Vitrine internationale pleine d’ingéniosité musicale
Hubro music
Joe Harvey White : pedal-steel, guitare acoustique, clavier, batterie, shruti box
Geir Sundstøl : guitare National, minimoog, pedal-steel, Suiko ST-50, guitare acoustique, harmonica basse, mandolines, clavier, basse moog

Joe Harvey White et Geir Sundstøl sont ce que l’on appelle des « maîtres de la pedal steel alternative ». Quand on dit cela, on se souvient également que le norvégien joue en fait de beaucoup d’instrument et que son univers est très particulier, plus proche de l’Americana que du jazz à proprement parler. Peu importe d’ailleurs car la rencontre avec l’anglais est une réussite incontestable. Entrés en studio sans plan véritable, ils ont accouché d’un album qui fusionne deux univers particulièrement compatibles. Ils joueraient ensemble depuis vingt ans que cela ne sonnerait pas autrement. C’est empreint d’une fluidité tépide qui immerge l’auditeur dans un espace fantomatique ici, paysager ailleurs, mais toujours nuancé. Un extrait de poème d’Ivar Orveda est inséré sur un morceau : certes on n’a rien compris mais les intonations de la voix du poète ont suffi à nous convaincre. À l’écoute, les rêveurs invétérés plongeront dans les délices sinueuses et infinies de l’apesanteur musicale. Ô temps suspend ton vol, comme disait l’autre. Recommandé.
https://www.joeharveywhyte.com/
https://sundstoel.bandcamp.com/album/langeleik
AGS Recordings
Anthony Pirog, Ben Garnett, Ben Monder, Bill Frisell, Cecil Alexander, Cindy Cashdollar, David Gilmore, David Tronzo, Emmanuel Michael, Gilad Hekselman, Grant Gordy, Greg Belisle-Chi, Joel Harrison, Max Light, Tim Watson, Wendy Eisenberg, Wolfgang Muthspiel : guitare
Sortie le 06 février

Passer du blue grass au bruitisme dans le même disque, c’est possible. Le guitariste Joel Harrison réunit dans ce projet qui ressemble fort à un ovni dix-sept guitaristes, lui inclus, qui proposent des duos. Chacun possède son style, le confronte à son binôme, et crée pour l’occasion une pièce originale ou reprend une composition existante. On croise ainsi Kurt Weil, Lennon et McCartney ou encore Carla Bley. Ce pourrait être à l’écoute une succession un peu anachronique d’ambiances guitaristiques mais, allez savoir pourquoi, cela passe mieux qu’une lettre à la poste. C’est un florilège d’esthétiques complémentaires qui donnent une belle idée des mondes que l’instrument peut aborder, traverser, révéler, nourrir et exprimer. C’est un concentré hautement musical d’imaginaires fertiles. Joel Harrison devrait reproduire l’idée en réunissant des musiciens du monde entier. Difficile à faire, certainement, mais pas impossible. Vivement conseillé.
Pony Canyon / Venus Records
Alma Micic : voix
Eric Alexander : saxophones ténor & alto
Lale Micic : guitare
Brandan McKeown : piano
Alexander Claffey : contrebasse
Jason Tiemann : batterie

Alma Micic, née et élevée à Belgrade, vit à New York depuis le début de ce siècle où elle mène sa carrière avec régularité. Ce disque est son sixième album et elle y rend hommage à l’immense Helen Merrill, Jelena Ana Milcetic de son véritable nom (origines croates). C’est un disque de jazz classique rondement mené par un groupe soudé qui bénéficie en sus du talent d’Eric Alexander, saxophoniste bien connu outre-Atlantique, un peu moins ici. Le timbre de la chanteuse possède quelques similitudes avec celui de l’icône précitée et cela ne gâche rien. Sans prise inutile de risque, elle et ses comparses servent la musique avec chaleur. Le saxophoniste et le guitariste ont de l’espace et donnent quelques soli convaincants, la rythmique et le pianiste sont en place. Tout coule naturellement. Et comme la playlist offre un ensemble de standards judicieusement choisis, on ne s’ennuie pas. Du jazz classique, sans concept fumeux, qui ne fera aucun mal à l’auditeur, bien au contraire. À découvrir.
Challenge Records
Pierre-Antoine Savoyat : trompette, bugle
Simon Groppe : piano
Fil Caporali : basse
Oscar Georges : batterie
Invités :
Alexandra Grimal : saxophone
Lynn Cassiers : voix
Lúcia Pires : flûte

Le trompettiste natif de Villefranche sur Saône Pierre-Antoine Savoyat, émigré en Belgique, sait colorer sa musique avec de subtiles irisations. Comme en sus elle ne s’interdit rien, elle offre des aspects changeants nourris par une vision personnelle tout à fait actuelle. Riches de détails, les morceaux se situent clairement dans un jazz d’aujourd’hui qui peut faire songer à Ambrose Akinmusire ou même Tom Harrell. Une chose est sûre, cela s’écoute avec grand plaisir car la cohésion du quartet est remarquable et les invités de grande qualité. Tantôt énergique, tantôt plus posée, la musique développe des climats qui ne renient pas le lyrisme mélodique. Avec Lynn Cassiers, elle s’autorise une belle embardée vers des chemins d’expression alternatifs qui démontrent, s’il le fallait, que la maîtrise des styles n’est pas dans cet enregistrement une vue de l’esprit. À découvrir.