Depuis 2024, le plus ancien festival de jazz au monde (1948) a raccourci son nom pour encore plus s’internationaliser
Depuis 2024, le plus ancien festival de jazz au monde (1948) a raccourci son nom pour encore plus s’internationaliser. Nouveau logo, changement d’identité visuelle, retour au mois de juillet après un passage à la fin août en 2024 . Quatre groupes de jazz au lieu de 3 par soirée au Théâtre de Verdure mais toujours que 3 pour la grande scène Masséna, très éloignée de notre conception du jazz...
Un peu d’histoire…
Combien ont connu ce 1er festival en 1948 où l’on pouvait retrouver Louis Armstrong sur la scène de l’Opéra de Nice avant qu’il n’aille applaudir Suzy Delair au Negresco pour le gala de clôture avec une jam où l’on a pu aussi admirer Yves Montand ?
Pour son retour en 1971 et pour un an, ce sera un première édition au Théâtre de Verdure.
Selon les puristes et les nostalgiques, la période magique du festival de jazz de Nice s’appelait « La Grande Parade du Jazz » sous la houlette de Simone Ginibre, un bonheur qui a duré 5 ans (1974-1979). Il avait trouvé son cadre de prédilection, Les Arènes de Cimiez avec 3 scènes, 3 décors pour 3 types de musiques…
Pendant 14 ans, (1980-1993) le festival fera du « naming » avant l’heure en accolant la marque JVC et c’est là que commencera l’ « ouverture » aux autres styles pour des raisons financières.
La Ville confiera la direction du Nice Jazz Festival à différentes structures privées de 1994 à 2011 avec plus ou moins de réussite pour finalement reprendre la régie en 2011 à l’occasion du changement de lieu, les Jardins Albert 1er et son Théâtre de Verdure, en centre-ville, nettement plus accessible pour le public !
Six ans après ma dernière édition (2019), je suis revenu découvrir ce qu’était ce Nice Jazz Fest mais je ne vous parlerai que de la soirée du samedi et des concerts au TDV, dernier bastion du jazz que l’on aime.
Samedi 26 juillet - 17h30
Premier à rentrer pour retrouver la place occupée il y a 6 ans, avoir le même angle pour Nubya Garcia & Christian McBride et revoir le saxo américain Billy Harper pour le dernier concert.
Impatient de découvrir sur scène celui que beaucoup (trop) ont comparé à Gregory Porter, Tyreek McDole, écueil qu’a très intelligemment évité le directeur artistique du NJF- Sébastien Vidal- dans sa présentation parlant plutôt d’un évènement de la même importance que la première venue de Porter à Nice et d’un multi-instrumentiste de grand talent.
19h15

Tout de blanc vêtu et coiffé d’une casquette à la mode du Che, Tyreek ne tarde pas à nous démontrer sa palette de talents en prenant place aux claviers électros pour nous offrir l’intro du 1er morceau avant un chorus de Dyland Band au sax tenor et un premier solo Caelan Cardello au piano.
Sa présence à Nice montre bien que cette nouvelle sensation newyorkaise du jazz vocal a dépassé les frontières de la Grande Pomme et même du continent américain. Ses talents ainsi que son premier album « Open Up Your Senses » méritaient bien la couverture et une très longue interview de Jazz News.
Incontestablement c’est l’harmonie complète dans le quintet avec Dan Finn à la contrebasse & Gary Jones III imposant derrière sa batterie.
Quand on pense qu’avant 2023 et le prestigieux concours International Sarah Vaughan qu’il a remporté sur les traces de Samara Joy (2019), peu auraient misé sur lui en dehors de NY. Pour ses débuts vocaux, il avait déjà remporté le concours national Essentially Ellington 2018 du Jazz au Lincoln Center avec le prestigieux prix Outstanding Vocalist Award.
Heureusement pour lui ce samedi, pas de groupe sur l’autre scène en même temps pour polluer ses titres spirituels. Il ne s’est pas rendu compte qu’il ne disposait que de 45 minutes pour emporter le public en se lançant dans trois longues interventions verbales qui ont coupé ses magnifiques élans lyriques.
20 h 30

Contrairement à ce qui a été écrit ou annoncé pour Nubya Garcia notamment dans le dossier de presse il ne s’agissait pas de son premier concert à Nice !
Nous avons eu du mal à reconnaître la jeune femme de 2019, au look afro tranché notamment par son abondante chevelure frisée, imposantes lunettes noires mais également sa musique très marquée.
Place à une tenue élégante, lunettes légèrement fumées et chevelure bien positionnée avec une longue tresse. Sur un support va brûler un bâton d’encens, parfum très lié à son nouvel album Odyssey sorti en septembre 2024.
Côté musique, un son plus profond, puissant et débarrassé des fioritures rythmiques de 2019 quand elle découvrait cette scène et préparait son premier album Source, sorti en 2020.
Son batteur Zoé Pascal commence par nous gratifier d’un superbe chorus suivi par celui du contrebassiste Max Luther.
Au fil du concert Lyle Barton nous distille ses arabesques musicales avec une dextérité époustouflante sur chacun des trois claviers.
Hélas pour Nubya, quand elle nous plonge avec délice dans un mezzo-voce saxophonique, profond et romantique, surgit un tsunami de vrombissements ponctué d’une bordée de cris hystériques en provenance de l’autre scène où se produisent Goldlink puis Masego…
Sa subtile interprétation de ‘That’s All « passera heureusement entre les coups de tonnerre…
21 h 45

Avec le maestro de la contrebasse, l’américain Christian McBride, c’est aussi un retour pour le même soir qu’en 2019, Nubya avait assuré l’ouverture de la soirée et Christian la clôture.
Mais cette année, c’est la formation « commando » en trio avec Benny Green au piano et Greg Hutchinson à la batterie qui se présentait devant le public niçois pour rendre hommage à Ray Brown.
Un trio de feu qui dès les premières notes distille le swing que l’on adore ! Premier chorus du leader suivi du batteur, le ton est donné quand le pianiste les rejoint dans ce sprint musical.
En pensant à Sinatra, c’est un blues dont nous abreuvent Benny et Christian. Ce dernier nous présente leurs excuses pour des tenues peu conformes à leurs habitudes, un peu trop décontractées pour des musiciens américains de cette classe… Leurs bagages n’ont pas suivi leur arrivée à Nice… Le public les rejoint sur ce ton de la plaisanterie.
Il ne peut que constater les dégâts quand le contrebassiste mondialement reconnu se lance dans un mezza-voce d’intro suivi par le balayage des baguettes du batteur et que les notes sont totalement recouvertes pour une bouillie sonore venue de l’autre scène comme ce fut trop souvent le cas pendant trois des concerts de la soirée.
Philosophes, ils se sont regardés en souriant avant de reprendre le fil de leur musique et de nous emporter avec eux.
23 h 00

Pour finir cette soirée, place aux All Stars du jazz, un septet baptisé The Cookers et composé de solistes de légende ayant accompagné des monuments du jazz mais leaders de leurs propres groupes.
Occasion assez rare de voir de tels musiciens dont deux octogénaires comme Billy Hart (batterie), sideman des plus grandes figures du jazz et leader de sa formation, Eddie Henderson dit Doc Henderson (trompette) initié à 9 ans à cet instrument par Louis Armstrong et dont les parents étaient amis de Miles Davis.
Toujours à la pointe de l’élégance le nonagénaire Cecil McBee, campé sur une chaise haute en retrait de l’impressionnante section de cuivres où Donald Harrison ( sax alto et 65) avec une magnifique veste jaune est bien présent. Manquent à l’appel ce soir Georges Cables (80) au piano remplacé par le jeune Danny Grisset (50) et Billy Harper (82) par Azar Lawrence (72) au saxo tenor.
Dans ce collectif très bien huilé, c’est David Weiss (trompette), quasi le benjamin du collectif (61) qui semble avoir régler ce ballet d’artistes. Chaque soliste de la section cuivres peut laisser libre cours à son talent, sa science de l’impro pour ensuite s’écarter jusqu’à disparaître du champ visuel afin de laisser le complice s’exprimer à son tour.
Seul le « Doc » va s’asseoir entre deux solos.
Quand en fin de concert arrive le solo de Cecil McBee, un silence religieux s’installe sur le Nice Jazz Fest pour écouter ce son si particulier qui caractérise son phrasé.
En profiter au maximum car nous pensons à une autre grande figure du jazz, le pianiste Randy Weston (dont Billy Harper était le sax tenor) qui était venue en 2018 à 92 ans au Nice Jazz Festival pour ce qui aura été son dernier concert.
Photographies : Philippe Déjardin
https://www.nicejazzfest.fr/fr/
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https://www.nubyagarcia.com/