Lundi 18 août 2025

Trenet en passant

Guillaume de Chassy : piano
Géraldine Laurent : saxophone alto
André Minvielle : voix

Si je vous avais dit qu’hier à Cluny je trainais en passant ou même que je passais en traînant, il eut été improbable que vous me crussiez. Je n’étais pas là par hasard puisque l’âme des poètes m’avait convoqué et que le lien induit qu’elle entretient avec la forme de jazz classique qu’exprimait un grand Charles sans Képi donnait à sa présence à Jazz Campus une excellente raison d’être. Avec deux complices à la personnalité forte, il faut ce qu’il faut, l’hommage rendu à Trenet par Guillaume De Chassy prit sur la scène du Théâtre des Arts de Cluny une forme congrue, proche de l’esprit initial mais offrit à la lettre une originalité propre au trio (de luxe) qui sut se faire duo et presque solo ici et là, au bon endroit au bon moment, pour laisser émerger la quintessence d’une musique souvent chantante qui éclipsa, plus qu’il n’eut fallu, dans l’imaginaire collectif des paroles douces amères. L’arme des poètes ? Le mot. Sa profondeur abyssale. Sa singularité native. Sa couleur et son rythme. Ses arêtes. La porosité de ses contours. Sa sonorité. Son goût pour l’autre. L’âme du poète ? Le sens et l’essence, la transmission spontanée de l’émotion, du non-exprimable, un incommensurable besoin d’éclairer l’ombre, de rapprocher les limites et l’illimité. À ce jeu, Guillaume De Chassy et Géraldine Laurent donnèrent à André Minvielle l’écrin musical gourmand dont il avait besoin pour « chanter l’auteur », lui refiler du scat à la sauce béarnaise et transmettre son don ; les trois de front s’offrirent avec une verve communicative un espace inventif à la mesure du narbonnais chantant. En faire bien assez sans en faire trop, se tenir sur le fil du discours, le tendre et le détendre, l’envoyer valser dans les oreilles de l’auditoire, voilà ce que fit le trio avec un convivial entrain. De quoi faire sourire un atrabilaire convaincu ou une paire de fâcheux moroses. C’était un 18 août à Cluny, jour où l’on dit qu’à la sainte-Hélène la noix est pleine et le cerneau se met dans l’eau.


Mardi 19 août 2025

Les Géants Terrestres

Anne Quillier : claviers
Fany Fresard : violon
Pierre Horckmans : clarinettes
Anaïs Pin : violoncelle

Du caractère et de l’originalité, c’est ce dont Anne Quillier fait preuve depuis qu’elle s’exprime sur scène. Ce 19 août, avec ses géants terrestres, sa musique se para d’une densité sombre sans être obscure. Avec un mélange des timbres audacieux, elle et ses comparses déclinèrent une belle envie de crier l’amour et la colère qui l’accompagne dans un monde fragilisé par la bêtise humaine. Entre douceur suspendue et violence sonore, de la caressante clarinette au violoncelle inflammable, du violon acrimonieux à la rondeur des claviers, la musique célébra l’univers forestier et son indispensable présence. Authentique et parfaitement musicale (comme toujours), la créativité du groupe sut séduire le public, ce qui demeure l’essentiel en toute circonstance lors d’un concert.


Szolenn

Lou Lecaudey : trombone, composition
Joseph Bijon : guitare
Romain Nassini : piano
Vincent Girard : contrebasse
Clément Drigon : batterie

En seconde partie de soirée, il y eut Szólenn, un quintet local de jeunes pousses emmené par le tromboniste Lou Lecaudey. Leurs compositions basées sur des structures assez semblables d’un morceau l’autre eurent quelque peine à irriguer mes neurones. Comme on dit, je restai à la fenêtre, incapable de pénétrer pleinement leur monde. Leurs qualités musiciennes n’étant pas en cause, je ne me questionne cependant pas sur le comment du pourquoi, et réciproquement. Je pense juste qu’un rendez-vous raté ne le sera peut-être pas la prochaine fois. C’était un 19 août, ou un 2 fructidor, jour qui vit disparaître Blaise Pascal (1623-1662), le gars qui a écrit le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Tragique, n’est-ce pas ?


https://www.jazzcampus.fr/
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