Samedi 21 mars 2026, Crescent, Mâcon

Louise Knobil : contrebasse et chant
Chloé Marsigny : clarinette basse et effets
Vincent Andreae : batterie


De retour au pied d’une scène après trois mois d’abstinence, contraint et forcé vous l’imaginez bien, par un disque défectueux et douloureux, le pérégrin qui somnolait en moi apprécia son retour au mâconnais Crescent à sa juste valeur. Sur scène le trio de Louise Knobil, jeune contrebassiste et chanteuse suisse. Accompagnée par les non moins jeunes Chloé Marsigny à la clarinette basse mêlée d’effets et Vincent Andreae à la batterie, elle ouvrit pour un public moins nombreux qu’à l’habitude en ces lieux son univers musical. Au-delà des paillettes présentes sur les habits des musiciens, il m’apparut que les textes (en français), à peine masqués par un voile humoristique, ne manquaient pas d’une causticité mutine un peu troublante. Portés par des musiciens à la technique irréprochable, ils tracèrent en deux sets les contours d’un univers original plutôt agréable à mes oreilles. Entre les deux sets, une spectatrice me dit qu’en les écoutant elle avait pensé à Albert Marcoeur. J’en convins bien que ce dernier soit très nettement catalogué au rayon des déjantés underground et que la contrebassiste, elle, me parut tout de même plus saine. Qu’en sera-t’il dans vingt ans ? Je ne me prononce pas. Elle le sait forcément mieux que moi. Quant à la musique, dans une juste mesure mâtinée d’effets, elle emprunta au jazz ses codes (une brève référence aux anciens à la fin du premier set) en les ajustant à notre époque, ce qui est banal (sinon obligatoire) mais quelquefois déstabilisant. Vous me direz que d’autres avant elle, décennie après décennie, ont allègrement brisé les codes et j’acquiesce volontiers. Je préfère d’ailleurs le Miles d’On the corner à Bix Beidernecke, n’est-ce pas ? Il me semble néanmoins que ces novateurs à leur époque élargissaient le spectre d’un genre musical quand de nos jours, le jazz se rattache le plus souvent à d’autres genres pour se renouveler, ce qui est différent. C’est certainement dans cet esprit qu’au second set, au cœur d’un dialogue voix / clarinette, elle convoqua en loucedé Jean Sébastien le temps de quelques mesures bienvenues. Au final, le trio sut exposer sa galaxie créatrice avec énergie et talent. En soi, c’est déjà beaucoup et comme The best is yet to come, je suivrai leurs affaires de près, avec ou sans pesto, avec ou sans visage écrasé contre un mur. Louise Knobil sait de quoi je parle.


https://knobil-music.com/