Samedi 08 novembre 2025

Benjamin Flao : dessin
Anne Quillier : Rhodes, moog
Pierre Horckmans : clarinettes, effets

Un concert dessiné ? Pourquoi pas. C’était l’autre soir au Périscope, un 08 novembre qui vit en 1971 la sortie de l’album Led Zeppelin IV (vendu à ce jour à 37 millions d’exemplaires), et le collectif Pince-oreilles fêtait ses quinze années d’existence en trois ou quatre concerts ; je ne sais plus car je ne vis que le premier, à savoir Watchdog. Sur scène, à ma gauche, il y avait Anne Quillier et Pierre Horckmans, à ma droite le dessinateur Benjamin Flao, et au centre l’écran sur lequel apparaissaient les dessins réalisés dans l’instant sur la musique du duo. Beaucoup d’effets du côté du clarinettiste, le Fender Rhodes et le Moog de l’autre. Je reconnus ici et là des bribes de compositions du duo, mais pour l’essentiel, me sembla-t-il, l’improvisation tint la rampe face aux dessins. Qui de l’artiste visuel ou des musiciens mena la danse ? Bonne question. Un peu des deux dirais-je. Ce n’était pas une première pour les trois compères et je ressentis dès l’entame la complicité entre les protagonistes. Si les débuts de chaque dessin sur des rythmes plutôt lents firent naître des éléments figuratifs, ces derniers furent au gré de la progression musicale et de son intensité croissante noyés dans un maelstrom fort poignant, animé de couleurs et d’architectures mouvantes, qui figura d’autres dessins ancrés dans l’abstraction.

Le mouvement expressionniste du dessinateur rejoignit à tout moment les formes musicales du duo qui s’attacha à produire un bruitisme mélodique suffisamment libre pour ouvrir des espaces sonores proches de l’organique comme de l’industriel en une sorte de machinerie à la mécanique charnelle. C’est d’ailleurs la force de Watchdog depuis toujours que de lier ces deux éléments et les sensations à priori contradictoires qu’ils élaborent. Je ne fus donc pas déçu par cette aventure transversale électrisée par un lyrisme sombre à la dramaturgie majoritairement sépulcrale mais qui paradoxalement génère à l’auditeur un bien-être dû à la qualité des intervenants. Le nombreux public fut tout aussi convaincu, cela va sans dire, et je rejoignis heureux le nocturne oubli de ma campagne première, mon havre quiet où seuls les animaux accompagnent le silence. Quelques sonates de Bach m’accompagnèrent car elles me sont un préambule nécessaire à l’ataraxie que j’affectionne. La suite un autre jour.


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