« Le jazz tisse sa toile... »
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Moussay-Monniot-Ducret-Darrifourcq, au Triton

Crazy together

D 8 octobre 2014     H 07:46     A Alain Gauthier    


L’anticyclone joue les prolongations et personne ne se plaint, ni les patrons de troquets dont les terrasses sont squattées jusqu’à point d’heures, ni les femmes qui arborent leurs tenues estivales une dernière fois avant de les remiser, ni les hommes qui refusent de se crever les yeux pour les admirer encore.
Un jeudi soir, dans notre monde en crise permanente (oui, il s’agit bien d’un oxymorre ) est-ce bien raisonnable de gaspiller ses forces dans un club de jazz au lieu de les rénover pour y retourner demain, suer du burnous pour son patron ?
Au Triton, la vie va bien, merci : dans la petite salle, Jean-Rémy Guédon a démarré les concerts de sa résidence de création « MUTEMPS » avec son gang de douze artistes.
Dans la grande salle, quatre beaux mecs, comme on dit du côté du quai des Orfèvres : Benjamin MOUSSAY aux piano, Fender et Moog, Marc DUCRET à la guitare, Christophe MONNIOT aux sax alto et sopranino, Sylvain DARRIFOURCQ à la batterie. Et un programme tout ce qu’il y a d’abscons : Paradox of infinity.

Benjamin Moussay - Le Triton, 22 sept. 2013 -  voir en grand cette image
Benjamin Moussay - Le Triton, 22 sept. 2013
© Florence Ducommun

On pourrait croire que la douceur de l’air sans un poil de vent, la clarté du ciel avec sa demi-lune évanescente ou la forme même de leur concert les inclinent à une introduction en douceur genre oyez oyez braves gens, prenez votre temps, installez-vous et nous aussi, coooooool. Ouais, ben fume Anthune : ils déboulent comme un poids welter mort de faim et cognent droit aux tripes, entre le foie et l’ombilic. D’entrée. À fond, jusqu’au poignet. Symétrik flow one que ça s’appelle. Ils ont l’air de reprendre une conversation restée inachevée : mais si tu sais bien quoi si mais non pas du tout d’ailleurs comme disait l’autre ah non je peux pas te comment tu peux pas et moi je peux dire quelque attends attends.....
Suit Unisson « parce qu’on va jouer la même chose ensemble » commente Moussay ( influencé par Morano, non ? ). Ben ces gars-là n’ont pas dû entendre parler de la transition énergétique. Du genre à dire « Elle ne passera pas par nous ». Parce que question engagement et démesure, ils font dans le modèle nucléaire. Monniot envoie un solo radioactif à se ioniser la bouche, Moussay et Darrifourcq y ajoutent un dialogue de réacteur en pleine escalade et Ducret appuie sur le bouton : Tous aux abris. On est vaporisé !!! Jusqu’où s’arrêteront-ils ?
Le dernier morceau du set ne leur fait ni baisser les bras ni économiser leurs forces : étrange, électrique, criaillant, industriel, coruscant, martien, nettoyant, planant ECM. Beau.
« On débute par Lignes parce que c’est vraiment difficile » annonce Moussay en début de second set. Il n’a pas tort : un thème virtuose, échevelé et casse-gueule nous remet au niveau du set précédent. Ça arrache, pas une lame du plancher qui résiste, les clous volent, se tordent et eux ne lâchent rien.

La suite de trois mouvements In Ligt Fiction-None et Canon (by Ducret ) ? hénaurme, puis Hénaurme et encore HÉNAURME. Démesure dans la démesure.
Ils savent tout faire, ils savent tout jouer, ils nous scotchent, muets et silencieux. Entre eux, la conversation continue : des monologues, des apartés, des assemblées générales.

On les rappelle bien sûr et, comme s’ils n’avaient pas épuisé leur stock de ce soir, ils reviennent jouer The Day, longue pièce apaisée.

Voyons voir, écouter un quatuor à cordes pour vérifier si le nettoyage auditif a fonctionné ? La grande fugue de Beethoven peut-être ?

> Jeudi 2 octobre 2014 à 21h - Le Triton, Les Lilas (93) - Dans le cadre du festival MAAD IN 93.
Benjamin Moussay : piano, Fender Rhodes, Moog / Marc Ducret : guitare / Christophe Monniot : saxophone / Sylvain Darrifourcq : batterie, électronique


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