KEVIN REVEYRAND TRIO FT. CELINE BONACINA
mercredi 29 octobre 2025-Sunset, Paris

Kevin Reveyrand : basse
Céline Bonacina : sax baryton
Isabelle Sajot : violoncelle
François Morin : batterie

Qu’est ce qui fait l’identité d’un musicien à l’heure de l’IA déshumanisante ? Elle qui peut nous balancer les plus complexes lignes be-bop et même les accentuations qui vont avec, donnant l’illusion d’un swing particulièrement barbant et indigeste comme elle peut nous pondre un choral de Bach ou une symphonie de Beethoven en parfaits symbioses avec notre confort mais sans le moindre intérêt artistique.

Alors que reste-t-il de nos amours musicaux si ce n’est le son. Prenons les mêmes phrases jouées par deux musiciens et nous aurons deux identités différentes là où l’IA nous offrira un vomi des plus affligeants, volant et usurpant au passage les uns et les autres et ceci sans vergogne. Là est le paradoxe devant lequel nous nous trouvons nous qui redoutons la perfection des notes mais aimons les frivolités de l’esprit. Alors il faut avant tout reconnaitre en Kevin Reveyrand ce son qui fait sa signature, un son profond qui ne doit rien à l’instrument-objet si beau soit il, mais au parcours musical. Kevin est un musicien qui a fait comme on dit le métier au près d’une multitude d’artistes qui n’ont parfois rien à voir avec le jazz…ce qui ne fait qu’alimenter celui ci, c’est son reflet, sa vitalité.

Virtuose il l’est, pourvoyeur de mélodies assurément mais aussi d’environnements comme aperçus ce soir. Mélopées latines, impressionnistes voire fauréennes, aznavouriennes, raveliennes (transcription du second mouvement du concerto en sol, chef d’œuvre absolu de la musique), mais aussi l’instrumentation penchant vers les graves du violoncelle chantant d’Isabelle Sajot au saxophone baryton de Celine Bonnacina qui nous a offert quelques merveilleuses improvisations toutes emplies de fièvres et de lyrisme be-bop, le vrai celui là. Belle soirée concoctée par Kevin qui forme avec François Morin une très solide assise rythmique aux compositions toutes ou presque de la plume du bassiste.
Kevin va de par le monde, ça s’entend dans son éclectique musique loin de la robotisation et du mal qui nous guette, alors nous ne céderons jamais le fond pour la forme, l’espoir demeure mais il va falloir se battre et affirmer bien haut nos valeurs, celles de l’esprit, du son et du lyrisme.