Le quartet du trompettiste en concert au 7 de jazz

Samuel Belhomme : bugle, trompette
Stéphane Decolly : basse électrique
Nicolas Larmignat : batterie
Emmanuel Piquery : Fender Rhodes préparé, Korg Micro-Preset, percussion.

Le 7 de Jazz, Casino de Saint-Pair-Sur-Mer (Manche)
jeudi 26 mars 2026 - 20h30


Samuel Belhomme quartet Prysm en concert au 7 de Jazz le 26 mars 2026
© Thierry Giard

Le casino de Saint-Pair-sur-Mer est blotti juste devant la plage. Au gré des marées, à la nuit tombée, c’est toujours un plaisir de descendre la rue qui y mène en profitant des effets moirés du sable à marée basse alors que scintillent au loin les lumières de Granville. On pénètre ensuite dans la discothèque qui devient club de jazz un soir par mois de septembre à avril.
Concert presque en circuit court ce jeudi 26 mars puisque Samuel Belhomme, trompettiste bien connu dans la sphère du jazz à Caen et en Normandie est également l’animateur de l’atelier jazz de l’école de musique de Granville. Chez lui le plaisir du jeu, de la transmission et du partage vont de paire. En musicien curieux, toujours à l’écoute de la vie et de l’actualité du jazz, Samuel Belbomme veille à proposer à ses élèves un répertoire qui sort des catalogues de standards élimés. Il en allait de même pour ce concert. Il a réuni un quartet inter-régional en faisant appel à des amis musiciens toujours prêts à suivre ses projets sur un axe Caen-Orléans. Prysm pourrait apparaître comme une émanation du groupe Now Freeture (version 2015) imaginé par Emmanuel Piquery et Yann Letort mais il se démarque par un programme singulier à base de "nouveaux standards", compositions de jazzmen des années 70 à nos jours collectées par Samuel Belhomme.

Samuel Belhomme en concert au 7 de Jazz le 26 mars 2026
© Thierry Giard

Fidèle à la figure tutélaire du trompettiste Kenny Wheeler, Samuel Belhomme affectionne la sonorité du bugle qu’il a largement privilégié pendant ce concert. Des couleurs rondes instrumentales et chaudes qui contrastent avec le timbre bien spécifique des claviers vintage "customisés" par Emmanuel Piquery, artiste-artisan bricoleur-inventeur toujours à la recherche de l’inattendu bien au-delà des clichés de la fusion. La référence aux musiques électriques est renforcée par la basse d’un Stéphane Decolly au jeu sobre et efficace parfaitement épaulé par son compère Nicolas Larmignat. Rappelons que ces deux musiciens furent embarqués dans l’aventure Rigolus aux côtés de Thomas de Pourquery, entre grande fantaisie et rigueur en mode tous-terrains !

Samuel Belhomme quartet Prysm en concert au 7 de Jazz le 26 mars 2026
© Thierry Giard

Mais quels sont donc ces "nouveaux standards" déconstruits-recontruits par le quartet avec une grande habileté ?
Ils ont été puisés chez Pat Metheny (Bright Size Life, Question and Answer...) , chez Keith Jarrett "première période" (In Your Quiet Place, The Raven Speaks...) auxquels on ajoutera Dave Holland (Processional), Wayne Shorter (Beauty And The Beast, en rappel) et, quand même, Kenny Wheeler (Mark Time). Certes, ce répertoire est largement emprunté à des musiciens-compositeurs de référence mais on retiendra le choix de Rag, composition joyeusement bancale de Bill Frisell interprétée au début du second set. De quoi donnéer envie de réécouter This Land, superbe album très américain du guitariste paru en 1994.

Samuel Belhomme quartet Prysm en concert au 7 de Jazz le 26 mars 2026
© Thierry Giard

Prysm pourrait rester une formation éphémère réunie pour ce concert et pour quelques actions pédagogiques et de transmission pendant deux ou trois jours. Il serait dommage de s’en tenir là car ce quartet révèle un beau potentiel. Il peut surprendre par les choix de couleurs sonores mais il sait aussi obtenir rapidement l’adhésion de son auditoire comme l’a démontré ce concert à travers quelques témoignages recueillis de-ci-de-là. Preuve que ce "7 de Jazz" joue bien son rôle dans la diffusion de la musique vivante accessible mais pas banale.
Ce soir-là, Samuel Belhomme n’a pas cherché à mettre en avant ses compétences de compositeur remarquées par ailleurs. Il n’a mis au programme qu’une de ses compositions écrite à des fins pédagogiques pour les élèves de l’atelier jazz de Granville. En choisissant ce programme de nouveaux standards, il reste parfaitement en accord avec sa pratique de musicien de jazz évoluant entre tradition et modernité mais toujours avec une grande curiosité de ce qui se joue autour de lui.

Samuel Belhomme quartet Prysm en concert au 7 de Jazz le 26 mars 2026
© Thierry Giard