Jeudi 4 septembre 2025

Donny McCaslin : Saxophone
Victor Gasq : Guitare électrique
Arnaud Forestier : Claviers (Fender Rhodes)
Antoine Vidal  : Basse électrique
Tao Ehrlich : Batterie

Dans la salle des concerts, à la Cité de la musique, quelques groupes sont assis par terre, où bon leur semble. Une légère fumée plane alors que la lumière tombe drue sur un public composite, dont le nombre remarquablement élevé de très jeunes auditeurs, peut-être tout juste sortis du Conservatoire de Paris, juste de l’autre côté de la place, étonne. Le parquet ne procure certes pas le confort des quelques places assises, mais au moins le mouvement est-il possible : une fois n’est pas coutume, je suis arrivée tôt et me suis assurée une place avec ce qui me semble être une garantie de bien voir et surtout bien entendre pour ma première expérience du festival Jazz à la Villette. Quelle meilleure occasion pour un tel baptême du feu qu’un concert plus qu’alléchant, puisque Donny McCaslin et le groupe de jazz progressif Ishkero se partagent l’affiche et la scène ? Sans trop tarder, à peine installés, les cinq musiciens s’engagent dans un premier morceau intense, et l’on ne peut rester insensible à la puissance de la batterie, qui s’impose immédiatement. Très rapidement me vient l’idée que ce concert correspond à l’aspect pratique de l’entretien, plus théorique, que j’ai eu la chance d’avoir quelques jours plus tôt avec le saxophoniste. De fait, l’énergie primale dont il me parlait alors se ressent d’emblée, profondément. Le public est d’abord un peu mou, mais les jeux de lumières donnent le change. Un spotlight est fixé sur Donny McCaslin, en milieu de scène, bien qu’il n’en ait pas forcément besoin ; les musiciens du groupe Ishkero sont loin de démériter, mais il suffit de voir le regard que chacun pose sur le saxophoniste pour comprendre leur état d’esprit. Cette appréciation semble réciproque : s’il semble vraiment insuffler la vie dans son instrument, d’un souffle viscéral, Donny McCaslin laisse néanmoins la place à chacun de s’exprimer, de prendre part au mouvement et d’y apporter sa force. Les cinq musiciens donnent à entendre une musique qui creuse, physiquement, qui fouille et cherche jusqu’à trouver la sensibilité de chacun. Le saxophoniste joue comme s’il cherchait à libérer quelque chose : absorbé, évanoui dans sa musique et en tirant une présence scénique captivante, c’est un cri de rage qu’il pousse. De toute évidence, les membres d’Ishkero ont également quelque chose à dire. Dans une explosion d’énergie, Arnaud Forestier déverse des flots de notes semble-t-il irrésistibles ; le corps, véritablement à l’épreuve des sonorités produites, accueille les émotions que livrent les musiciens, en vrac, dans une effervescence qui nous est imposée. Les musiciens jouent savamment avec une tension qui sans cesse croît et décroît ; les crescendos aboutissent en des solos intenses et passionnés, dont l’énergie électrique se répand à travers le public. Celui-ci ne s’y trompe pas : c’est à un concert de rock qu’il assiste, et le jeu impressionnant de Tao Ehrlich, les effets sonores de guitare et de basse de Victor Gasq et Antoine Vidal y sont pour beaucoup. Donny McCaslin rit de l’audace des jeunes musiciens, déchaînés à ses côtés pour le dernier des trois concerts qu’ils auront donné ensemble cet été.


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