Septembre c’est aussi la rentrée pour la musique avec le festival JAZZ à LA VILLETTE. En première partie, le SUN RA ARKESTRA emmené par Knoel Scot voix, sax et congas avec Chris Hemingway sax alto, James Stewart sax ténor, Alex Harding baryton, Michael Ray trompette, Cecil Brooks trompette, Andrae Murchison trombone, Lafayette Gilchrist piano, Tyler Mitchell contrebasse, George Gray batterie, Elson Nascimento percus et surdo, Jose da Silva percus et Tara Middleton voix, se présente vêtu de chasubles métallisées et coiffé de haumes divers. SCOT, son leader, arbore une cape donnée par Sun Ra himself et une coiffure qui tient du casque de spationaute option soudeur à l’arc. La chanteuse est emballée dans un fourreau d’un étincelant jaune métallique. Difficile de ne pas les remarquer.
L’entame racle les oreilles : groove râpeux ( oui, un genre de rap râpeux ), free, fort free et c’est crié, c’est tonitruant, c’est Sun Ra dans les fumées et les jeux de lumière.
Tout de suite après l’intro tonitruante vient une pièce pour big band avec chanteuse, introduite par le piano ; écriture classique voire patrimoniale : thème, un tour de soli ou riffs pilotés par le leader – sax ténor, guitare, sax baryton, piano, contrebasse -, c’est solide, costaud, enlevé, ça swingue terrible. C’est le moment de se souvenir que Sun Ra a fricoté avec tous les genres de jazz. Le pianiste, remarquable et inspiré, lance même un genre de boogie-shuffle à croire qu’on se trouve dans un bastringue chaud et moite. Le côté foutraque de leur interprétation crée un réjouissant désordre sonore. On est à Paris : on n’échappe pas à la Vie en Rose en mode dépouillé, à l’os. La nostalgie n’est pas de mise avec la pièce suivante : un trois temps survolté ( penser valser dessus est insensé !! ) : gros solo de sax soprano, le leader a dû toucher une câble électrique : il virevolte, saute, ose des rondades, les sax sont en feu, ça explose de partout !!! Mon voisin cite Zappa, pourquoi pas ? Puis le leader l’annonce tout tranquillement :

  • « I do believe it’s the moment for intimacy ».

Avant une ballade bluesy toute mimi que le baryton introduit ; la chanteuse s’en mêle sur fond de pêches des vents, suit un tour de soli tout à fait raccord avec l’intimacy. C’est simple, sans affèterie et très beau. Ils nous quittent sur un morceau qui sent bon son rock and roll.


La seconde partie n’est pas un concert mais une performance voire même une cérémonie. Le projet Tomorrow comes The Harvest est emmené par le DJ Jeff MILLS aux bidouilles électroniques avec Jean-Philippe DARY aux claviers et Prabhu EDOUARD aux percussions.

La première pièce met en valeur Prabhu Édouard, qui, outre sa maîtrise époustouflante des tablas, chante un (ou des ? ) raga à la perfection. La complémentarité des trois artistes est épatante : boucles rythmiques, incises aux claviers, répétitions inlassables. Impossible de ne pas penser à Terry Riley et Pandi Pran Nath, maître du chant classique indien. L’âge moyen du public laisse supposer que quasiment personne n’a assisté en live à la performance de Terry Riley à Paris en 1972 avec Persian Surgery Dervishes. Cinquante-trois ans plus tard, il se passe ici quelque chose qui tient de la continuité voire de la filiation avec ces technoragas, à ceci près que le beat par minute du projet en cours est plus élevé ( on me dit 125-130 bpm).
Jeff Mills se fend d’un propos expliquant le titre et l’essence du projet Tomorrow comes The Harvest : « si on est conscient de ce qu’on fait pour le plaisir des gens et aux gens, alors ça peut avoir une influence positive. Cette musique et ces sons peuvent emmener les gens à un autre niveau au point qu’ils se découvrent aux-mêmes. » La musique et la transe comme voie spirituelle, histoire aussi ancienne que l’humanité.
La seconde pièce met en valeur Jean-Philippe DARY et ses claviers. On est en droit de se demander quelle carrière de pianiste de jazz il a abandonnée tant sa prestation est épastrouillante..
Attendu comme le loup blanc par ses fans, Jeff Mills, emblématique DJ de la scène de Detroit, guide le trio vers une fin de partie en mode techno pour dance floor au grand plaisir du public ( 3500 personnes !!! ) qui commence à se dandiner ici et là.
Grand plaisir partagé.


Mercredi 3 septembre 2025 - 20h00
Grande Halle de la Villette
211, avenue Jean Jaurès
75019 PARIS