Trois visions différentes et musicalement complémentaires en terme de créativité.
Label Pince oreilles
Anne Quillier : piano, Rhodes, compositions
Fany Fresard : violon
Nicolas Mary : basson
Pierre Horckmans : clarinettes
Michel Molines : contrebasse
Guilhem Meier : batterie transformée


Anne Quillier est une musicienne et plus encore une compositrice qui, depuis un bon bout de temps maintenant, creuse un sillon véritablement original. Dans ce nouveau disque, sa musique est portée par une instrumentation atypique qui ne remet cependant pas en cause l’esthétique particulière de la musicienne. Depuis toujours, cette dernière creuse dans les interstices, à la recherche du point d’accroche qui la relie au mouvement musical qui l’anime, ce mouvement qui lui donnera peut-être la ou les clefs de l’ubéreux imaginaire qui la pousse à continûment user de sa veine créatrice pour non pas magnifier les possibles mais juste les faire exister (ou qui sait les laisser vivre). Dans le flot musical du sextet, les arêtes sont vives et tendent à s’entrechoquer autour d’une ligne mélodique claire et vive dont le lyrisme s’habille des couleurs du temps présent, plutôt dans des tons anthracite. Le mélanges des sonorités, quant à lui, offre une palette contrastée qui décrit l’éclatement du fondamental en lui laissant une chance de renaître autrement. Après tout, c’est une forme d’optimisme comme une autre et, tant que le geste créatif est vivant, tout est permis, même l’espoir. C’est très beau et recommandé.
https://collectifpinceoreilles.com/News.php?id_news=249
Out Of Your Head Records
Adam O’Farrill : trompette, électronique, fender rhodes (track 1)
Yvonne Rogers : piano, synthétiseur (track 6)
Walter Stinson : contrebasse
Russell Holzman : batterie
Sortie le 20 mars


Tous les musiciens font de la musique. Parmi celles-ci, il y en a que l’on oublie très rapidement et d’autres qui demeurent en nous et dont on souhaite toujours prolonger l’écoute. La musique d’Adam O’Farrill fait indubitablement partie de cette dernière catégorie car elle est l’expression même d’une créativité débridée, une créativité qui puise et digère si bien les influences multiples qu’elle apparaît à l’auditeur comme parfaitement originale. L’équilibre entre l’acoustique et l’électronique est subtil, les thèmes sont habités par bien autre chose que de la technicité, ils sont organiques et transcendent le langage du jazz sans le détruire. Adam O’Farrill et ses collègues savent intelligemment raconter des histoires empreintes de sensibilité, de chaleur, de générosité, qui s’ouvrent vers de fructueux possibles. Certes, c’est assurément une musique qui requiert une attention soutenue, mais elle la mérite vraiment et donne en retour à l’auditeur l’impression gratifiante qu’il en fait un peu partie. Humain, trop humain ? Indispensable.
https://www.adam-ofarrill.com/
Unit Records
Alain Métrailler : saxophone ténor
Elias Stemeseder : piano
Chris Tordini : contrebasse
Eric McPherson : batterie
Grégoire Maret : harmonica (5)

Alain Métrailler est un jeune saxophoniste suisse qui a passé six ans à New York avant de revenir en Europe. Là-bas, il a construit une vision musicale, un son, bref une esthétique dont témoigne cet album enregistré en 2024 avec une rythmique de tueurs, un pianiste que nous ne connaissions pas (on ne pas tous les connaître…) et un invité à l’harmonica sur un titre. Entre deux mondes, les deux côtés d’un même océan, sa musique sait mêler les meilleurs des deux visions du jazz qui s’exprime là-bas comme ici. Doté d’une sonorité pleine et riche, il impose une présence musicale forte et, comme il est très bien accompagné, cela donne un Cd pour le moins convaincant. Il y a un peu de Joe Lovano chez lui, peut-être parce qu’il ne s’en tient pas aux codes habituels et aime à sortir du cadre, histoire de voir jusqu’où la musique va. Bon, comme nous tous, il n’aura pas la réponse ! Mais cela l’occupera le temps d’une vie et ceux qui l’écouteront se mettront quelques belles parenthèses musicales entre les oreilles. Que demander de plus ! À découvrir fissa.