Où l’on retrouve l’iconique Moondog, du moins sa musique, revisité par un trio parfait
Vendredi 14 novembre 2025
Elvire Jouve : batterie, synthé, métallophone
Pascal Berne : contrebasse, arrangements, compositions
Damien Sabatier : saxophones, shruti, guimbarde, appeaux

Un Chien Lune au Chien à 3 pattes en hommage à Moondog ! En ce 14 novembre qui vit à Paris en 1925 la première exposition de peintures surréalistes (catalogue d’André Breton et Robert Desnos) le jazz ne pouvait être que canin… Enfin presque puisqu’il fut d’une grande musicalité. Le trio que j’écoutai connaissait parfaitement son sujet, en l’occurrence Louis Thomas Hardin (1916-1999). Ce dernier, d’abord influencé par les musiques amérindiennes et les rythmes afro-américains avant de revenir à des procédés proches du classique, notamment le contrepoint et le canon, laissa au final une œuvre pléthorique que les musiciens aiment à explorer, peut-être parce que c’est une musique de niche... Bird’s lament, son morceau consacré à Charlie Parker le plus connu et le plus réinterprété, ne dure qu’environ deux minutes. Mais revenons au trio de la soirée. La qualité d’écoute entre les musiciens me sauta d’abord aux yeux, avant même le travail d’arrangement pourtant remarquable du contrebassiste. Saxophones, contrebasse et batterie, appeaux et autres grelots, flûtes et surpeti (aussi appelé shruti box) se mêlèrent au gré des besoins musicaux et générèrent une variété de timbres propre à susciter l’étonnement du public, voire la surprise. Toujours mélodique malgré quelques incartades en des lieux moins fréquentés, la musique de Chien lune rappela à l’auditoire moins nombreux que d’habitude du Chien à 3 pattes que l’essentiel réside dans la plaisir et l’émotion et que l’échange humain a sur chaque individu un impact qui sera toujours plus important que celui d’un morceau de musique composé avec de l’intelligence artificielle, soit-dit en passant. Respect de l’œuvre moondogienne d’une part et inventivité de l’autre définirent le point d’équilibre nécessaire à la créativité des solistes comme au bon fonctionnement du trio et il en alla de même quand ils interprétèrent des compositions du contrebassiste. Sans jamais brader les fondamentaux, les possibles furent parcourus le sourire en bandoulière avec en sus un soupçon d’espièglerie bienvenu. Cela me convint bien plus que je ne l’avais imaginé en venant au Pêle-Mêle café (dont la convivialité perdure) qui accueillait les artistes. Comme quoi il ne faut pas désespérer ; il y a encore des musiciens qui font les choses sérieusement sans se prendre au sérieux, à l’opposé de ceux qui nous gavent le choux avec des projets plus ou moins intellos, plus ou moins intelligibles et sans âme, qui ne donnent de plaisir qu’à ceux qui les font en oubliant que les musiciens ne vivent pas sans un public heureux. Et pourquoi m’énerve-je ? Bonne question et toujours pas de réponse.