Le vocalchimiste gascon André Minvielle était le premier invité de la série de concerts Jazz dans les prés pour la saison 2026. Après le Calvados le vendredi, l’Orne le samedi, il était dans la Manche le dimanche 1er février...
André Minvielle : voix, percussions, objets
Bertrand Lemarchand : accordéon
Bernard Cochin : contrebasse
Guillaume Chevillard : batterie.
+ accordéoniste invité pour le rappel.
Le Virage, Précorbin (Manche) - dimanche 1er février 2026 - 17h
André Minvielle est un troubadour infatigable, toujours à l’affut de nouvelles rencontres avec les musiques, les langues, la musicalité des langues. Il fallait bien qu’un jour il (re)vienne dans les prés normands pour rencontrer les musiciens du coin. C’est chose faite avec l’invitation de l’Happy Jazz Club, association organisatrice des séries de concerts Jazz dans les prés. Quelques heures de travail avec ses nouveaux complices le jeudi et c’est parti pour trois concerts dans le Calvados puis l’Orne et, enfin, la Manche.



Tour de chauffe en solo sur le BO vélo de Babel pour un habile jeu de mots accompagné au plateau de bar amplifié. L’homme aime causer et sait le faire sans lasser alors il raconte et se raconte entre simplicité, drôlerie et émotion jusqu’à l’entrée en lisse de ses trois complices.

Le concert se déroule comme un banquet de fête où sont évoqués ceux qui l’ont embauché débauché dans un passé proche ou plus lointain. Ceux avec lesquels il a cheminé pour en arriver là : Bernard Lubat et Marc Perrone (La Gascogne et l’Italie), Jon Hendricks et Mimi Perrin (les as des mots sur les notes acrobatiques), Prévert (avec Papanosh- Étranges étrangers et Cortège), Trénet aussi (à l’invitation de Guillaume de Chassy et Géraldine Laurent) et évidemment la valse musette de Gus Viseur et Tony Murena (La Flambée Montalbanaise et, en rappel, Indifférence).



Jazz dans les prés, c’est avant tout une affaire de partage et de complicité avec l’invité d’honneur. C’est bien ainsi qu’André Minvielle, horloger de formation jadis et vocalchimiste de carrière conçoit la pratique musicale. Avec ce quartet de trois soirs, il a su créer les conditions d’échanges musicaux bien ajustés dans lesquels chacun a donné le meilleur au service d’un collectif éphémère mais intensément vivant et joyeux. Guillaume Chevillard assure le tempo, Bernard Cochin pose les basses dansantes et Bertrand Lemarchand fait virevolter les mélodies.
Certes le gascon à l’accent chantant s’est moqué du parler des normands mais c’est pour mieux remplir sa mission de collecteur. "Dans chaque territoire, dans chaque région francophone, aux quatre points cardinaux existe la même langue que ses accents rendent multiple. Il suffit, pour en découvrir les richesses sonores, les richesses verbales, les richesses humaines, d’arpenter la vie, de réveiller la mémoire locale, urbaine ou rurale" peut-on lire sur son site dans "suivez l’accent" écrit-il. En bon articulteur (de La Complexe Articole de Déterritorialisation), il est soucieux de la préservation des spécificités locales qu’il conserve et cultive précieusement avec son association Les Chaudrons.

Ce moment de bien-être musical enveloppé dans une chaude couche d’humanité passe évidemment très vite. On les rappelle, ça ne peut pas se passer autrement. D’ailleurs un second accordéoniste se joit au quatuor...
Et pour conclure, c’est Indifférence dans l’émouvante version chantée mêlant français et langue gascone datant de l’époque de la Compagnie Lubat . C’était dans le disque (devenu historique) intitulé Scatrap Jazzcogne(1994). On y découvrait alors un formidable chanteur à tout faire. Un sacré personnage le Dédé Minvielle !
