. Quant à savoir si c’est nourricier, oui un public présent, cela porte. Ne serait-ce qu’au niveau de l’énergie. Et quand tout le monde, musiciens sur le plateau et public dans la salle, semble d’accord sur le plaisir partagé durant le concert, cela peut devenir carrément extatique...

Des projets ?

Avec Vincent Courtois, nous avons une tournée prévue à l’automne. Avec Le bruit du[sign], un projet avec des danseurs éthiopiens pour le festival Africolor. Un second album avec le groupe de Pierre de Bethmann... Et je suis en train de monter un groupe, avec un batteur qui joue aussi des claviers, Sébastien Brun, et un guitariste, Julien Desprez.

Enregistrement à la clef ?

Oui, ce n’est pas encore prévu, mais c’est dans l’ordre des choses.

Un power trio ?

Exactement. On joue très très très fort.


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