Vingt-cinquième étape

Karlheinz Miklin
Karlheinz Miklin

Nous vous avons tout dit sur le 27 mars dans l’épisode 12 des Pérambulations, alors laissez-nous nous appesantir sur notre soirée lausannoise au Chorus. Nous connaissions fort bien Billy Hart et Heiri Känzig, il nous restait, ce soir-là, à découvrir Karlheinz Miklin. Il était temps me direz-vous sachant qu’il aura soixante-neuf ans cette année. Tout au long de sa discrète carrière, Karlheinz Miklin a côtoyé les plus grands. En vrac, Sheila Jordan, Ron McClure, Albert Mangelsdorf, Horace Parlan, Mel Lewis, et j’en passe. D’obédience classique, le bonhomme propose un jeu musclé avec en sus une réelle prédilection pour les belles mélodies, des caractéristiques somme toute souvent présentes dans le jazz germanique où l’on ne mégote pas sur le lyrisme (ce qui n’est pas une critique). Alors même s’il se permet de temps à autre quelques chevauchées libertaires fort inspirées, il n’en demeure pas moins évident que cet autrichien, aussi à l’aise avec un ténor, un alto, un soprano, une flûte qu’avec une clarinette basse, aime à coup sûr la formule triangulaire où les idées circulent avec un académisme de bon aloi. Cela n’empêcha pas, bien au contraire, Heiri Känzig de prendre des soli originaux, rugueux à souhait, à la mesure de son talent et de son inventivité, et Billy Hart de s’emparer des espaces qui lui étaient conférés par son statut car, ne le cachons pas, c’est bien pour lui que le public s’était déplacé. Nous noterons cependant, avec tout le respect qu’on lui doit, que dans le premier set le maître des peaux outrepassa quelque peu les limites du raisonnable, voire du musical, en faisant vivre le martyr à ses cymbales. Fort heureusement, il retrouva bien vite au second set le jeu qui fit, et fait encore, de lui un batteur aussi légendaire qu’incontournable. Sa seule carrière en atteste. Mais, à l’issue de cette soirée plutôt agréable et par moments réellement intéressante, nous relevâmes néanmoins l’aspect un peu trop sage de l’ensemble. Quelques envolées festives ne suffirent pas à faire décoller le trio nonobstant la réelle complicité qui reliait les artistes.

Voyez-vous, nous aimons énormément le calme des feux de cheminée. Mais nous aimons également que les bûches crépitantes éclatent quand on ne s’y attend pas, ou plus. Parce que nous aimons à ressentir cette impression magique que l’inattendu est une des constantes de la vie terrestre et peut-être bien l’un des creusets les plus insondables de la création. Ce soir-là au Chorus, la créativité ronronnait paisiblement dans l’âtre. Elle était bien tournée, aimable et souriante, mais pas enthousiasmante. Juste plaisante. Très.


Dans nos oreilles

Keith Jarrett/ Charlie Haden – Last dance
Charles Lloyd – Wild man dance

Sous nos yeux

Louise Erdrich – Love medecine
Polka N° 29