Samedi 16 août 2025

J.U.NE – Joy UnderNEath

Célia Forestier : voix, guitare, composition
Pierre Tereygeol : guitare, voix
Arthur Henn : mandoline, voix
Nicolas Jacobée : contrebasse, voix

Jean de la Bruyère (1645-1696) naquit un 16 août. Tempus fugit. Il écrivit en son temps qu’il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. Est-ce la raison pour laquelle nous eûmes du jazz (ou assimilé) avec des cordes et des cordes vocales, Soit J.U.NE ̶ Joy UnderNEath, de la joie sous-jacente, pour débuter le festival Jazz Campus en Clunisois ? Sous la voûte boisée du farinier de l’abbaye de Cluny s’éleva donc une sorte de folk underground et chambriste, mâtiné d’expression instrumentale purement liée au jazz. En creux, dans les harmonies vocales du quartet, Je subodorai, entre autre, la fantomatique présence de David Crosby comme l’influence de Joni Mitchell et de quelques folkeux alternatifs (le quartet reprit en fin de set Buffy Sainte Marie) d’une époque lointaine dont les slogans nous faisaient rêver. Bon, croiser Crosby et Mitchell n’a rien de surprenant, le premier a produit le premier album de la seconde, Song to a Seagull, et ils ont un temps fréquenté la même couche. Les croiser avec le jazz ne me déconcerta pas, sachant qu’elle collabora avec Mingus tandis que Miles reprenait du Crosby. Ceci écrit, le quartet sut avancer entre les notes par lui-même, réussit à inclure dans ses références, conscientes ou non, une réelle originalité et proposa de facto un ensemble cohérent et fin, souriant et complice, en incluant avec régularité des phrases piochées dans le vocabulaire du jazz. En fin de concert, rejoints par le violoncelliste Bruno Ducret et la saxophoniste Camille Maussion, deux des musiciens qui animent chacun un stage durant le festival, ils interprétèrent le Tall trees in Georgia de la chanteuse autochtone précitée en évoquant au passage la version d’Eva Cassidy (1963-1996). Le public fut convaincu et, la salle étant pleine, cela secoua les vieilles pierres de l’abbaye. Elle en a vu d’autres et les clunisiens, s’il en reste, s’en remettront. Quant à moi, j’ai un peu de mal à digérer la récente disparition de Sheila Jordan, vocaliste trop sous-estimée dont l’art et la joie communicative illuminèrent les scènes du monde entier. Tempus fugit.


Dimanche 17 août 2025

Les Enfants d’Icare

Boris Lamérand : violon, composition
Antoine Delprat : violon, composition
Olive Perrusson : alto
Octavio Angarita : violoncelle

Sur une scène dédiée au jazz, je vois et j’écoute souvent des quartets. Sur une scène habituellement réservée à la musique classique, il m’arrive de livrer mes ouïes à des quatuors (les ouïes, c’est à cause de la truite). Hier soir et dès l’entame du concert, un doute me saisit : Etais-je en train d’écouter un quartetuor ou un quatuortet ? Quand l’hybridation défie les étiquettes, j’évite de m’interroger. D’abord parce que je suis fainéant et, ensuite, parce qu’il m’apparaît vain d’essayer à tout crin de cataloguer la musique. Sans amplification aucune, les quatre musiciens virtuoses firent avec goût résonner leur univers, un lieu où le rythme et la mélodie furent prépondérants. Ils pincèrent les cordes, ils les frottèrent, ils en jouèrent afin d’asseoir en tension une temporalité luxuriante n’ignorant rien des plaisirs du crescendo. De vague en vague, j’eus quelquefois le désagrément de ne point trop les suivre ; de par leurs dialogues allègres, intelligents et véloces, ils savaient à coup sûr où ils allaient alors que je méconnaissais malgré moi la destination. Ils ne furent pas en cause et je reporte la faute sur les câblages de mon encéphale trop habitué aux évagations jazzistiques. Rien de grave en somme et d’ailleurs, l’assistance fut séduite et le fit savoir avec entrain. C’est le propre de Jazz Campus en Clunisois de musicalement surprendre ses spectateurs. Pourquoi, et de quel droit, m’en plaindre-je ? C’était un 17 août, jour qui vit disparaître un des poids lourds de la peinture moderne, le bien nommé Fernand Léger, (1881-1955) et je vous conseille le musée qui lui est consacré à Biot (06410).


https://www.jazzcampus.fr/