VINCENT COURTOIS . Line for Lions

Label La Buissonne

Vincent Courtois : violoncelle
Robin Fincker : saxophone ténor, clarinette
Daniel Erdmann : saxophone ténor

Le trio Courtois / Erdmann / Fincker existe depuis une petite quinzaine d’années et l’on attend toujours avec plaisir le nouvel album à paraître car on est jamais déçu, bien au contraire. Et là, allez savoir pourquoi, nous avons été enchantés par Line for Lions (c’est le titre d’un morceau de Gerry Mulligan, en hommage à Jimmy Lyons, enregistré live par Getz et Baker dans les années 80). Ancré dans une ambiance West Coast assumée, le disque fait défiler les paysages comme autant d’extraits cinématographiques en noir et blanc ou des extraits de bouquins dont les lignes déambulent sous les palmiers entre une Chevrolet et une Lincoln. On y entend l’influence de grands anciens, devinez lesquels, mais l’on écoute surtout le travail inspiré des trois musiciens dont émane une poésie subtile, faite de nuances et d’irisations, de silence accentués, de lignes mélodiques entremêlées qui savent de temps à autre échapper au cadre formel pour s’aventurer dans le clair-obscur et évoquer l’implicite. La chaleur des sonorités renvoie elle aussi à cette atmosphère créative d’un temps dépassé qui résiste à l’oubli. C’est beau et c’est indispensable.


https://lacompagniedelimprevu.com/lines-for-lions/


  DELPHINE DEAU/JULIEN SORO . The other side of water

Pegazz & l’Hélicon

Delphine Deau : piano
Julien Soro saxophones alto & soprano

Dans ce duo nourri d’intimisme, la pianiste et le saxophoniste développent une somme musicale propice à la poésie, à la poétique profonde de l’instant. Si la musique évoque le classicisme modal de XXème siècle, elle n’en demeure pas moins portée de titre en titre par une inspiration jazz qui offre la part d’inconnu que l’on attend toujours. Riche en résonances, pétri de douceur et d’échos presque silencieux, le travail du duo trouve ses fondations dans une certaine rigueur formelle et plus encore une grande complicité. Le jeu de Delphine Deau, quelque part entre Wayne Shorter et John Cage, se marie parfaitement à l’univers composite de Julien Soro qui, ici, nous fait penser à Steve Lacy, entre autres. Qu’ils surfent sur la lenteur ou qu’ils vibrillonnent en éclats lumineux sur un tempo rapide, ils font miroiter à l’oreille des scènes chantantes qui tendent à nous emmener dans des promenades rêvées où chacun peut nourrir son imaginaire. Nous ne savons pas ce qu’il y a de l’autre côté de l’eau, ou si peu, mais ce duo en propose une lecture attrayante propre à séduire les esprits curieux.


https://www.pegazz.com/groupes/theothersideofwater


  SOPHIA DOMANCICH . Wishes

Peewee !

Sophia Domancich : piano
Mark Helias : contrebasse
Eric McPherson : batterie

Nous n’avons pas souvenir d’un disque de Sophia Domancich qui ne tutoierait pas, d’une manière ou d’une autre, la poésie et la surprise. Son trio, avec l’une des rythmiques les plus redoutables de notre temps, en fait là une démonstration implacable. Toujours faite de mélodies claires (pas faciles pour autant, soyons précis), que la pianiste est prête à bousculer subrepticement, la musique est intrinsèquement liée au partage du discours avec ses complices et aux explorations qu’ils permettent. En musique, on échange du vécu, n’est-ce pas ? Le disque est d’un bout à l’autre d’une sensibilité orchestrale qui frôle la magie. Les notes chantent, les timbres résonnent, les lignes extirpent de l’improbable une chair musicale empreinte de chaleur rayonnante. Et comme en sus les trois acolytes savent créer de l’espace dans le mouvement d’ensemble, ils arrivent à produire un continuum émotionnel d’une puissance remarquable qui fait sens. C’est de la belle ouvrage, c’est bien le moins que l’on puisse dire.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophia_Domancich


  ART BLAKEY AND THE JAZZ MESSENGERS . Strasbourg 82

Gearbox Records

Art Blakey : batterie
Johnny O’Neal : piano
Donald Harrison : saxophone alto
Terence Blanchard : trompette
Billy Pierce : saxophone tenor
Charles Fambrough : contrebasse

Un peu d’histoire du jazz ? Avec cette sortie d’un inédit d’Art Blakey avec ses Messengers enregistré en concert à Strasbourg en 1982, vous êtes servis. Après le départ des frères Marsalis, c’est avec une nouvelle ligne de front (Terence blanchard & Donald Harrison) que les Messengers se présentent et, à tout le moins, ne perdent rien en puissance. Vous voulez du swing ? Vous en aurez à la louche. Vous avez une irrésistible envie de soli, vous n’en manquerez pas. Et si les chorus enflammés vous conviennent, vous pleurerez de bonheur. Si en plus, vous avez besoin d’un batteur extraverti (les fines bouches malignes diraient bavard), alors vous serez aux anges. Entre la tradition et le mouvement perpétuel de recherche, cette mouture de l’emblématique orchestre développe une énergie brute suffisamment bluffante pour séduire tout amateur de jazz nourri de musique autant que de sueur. Tout au long de ce double cd, l’excellence est à portée de note et les divers protagonistes ne se privent aucunement de l’atteindre. Avec un pareil état esprit, ce jazz conserve une belle jeunesse, celle de l’audace musicale et de la joie de vivre. Il serait dommage de ne pas l’écouter.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_Blakey