Mercredi 3 juin 2026

Ils n’avaient plus joué ensemble depuis 2004. Et leur concert à Coutances, haut lieu du jazz sous les pommiers, remonte à 1980. Ce qui ne rajeunit personne (oui-oui, ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons … ). Eux, c’est-à-dire le trio formé de Henri TEXIER contrebasse, François JEANNEAU sax soprano et Daniel HUMAIR batterie. Et ce renouveau éphémère se tient à l’occasion de la sortie du livre « Daniel Humair » écrit par Julien Le Gros et Fredeicke Grasser aux éditions Frémeaux et Associés. La salle est archi-comble, c’est l’affluence des grands soirs ( pas du Grand Soir…) et, après les disparitions de Martial SOLAL et Michel PORTAL, on ne peut que se réjouir de venir écouter trois monstres de la scène jazz (et pas que) : discographies historiques et impressionnantes, souci de la transmission ( ONJ, département « Jazz et musiques improvisées » au CNSMDP), formations diverses et variées sans souci de la génération des zykos, etc. Faut-il rappeler leur âge ? Humair vient de fêter ses 88 balais ( normal pour un drummer ), Jeanneau porte vaillamment ses 91 ans et Texier 81. Une cuiller à café de formol chaque matin, ça conserve mai pas autant que la musique, qu’on se le dise.

Humair - Jeanneau - Texier, disque OWL Records paru en 1979
Humair - Jeanneau - Texier
Disque OWL Records paru en 1979 !

Donc trois lascars qui ont fricoté avec ce qui se fait de mieux pendant plus d’un demi-siècle et qui, fidèles à l’esprit du free jazz, continuent de pratiquer la fameuse question : qu’est-ce qu’on joue ce soir ? On retrouve tout de suite la stimulante rythmique historique Humair-Texier, ces maîtres du temps qui remplacent avantageusement le métronome et les boucles préenregistrées. À son habitude, Humair pousse fort, relance, enjolive, ignore, stimule et fait comme sur ses œuvres picturales : il transforme les sons en couleurs ; Texier varie du walk costaud aux commentaires agiles, phrase avec clarté (on pense Amir et Varech, ses magnifiques albums solo) et groove à souhait. On dirait qu’il y a des automatismes qui n’attendaient que ce moment pour rejaillir aussi précis qu’aux temps anciens, ajustés au pied à coulisse une fois pour toutes. Jeanneau fait avec ses poumons de maintenant et il s’en sort plus qu’honorablement. On retiendra de ce concert les soli généreux et aboutis, avec quelques pièces notables : Maghreb de Canard, rencontre inopinée entre le Gers et l’Afrique du nord ; Bram van Velde, morceau de Humair particulièrement casse-gueule, tempo up où ils se prennent pour les jeunots qu’ils ont été, un blues vrai de vrai avec de gros morceaux de roots bien dodus ; Pour Sonny, hommage à Sonny Rollins très récemment parti faire le bœuf dans les étoiles, fabriqué à partir d’une cellule répétitive envoyée par Texier et reprise à l’identique par ses acolytes. Ça tourne rond, plein, ils enquillent les morceaux sans mollir, quasiment à l’américaine.
On les rappelle bien sûr.
Chapeau bas, messieurs et grand merci.


Maison-galerie 19PaulFort.
19 Rue Paul Fort
75014 Paris



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