De l’excellence, encore de l’excellence...
Jeudi 21 août 2025
Barry Guy : contrebasse
Ramon Lopez : Batterie

L’autre soir à Cluny, à l’heure de l’apéritif, dans les écuries de Saint Hugues, Barry Guy et Ramon Lopez firent ce qu’ils aiment : improviser une musique éprise de liberté. Comme ils se connaissent depuis des décennies, la complicité musicale fut au rendez-vous et la furieuse alchimie qui les habite éclata au visage d’un public majoritairement averti tandis que la minorité étonnée grinça (possiblement) des dents. Maîtres dans l’art de la construction instantanée et néanmoins complexe, les deux compères, le contrebassiste avec sa colossale et confondante précision, le batteur par son lyrisme coloré et chantant, s’unirent autour d’une vibration qui navigua entre le subtil et l’orageux. Multiplicité des sonorités, enchaînements démoniaques, soli limpides… et avec ça qu’est-ce que je vous sers serai-je tenté de vous dire ! Il ne m’en fallait pas plus pour que je baignasse dans mon jus. En toute honnêteté, ayant régulièrement vu et écouté Ramon Lopez ces dernières années et me souvenant avec acuité d’un solo de Barry Guy à Jazz Campus en 2010, je savais par avance que mon bonheur aurait pour le moins la taille de leurs talents conjugués. Deux musiciens d’exception réunis un 21 août, jour où le géant terrestre Count Basie (1904-1984) naquit, cela vous pose un jalon mémoriel utile dans la guerre au temps qui passe ; je la perdrai cette putain de bataille, mais est-il possible que le souvenir demeure ? Encore et toujours ?
vendredi 22 août 2025. 88 touches, deux mains et un solo

En ce 22 août où naquirent bien des personnes dont j’apprécie les œuvres, notamment John Lee Hooker (1917-2001), Jazz Campus me proposait d’écouter Francesca Han. Coréenne installée en Provence après avoir vécu à New York et Tokyo, elle est à ce jour peu connue dans nos contrées. L’insatiable curiosité du patron du festival a permis à ses spectateurs de la découvrir. Quant à moi, l’ayant vue et écoutée une paire d’années auparavant en duo avec Ralph Alessi, je n’ignorais pas que le plaisir auditif serait présent. Artiste à l’univers singulier, elle joua ses compositions mais également des reprises de François Tusques, Martial Solal (le thème d’À bout de souffle de Godard) et Monk avant d’achever le second rappel avec un Body and soul (Johnny Green, 1930) des familles bien réharmonisé. Qu’elle caressa avec douceur les touches ou qu’elle enflamma le clavier dans son ensemble, elle donna à ouïr un langage musical personnel au caractère fort sans omettre des intuitions fines et sensibles nécessaires à la création de structures complexes demeurant cependant lisibles, ce qui en soi est un art difficile. Moi qui aime tant le son des marteaux sur les cordes et les résonances induites, je fus comblé par la dramaturgie proposée et je ne fus pas le seul puisque l’auditoire eut quelque peine à la laisser partir. C’est aussi la raison pour laquelle je m’éclipsai lors du second concert que je ne chroniquerai donc pas, faute d’éléments tangibles. C’est ainsi. Ne me jetez pas la pierre, ni le Paul, ni le Luc et pas le Thomas non plus, bandes d’apôtres jazzophiles !