Un septet qui porte le swing dans ses veines ? Ce n’est pas si souvent...
Samedi 13 décembre 2025
Hervé Salamone : trompette
Pierre Baldy-Moulinier : trombone
Pierre Desassis : saxophone alto & flûte
Vincent Périer : saxophone ténor & clarinette
Wilhelm Coppey : piano
Christophe Lincontang : contrebasse
Charles Clayette : batterie

Des maisons décorées de guirlandes lumineuses délirantes, ce n’est pas ce qui manque dans la région et c’est très pratique quand le pérégrin que je suis roule dans un brouillard à couper à la hache (le couteau, c’est pour les petites natures) en direction du Crescent (de Mâcon, de Saône et Loire). Et pourquoi se faire chier sur la route les yeux plissés à chaque fois qu’un clampin vous balance ses pleins phares dans la tronche ou qu’un sanglier placide manque de vous emboutir ? Pour aller découvrir le nouveau septet d’Hervé Salamone en étant par avance assuré d’avoir entre les ouïes une bonne dose de swing. De temps à autre, une louche de hard bop léché, cela ne nuit pas (même si le jour se couche tôt). Les sept musiciens se connaissant mieux que le fond de leurs poches, l’affaire fut carrément carrée. Au premier set, bien que le leader avouât son admiration pour Ellis et Wynton Marsalis, je trouvai quant à moi que la musique avait un petit arrière goût savoureux de Jazztet à la Farmer Golson Fuller et compagnie, avec plus de brisures rythmiques, je vous le concède, et un saxophone de moins ; mais cela ne me dérangea aucune-ment car j’aime ce sextet depuis toujours, notamment grâce aux compositions de Benny qui depuis sont devenus des standards incontournables. Les compositions originales du leader ayant, elles, les atours de bons standards de jazz, je pus jouir paisiblement des soli de chacun des musiciens qui se firent plaisir et comblèrent le public un peu moins nombreux que d’habitude du club ; c’était du jazz local et les idées préconçues étant ce qu’elles sont, n’est-ce pas ? Au second set, le septet joua entre autre une suite écrite pour le précédent album du leader et un morceau d’obédience shorterienne qui déplacèrent le curseur vers une modernité plus affirmée. Je notai que les quelques jours de résidence passés par le septet au club furent utilisés à bon escient. Le groupe était prêt et l’approximation réduite à néant. Je ne doutai pas cependant qu’après une dizaine de dates les lascars soient capables d’instiller le grain de folie supplémentaire qui se terre sous l’académisme apparent. Je leur souhaite d’ailleurs. Au rappel, un blues pour faire bonne mesure me rappela les « encore » franchement rigolards, débonnaires, et néanmoins redoutables de Basie avec Ella ; je pense plus précisément à celui du « Perfect match » de 1979 (avec Eric Dixon et Mitchell Bootie Wood). Bref, la soirée fut tranquille, telle que je l’avais imaginée. Je n’ai pas besoin d’être en permanence estomaqué ou bouleversé, stupéfié ou abasourdi. Les fondamentaux ne nuisent pas à la santé que je sache, surtout quand les interprètes sont à la hauteur de l’enjeu, car je n’oublie pas que, de nos jours, il n’est pas donné à tout le monde de se glisser dans ce moule ancien avec le savoir-faire idoine sans l’ébrécher. Et bordel de merde ! Il y eut ce putain de brouillard sur la route du retour qui me vrilla les orbites. On ne peut pas tout avoir.
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