Du piano, du piano, du piano... et une contrebasse...
Tao Forms
Pat Thomas : piano


Le pianiste anglais Pat Thomas trace son chemin depuis belle lurette sans jamais se compromettre. Fidèle à ses convictions, il livre dans cet album des improvisations exploratoires très ouvertes sur un univers original qui lui est propre. Avec un toucher très dynamique et un sens du rythme décalé (qui fait penser quelquefois à Monk) il se livre dans chacune des huit improvisations, en sinuosités et en éclats avec une densité quelquefois massive, à un périple introspectif développant des paysages dont chaque part peut être bousculée, malaxée, dans le but ultime de recomposition de l’idée initiale sous un angle toujours nouveau. Les moments où le pianiste se contente de frotter et pincer, avec plus ou moins de vigueur, les cordes de l’instrument engendrent une magie comme on n’en entend guère. Hypnotique et organique tout à la fois, encline à l’abstraction, la musique quelquefois presque bruitiste de l’artiste prospecte dans un monde inaccoutumé, nativement indéfinissable, qui joue avec la résonance et se joue de nos oreilles par des éblouissements toujours bienvenus. Le travail de Pat Thomas est un guet-apens dans lequel on sombre avec délice.
https://en.wikipedia.org/wiki/Pat_Thomas_(pianist)
Artwork Records
Kenny Barron : piano
Kiyoshi Kitawaga : contrebasse
Johnathan Blake : batterie
Cécile McLorin Salvant, Kurt Elling, Catherine Russell, Jean Baylor, Ann Hampton Callaway, Kavita Shah, Ekep Nkwelle, Tyreek McDole : chant

Chanteuses et chanteurs sont convoqués par le patron sur cet album ! Le patron, c’est Kenny Barron bien évidemment. Toujours aussi élégant et accompagné par une rythmique aux petits oignons, il offre un écrin épatant aux huit voix qui interviennent au gré des morceaux. C’est classique, nous allions écrire c’est de la musique classique, mais à ce stade de science musicale, n’est-ce pas un peu le cas ? Malgré, ou grâce à, ses 82 ans, le pianiste assure avec la délicate éloquence qui est sa marque de fabrique une magnifique enveloppe aux voix, nues par essence, qui s’expriment. Les plus audacieux des auditeurs trouveront ce Cd un peu fade, mièvre ou dépassé, les autres saisiront avec bonheur toute la finesse qui traverse cette musique sans âge. La variété des tessitures, féminines et masculines, rehausse encore l’intérêt que suscite cet album qui, au final, est plus qu’agréable à écouter. Un beau cadeau de noël, tiens !
Label bleu
Henri Texier : contrebasse
Sébastien Texier : clarinettes, saxophone alto
Hermon Mehari : trompette
Emmanuel Borghi : piano, fender rhodes
Gautier Garrigue : batterie (sauf 5)
Manu Katché : batterie (3.5.8)

Infatigable, Henri Texier creuse le sillon qui est le sien, cherche dans la matière les veines, les met à nu, les brasse, les manipule, les mélange, et obtient ce son d’ensemble original qui font depuis longtemps du bien à nos sens, notamment celui de l’audition… Parfaitement accompagné par des musiciens qui vibrent à l’unisson avec lui, il déploie son savoir faire musical, bien appuyé sur des mélodies finement ouvragées à la rythmique et au lyrisme souvent entêtants, presque ethniques. Mais citons donc l’artiste : lorsque l’on entend et que l’on reçoit les vibrations de sa propre musique, on est souvent touché et ému. En réécoutant les musiques qui composent cet album, j’ai éprouvé les mêmes sentiments que lorsque je les avais imaginées des années auparavant. Elles m’ont un peu consolé et il m’a semblé nécessaire de partager ces émotions avec mes camarades musiciens et avec le public. Puissent ces musiques vous apporter de l’apaisement et un peu de "légèreté profonde", à l’instar des « Healing Songs » (chants de guérison). Nous n’en dirons pas plus mais nous vous le recommandons chaudement.
https://www.facebook.com/HenriTexierJazz/
Act Music
Theo Croker : trompette
Sullivan Fortner : piano

Un duo piano / trompette, c’est assez rare pour être signaler. A notre connaissance, le seul actuel qui nous vient à l’esprit est celui de Marc Perrenoud et David Enhco autour de Chet Baker. Et puisqu’on en parle, le duo du même type indépassable dans notre cédéthèque est celui de paul Bley et Chet. Trêve de digression, le duo Fortner Croker est d’un autre type, mélodique, oui tout de même, mais plus aventureux dans la forme ou seulement plus contemporain peut-être. Le son voilé du trompettiste, presque enroué par moment, donne à ouïr des sonorités inusitées. Le piano vagabond de Sullivan Fortner, promène son esprit chercheur là où bon lui semble sans jamais perdre de vue l’expressionnisme discret de son collègue. Les deux se complètent et projettent un univers musical un peu brumeux qui défie le passage du temps. En cela, ce disque mérite une écoute approfondie. Quant à nous, il nous a laissé un peu sur notre faim. On ne gagne pas à tous les coups.
https://www.sullivanfortnermusic.com/
https://theocroker.com/