Encore quatre disques extraits de la pile riches de surprises
Maqam Records
Amir El Saffar : trompette
Oli Mathisen : saxophone ténor
Tania Giannouli : piano microtonal
Tomas Fujiwara : batterie


Nourri de la musique modale et mélodique du Maqam iraquien comme de jazz contemporain ouvert, l’album d’Amir Elsaffar fait une synthèse époustouflante des styles précités. Originellement un trio, le groupe intègre la pianiste grecque Tania Giannouli et crée grâce à elle et au piano microtonal des perspectives sonores qui enrichissent le propos natif du groupe. À l’écoute, la fluidité et la profondeur dans la nuance sont d’emblée notables. Quelles que soient les directions prises par le quartet, l’élégance et l’inventivité sont au rendez-vous. Tout semble couler de source, les timbres et les harmonies résonnent et ensorcèlent l’auditeur, le discours musical du quartet s’étale en un continuum où les vagues se succèdent, douces et intenses, empreintes de polyrythmies subtiles et en permanence ancrées dans une profondeur quasi ésotérique. L’entente entre les membres du quartet tient de l’alchimie, d’autant que la finesse et la précision de jeu que chacun exprime apparaît tout à fait naturelle et propice à la création d’une parole instrumentale dialoguée très évocatrice de l’originalité inhérente aux compositions du leader. Il nous paraît difficile de ne pas être subjugué par cet univers musical nourri d’une intelligence créative exceptionnelle. Certes, cette musique pourra sembler à certains un peu abrupte et mystérieuse, mais il suffit de fermer les yeux et d’oublier ses préjugés pour en apprécier la splendeur. Vivement recommandé.
Loveland Music
Thomas Morgan : contrebasse
Dan Weiss : tabla
Craig Taborn : claviers, field recordings (?)
Gerald Cleaver : batterie
Henry Threadgill : flutes
Ambrose Akinmusire : trompette
Bill Frisell : guitars
Immanuel Wilkins : saxophone alto
Gary Snyder : voix


Qui aurait pu penser que le discret contrebassiste Thomas Morgan était un geek ?! Voyez ce qui est écrit dans la présentation de l’album : « L’album s’articule autour de WOODS, un instrument à cordes virtuel conçu par Morgan dans SuperCollider, un environnement logiciel open source pour la synthèse audio en temps réel et la composition algorithmique. WOODS évoque le son des instruments à cordes pincées et frappées – luths-harpes d’Afrique de l’Ouest, cithares asiatiques, cymbalum hongrois, marimbas – tout en fonctionnant selon un code génératif que Morgan a façonné pour en faire un instrument vivant et évolutif. » Il suffit de lire le livret pour s’apercevoir que son père enseignait l’informatique. D’ailleurs de longues explications expliquent ensuite la genèse du disque. Allez, on fait l’impasse et on vous parle de la musique. Pour tout dire, c’est étonnant. Il y a évidemment la contrebasse du leader, chaque note compte (comme d’habitude…), le programme, et les invités qui se glissent dans cet univers musical alternatif avec une facilité qui n’a d’égal que leur talent. C’est musical en toute circonstance quelle soit l’approche du musicien qui duettise avec Thomas Morgan et son programme et cela forme d’une composition l’autre un ensemble homogène et abouti qui devrait en interpeler plus d’un par son originalité.
Act Music
Iiro Rantala : piano
Kaisa Mäensivu : contrebasse
Morten Lund : batterie
Sortie le 14 novembre


Pour la première fois dans sa déjà longue carrière, Iiro Rantala choisit pour son nouveau disque une playlist uniquement composée de standards, si l’on excepte L’hymne à l’amour et Fais dodo Colas mon p’tit frère, deux clins d’œil à la France et au Château Palmer (région bordelaise) où l’enregistrement à eu lieu. Pour l’accompagner dans cet exercice de style, il a choisi un complice de longue date, le batteur Morten Lund, et la jeune contrebassiste installée à New York qui se fait un nom (non sans raison), Kaisa Mäensivu. Le résultat est remarquable. Morten Lund, formé par les jazzmen danois ayant accompagné les stars du swing, résidents ou non au Danemark, est parfait dans son rôle et offre à sa collègue contrebassiste la place qu’elle mérite pour développer un jeu d’une grande intelligence e nadéquation avec la thématique du disque. Fort de cette rythmique homogène, Iiro Rantala n’a qu’à produire le jeu qui le caractérise depuis toujours : rythmique, précis, solaire et inspiré. L’ensemble est si cohérent et équilibré que l’album aurait s’appeler « New Standards » ou quelque chose comme ça. Dans ce genre de reprises, un créneau en soi, il est rare que le résultat véhicule des émotions profondes. C’est le cas avec ce Cd qui mérite toute votre attention.
Act Music
Nils Landgren : trombone, chant
Jonas Knutsson : saxophone
johan norberg : guitare
Clas Lassbo : contrebasse
Ida Sands : piano, chant
Sharon Dyall, Jessica Pilnäs, Jeanette Köhn : chant
Section trombone du Swedish Symphony Orchestra

Nils Landgren est reparti pour un tour avec ses amis et quelques autres pour célébrer Noël. Neuvième opus de la série, le tromboniste est encore capable de surprendre et c’est tout à son honneur dans un genre où la mièvrerie commerciale prédomine depuis toujours ou presque. Comme à leur habitude, le tromboniste et ses ami(e)s se sont réunis pour sélectionner des chansons de Noël classiques européennes et américaines de tous styles et de toutes époques, ainsi que quelques nouvelles compositions pour faire bonne mesure. Depuis 2006 que la série à débuté, on pourrait penser qu’une forme de lassitude s’installe subrepticement, mais ce n’est pas le cas. D’ailleurs Nils Landgren l’affirme : « Quelqu’un m’a demandé un jour : les chansons de Noël sont-elles éternelles ? La réponse est simple : oui, elles le sont. Tant que nous fêterons Noël, il y aura des chansons pour célébrer cette fête d’une manière ou d’une autre. » Au moins c’est clair. Quant à nous, nous restons convaincus qu’il est sain d’offrir aux enfants et aux petits enfants une musique de qualité plutôt qu’une bouse à la Mariah Carey, j’en passe, des meilleures et des pires.