Un trio franco-norvégien au Périscope
Mardi 18 novembre 2025
Karoline Wallace : chant, bandes, programmation lo-fi
Inger Hannisdal : violon hardinger, violon, chant
Sébastien Palis : piano, synthétiseurs modulaires, compositions

Au Périscope, derrière la gare de Perrache, il y avait du monde dans la salle pour le trio franco-norvégien T.I.M., ce qui m’étonna un peu car en ces lieux je connus bien des mardis où le public était réduit à peau de chagrin. Notez bien que je ne m’en plaignis pas. J’avais lu quelque part que l’acronyme qui sert de nom au trio pouvait signifier Tomorrow Is Minimalist, Three independant Motions, Tall, Infinite, Microscopic. Ces propositions me parurent de fait assez justes. Avec du chant (modifié), du violon, principalement Hardanger, un piano préparé et de l’électronique, le trio évolua dans les limbes d’une beauté voilée, de mémoires extirpées du néant et creusées dans de fugaces instants révélés, sur des nappes alanguies, relevées de temps à autre par des rythmiques issues des machines. Il y eut trois voix unies dans un chant unique, cheminant dans une atmosphère proche d’un intimisme inscrit dans le secret du mouvement, des variations paysagères intérieures mises au jour, mises à nu, des moments d’unisson affleurant à la surface des sons. L’un des morceaux, Bertsie, construit autour de la voix d’une femme inuit chantant une comptine me rappela le travail créatif de Jason Moran sur un titre de Billie Holiday il y a une quinzaine d’années maintenant ; d’abord la voix extraite d’un lointain passé, puis l’habillage musical de cette voix jusqu’à la supplanter avant qu’elle ne réapparaisse à la fin : un moment de poésie d’une élégance sans défaut et d’une rare tendresse. D’une manière générale, l’ensemble du set se déroula en suspension dans un univers chambriste dont les formes oniriques, les lignes flottantes et les espaces caligineux, privilégièrent l’incertitude d’un clair obscur encadré par des scintillements expressionnistes ; comme dans la phrase, c’est la ponctuation qui fit sens plus que les mots. Et bien qu’il soit possible, voire inévitable, d’interpréter le sens d’un mot, qui peut donner sa définition personnelle de la virgule ou du point, des guillemets ou du point d’interrogation ? Ainsi organisée, la musique du trio offrit aux auditeurs un vaste champ de compréhension multiforme. C’était un 18 novembre plutôt froid, mais aussi un jour béni qui vit naître les géniaux Don Cherry (1936-1195) et Sheila Jordan (1928-2025), rien que ça.
Yves Dorison : photographie
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