« Le jazz tisse sa toile... »
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Quatre disques dans la vitrine de Noël 2015.

D 20 décembre 2015     H 17:19     A Florence Ducommun, Thierry Giard, Yves Dorison    


Dans cette seconde vitrine de disques de décembre 2015, quatre disques que nous aimons : joyeux Noël !

Au menu :


FIORINI-HOUBEN QUARTET : « Bees and Bumblebees »

FIORINI – HOUBEN : « Bees and Bumblebees » -  voir en grand cette image
FIORINI – HOUBEN : « Bees and Bumblebees »
Igloo records
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On aime !

Paru l’an passé en Belgique sur le label Igloo Records, cet album fait sa sortie en France avec une pochette ne passant pas inaperçue ! Une femme-abeille à la trompette couchée sur une marguerite blanche dont j’ai aussitôt fait mon miel ! On en goûte la suavité dès le premier morceau « Habanera », dansant et joyeux donnant le ton de l’album qui se veut selon ses deux co-auteurs le pianiste Fabian Fiorini et le trompettiste Greg Houben un hymne joyeux à ce qu’ils nomment l’happyculture. Pour compléter le Fiorini-Houben quartet, on trouve deux autres musiciens belges réputés également sur la scène internationale , le contrebassiste Cédric Raymond et le batteur Hans van Oosterhout. Vous trouverez sur le site du label leurs parcours impressionnant.

Quatre musiciens élégants parfaitement en phase nous servent un répertoire original avec beaucoup de thèmes dansants donc, comme l’entêtant « Habanera » sus-cité (la habanera étant une danse cubaine ancêtre du tango), ou le titre éponyme du disque « Bees and Bumblebees » sur un air de rumba, non moins addictif. De l’humour bien rythmé aussi dans « Un serpent dans les Framboisiers ». Mais la nostalgie n’est pas absente non plus, comme dans « Honey » ou « Margarita », tandis que l’on reconnait les accords de Sweet Georgia Brown sur un « Sweet Yellow Jen » à l’intro joyeusement rythmée, le tout mêlant avec subtilité la tradition et le contemporain sans fausse note. Le son nuancé et sensuel de Greg Houben nous fait penser parfois à Chet Baker et s’accorde parfaitement au toucher délicat de Fabian Fiorini. La réactivité du batteur est parfaite et ne s’impose pas, tout comme celle du contrebassiste, ce qui en fait une section rythmique souple et douce et pourtant efficace comme dans « Keep it Tight Glad ».

On pourrait multiplier les superlatifs pour ce disque à la musique limpide, sobre et expressive, qui laisse une impression de respiration et d’espace, avec des thèmes étirés aux repères souvent connus, donnant place à la compréhension, exactement comme un interlocuteur au débit de parole posé et clair. On pourrait faire un rapprochement avec la bande dessinée belge qui manie le concept de « ligne claire » au langage graphique sobre et net. Du beau travail très jouissif pour un disque lumineux qui éclaire les ténèbres actuelles.

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Michelle HENDRICKS : « A little bit of Ella (Now and Then) »

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Michelle HENDRICKS : « A little bit of Ella »
Cristal Records
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On aime !

Si j’étais le Père Noël, le disque de Michelle Hendricks, j’en mettrais plein ma hotte. Je le collerais en background dans la crèche, histoire de mater un âne swinguant faire le bœuf avec qui de droit. Et sûr que le petit braillard dans la paille, s’il avait écouté ça dès la naissance au lieu de Tino Rossi, y nous aurait fait aimer le catéchisme. Tiens si j’écoutais cet enregistrement de 1998 en fourrant la dinde (l’animal), j’ai la certitude qu’elle serait intenable sur le billot. Je l’aurais eu quelques jours plus tôt (le disque, pas le nourrisson), je l’aurais glissé dans l’urne des régionales. Si j’avais Diana dans ma cabane ou Eliane sur son fleuve pollué, je leur mettrais entre les oreilles (là, vous avez eu peur…). Il n’est jamais trop tard pour apprendre.
La paire rythmique Nash/Washington, le plus discret des Pianiste avec eux, Tommy Flanagan, trois soufflants de luxe pour la douce georgia², papa Hendricks en guest-star sur un morceau, et l’affaire est dans le sac. Ça swingue comme jamais, c’est en place, c’est joyeux ; en bref, c’est vivant. La technique est là derrière, bien cachée. Seule vient aux oreilles la musique. Les allumés du bonheur vocal, telle Michelle Hendricks, donnent envie de vivre. Il leur suffit d’un scat pour tuer dans l’œuf les idées les plus noires, les plus chemises qui sont à proprement parler des camisoles de l’esprit. Il leur suffit d’un 4-4 pour étouffer les idées les plus bleues qui confondent la patrie avec le nationalisme, ce qui fit dire à Romain Gary que « La patrie c’est l’amour des siens [et] le nationalisme la haine des autres ». Il leur suffit d’un thème pour rendre heureux les inconnus qui se côtoient lors d’un concert. Leur musique, ce jazz-là, est une machine à vivre, une fabrique à rire, une usine à joie. Putain ça fait du bien ! Et que ce soit un hommage à Ella, la plus furieusement gentille des chanteuses, ne peut être un hasard. Alors quoi ? Vous prévenez vos amis que vous ferez vos cadeaux de Noël le 8 janvier 2016, jour de sortie du disque, et qu’ils pourront finir les marrons, parce que la dinde, elle n’aura pas survécu et, la bonne farce, on aura déjà tiré les rois. Things ain’t what they used to be.

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Enrico PIERANUNZI : « Proximity »

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Enrico PIERANUNZI : « Proximity »
CAMJazz
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On aime !

Enrico Pieranunzi n’a pas de plan de carrière, surtout pas de stratégie marketing pour développer des projets et les mener jusqu’à bout de souffle. Non, il joue du jazz dans des contextes sans cesse renouvelés, en croisant sur son chemin un maximum de musiciens, histoire de partager son bonheur de jouer ensemble et de se surprendre mutuellement. Il n’y a qu’à jeter un œil à son abondante discographie pour comprendre que le pianiste romain a des relations. Parmi celles-ci, le producteur Ermanno Basso qui suit activement ses faits et gestes musicaux avec son label CamJazz mais sans contrat d’exclusivité. Pour le 66ème anniversaire du pianiste (ce 5 décembre 2015), il ajoute à son catalogue ce magnifique « Proximity », titre signifiant pour une formule que l’absence de batteur rapproche d’une sorte de jazz de chambre. Enrico Pieranunzi a composé toute la musique de ce disque et invitait autour de ses partitions un trio de maîtres dans un studio newyorkais au printemps 2013. De son cheminement avec Chet Baker (qui n’affectionnait guère les batteurs...), il a retenu une manière sensible et raffinée de faire s’épanouir les mélodies, de leur donner des ailes (Sundays, Within The House Of Night...), d’inviter à la danse (Simul). À sa manière, il réunit ici une « Conference of The Birds » (comme disait Dave Holland jadis !) tant le chant des solistes a la grâce et l’agilité des oiseaux se posant sur le maillage des harmonies pour mieux s’envoler et virevolter. On écoutera avec quelle habileté Donny McCaslin habite cette musique avec l’art et la manière des plus grands (ne serait-il pas aujourd’hui le digne successeur de Michael Brecker ?). Une virtuosité naturelle sans arrogance qui fait également la force du jeu de Ralph Alessi qui s’épanche avec éclat dans cette musique qui danse et chante. Matt Penman, lui, donne la souplesse du tempo en faisant sonner le bois de sa contrebasse sans lourdeur. Et dans un tel contexte, Enrico Pieranunzi fixe le cap magistralement en parfaite complicité avec ses trois co-équipiers. Comme toujours, le piano, sous ses doigts devient un livre d’images qui raconte l’histoire d’un jazz qui lui appartient dans la filiation des maîtres qui ont ouvert des voies pour qu’il trace la sienne en toute liberté (écoutez le Five Plus Five échevelé en conclusion !). Voilà donc un disque magistral !

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THE WORKSHOP : « Music by Doug Hammond »

THE WORKSHOP : « Music By Doug Hammond » -  voir en grand cette image
THE WORKSHOP : « Music By Doug Hammond »
Onze Heures Onze
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On aime !

C’est une bonne année pour The Workshop du saxophoniste Stéphane Payen avec deux disques parus à quelques mois de distance sur le label Onze Heures Onze, à la calligraphie presque identique mais finement distinctive et très séduisante. En novembre est donc sorti le second opus « Music by Doug Hammond » après « Conversation With The Drum » en mai. On y retrouve au coté du leader, Guillaume Ruelland à la basse, Vincent Sauve à la batterie et le trompettiste Olivier Laisney. La source d’inspiration en est cette fois le batteur américain Doug Hammond, également compositeur-chanteur-poète et dont les collaborations multiples ont donné lieu à plusieurs disques ,en particulier celui où il joue en trio avec le saxophoniste Steve Coleman (Perspicuity paru en 1991). En 2007, année de sortie d’un disque en solo A Real Deal, Stéphane Payen fait sa connaissance. C’est alors le début d’une belle collaboration et amitié, scellée par la sortie de New Beginning en 2009 où ils jouent en trio avec le bassiste américain Reggie Washington.

On retrouve sur le disque de The Workshop plusieurs compositions de Perspicuity et New Beginning, revues et enrichies par la présence du bassiste Guillaume Ruelland en lieu et place du contrebassiste Muneer Abdul Fataah sur Perspicuity, et celle du trompettiste Olivier Laisney qui est carrément un atout dans l’ouverture des perspectives. Car d’un côté, on a la synchronicité mélodieuse du saxophone et de la trompette qui s’échappent parfois chacune dans de superbes chorus (Perspicuity Pt1 et Pt2), ou se lancent dans des sortes de joutes presque verbales (Learning). Et de l’autre côté, on a une section rythmique souvent lancinante, dramatique et presque inquiétante avec la basse et /ou la batterie ( comme dans In Flight et Knacken). Tout cela est fort séduisant avec un coup de cœur enfin pour Figit Time malgré sa brièveté, où les quatre musiciens sont en parfaite symbiose, et une basse presque rock, qui avait été par contre bien développé lors du superbe concert donné à l’AJMI à Avignon le 27 novembre dernier.

Voilà donc deux très beaux disques qui sont comme les deux facettes complémentaires d’une médaille (en or !) qu’on accorde haut la main à ces musiciens particulièrement généreux et passionnants.

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Les références :

FIORINI – HOUBEN : « Bees and Bumblebees »

> Igloo records - IGL249 / www.igloorecords.be

Greg Houben : trompette / Fabian Fiorini : piano / Cédric Raymond : contrebasse / Hans Van Oosterhout : batterie

01. Habanera / 02. Sweet Yellow Jen / 03. Honey / 04. Un serpent dans les framboisiers / 05. Bees and Bumblebees / 06. Keep it tight Glad / 07. Middle class blues / 08. Margarita / 09. Yes I didn’t / 10. Ressaca // Enregistré en Belgique en juillet 2013.

Michele HENDRICKS : « A Little Bit Of Ella (Now and Then) »

> Cristal Records - CR 237 / Harmonia Mundi

Michele Hendricks : voix / Tommy Flanagan : piano / Peter Washington : contrebasse / Lewis Nash : batterie /+/ Brian Linch : trompette / Robin Eubanks : trombone / David « Feathed » newman : saxophone ténor / Jon Hendricks : voix sur 2.

01. Sweet Georgia Brown (Bernie-Pinkard-Casey) / 02. How High The Moon / 03. Love For Sale (Porter) / 04. It don’t mean a thing (Ellington) / 05. Things ain’t what they used to be (Ellington) / 06. Oh, Lady Be Good (G & I Gershwin) / 07. Our Love is here to stay (Gershwin) / 08. A little bit of Ella (Now and then) (M. Hendricks) / 09. Airmail Special (Christian) / 10. Everytime we say goodbye (Porter) / 11. Sweet Georgia Brown (Bernie-Pinkard-Casey) version longue // Enregistré à New York les 7 et 8 janvier 1998.

Enrico PIERANUNZI : « Proximity »

> CAMJazz - CAMJ 7894-2 / Harmonia Mundi

Enrico Pieranunzi : piano / Ralph Alessi : trompette, cornette, bugle / Donny McCaslin : saxophone ténor / Matt Penman : contrebasse

01. (In)Canto / 02. Line For Lee / 03. Sundays / 04. Simul / 05. No-Nonsense / 06. Proximity / 07. Within The House Of Night / 08. Five Plus Five // Enregistré à New York les 9 et 10 avril 2013.

THE WORKSHOP : « Music By Doug Hammond »

> Onze Heures Onze - ONZ015 - 842796 / www.onzeheuresonze.com

Stéphane Payen : saxophone alto / Olivier Laisney : trompette / Guillaume Ruelland : basse / Vincent Sauve : batterie

01. Spies / 02. Perspicuity 2 / 03. In Flight / 04. Vanessa’s Dance / 05. Learning / 06. Knacken / 07. Mini Ensemble / 08. Leanin’ / 09. Perspicuity 1 / 10. Figit Time / 11. Waverings // Enregistré à Villetaneuse (France) en juin 2014.