Quatre disques ne manquant pas d’originalité
BMC Records
Hélène Duret : clarinette, clarinette basse
Théo Ceccaldi : violon
Vincent Courtois : violoncelle
Daniel Erdmann : saxophone
Robert Lucaciu : contrebasse
Eva Klesse : batterie


Comme il existe un office franco allemand pour la jeunesse (OFAJ), peut-être pourrait-on créer un office franco-allemand pour la musique (OFAM) avec à sa tête Daniel Erdmann. Trêve de plaisanterie facile, la thérapie de couple du saxophoniste est un groupe franco-allemand qui démêle par la musique, entre cordes et souffle, l’imaginaire d’une relation bicéphale dont l’histoire est « kompliziert ». Comme toujours il est accompagné des meilleurs et réussit à former un groupe qui unit ses voix avec aisance. La musique, conséquemment, est à la hauteur de l’enjeu. Les harmonies pleines de sonorités jamais agressives, la construction formelle des titres (chaque soliste à son morceau) empreinte de cette chaleur vibrante qui ne quitte jamais le natif de Wolfsburg, sont le terreau d’un monde qui met la beauté du détail au service de l’ensemble. Les compositions fouillées, jamais étouffantes, vivent leur histoire densément aérée au creux du sextet qui les révèle. C’est un travail d’orfèvre, fait d’esprit et de chair, qui rappelle, comme le disait François au parlement européen en 1995 que « le nationalisme, c’est la guerre. » Et les Beatles de chanter avec Helmut « I wanna hold your hand. »
http://www.daniel-erdmann.com/Home.html
Baboo music
Himiko Paganotti : chant
Emmanuel Borghi : piano
Frédéric Borey : saxophone
Yoni Zelnik : contrebasse
Philippe Soirat : batterie


Ce quintet veut la paix. En ces temps troublés (euphémisme) où les tarés, ivres de nationalisme, promeuvent leur inhumanité à coup de bombes, himiko Paganotti et ses complice proposent l’apaisement, par la douceur et la mélodie. La finesse, la chaleur des sentiments, sont leur crédo. On serait tentés de s’exclamer « putain que ça fait du bien ! » C’est malpoli, n’est-ce-pas ? Mais putain que ça fait du bien ! Aucunement sujet à la forfanterie, le quintet cisèle chaque mouvement musical avec un souci de justesse en tout point remarquable. Le silence est l’indispensable invité ; Il met en exergue ce que chaque thème a de doux et de chantant. Si les titres sont tous des compositions originales, ils se réfèrent, avec élégance et sans nostalgie, à la tradition de ce jazz mélodique, lié à l’émotion, à l’instant suspendu, qui enchante les oreilles depuis belle lurette. Recommandé, bien sûr.
https://www.instagram.com/himiko_paganotti/
Ad Vitam Records
François Mardirossian : piano


En solo, sur un piano Stephen Paulello opus 102, François Mardirossian nous plonge dans l’univers musical de Louis Thomas Hardi, dit Moondog (en hommage à un chien qui hurlait à la lune mieux que les autres), sorte de clochard céleste hors norme, un temps sans domicile fixe avant de finir ses jours en Allemagne, entièrement dédié à la musique qui l’habitait. Le pianiste lui avait déjà consacré un disque en 2019. Il récidive et on ne s’en plaint pas, bien au contraire car il sait parfaitement mettre en valeur l’univers du compositeur aveugle, son goût pour le contrepoint, l’harmonie et les mesures impaires, entre autres. Une chose est certaine, l’auditeur, même sans connaissances musicales, peut entrer dans ce monde alternatif par la saveur particulière des mélodies développées, les ombres les habitant, quelque part entre jazz avant-gardiste et musique minimaliste. Recommandé.
https://francoismardirossian.com/
Sunset Records
Levi Harvey : piano
Cyril Drapé : contrebasse
Pierre Eden Guilbaud : batterie

Place aux jeunes ! Ces trois-là ont du style et, s’ils ne se perdent pas en route, ils devraient s’offrir un avenir souriant. Le pianiste et sa rythmique font preuve d’élégance, de puissance contenue, aiment les brisures rythmiques, les mélodies riches dans lesquelles ils nichent quelques surprises bienvenues, savent ralentir quand il est bon de faire respirer la musique, sont à l’écoute les uns des autres, bref, il constitue un trio solide qui ne manque pas d’attrait. Les auditeurs amateurs de jazz bien senti constateront rapidement que ces trois musiciens, aussi jeunes soient-ils, ont parfaitement assimilé les anciens et les modernes sans pour autant les copier. On vous laisse vous faire une idée.