Quatuor Aesthesis - © Pascal Gambarelli
Quatuor Aesthesis - © Pascal Gambarelli

Les murs de l’Atelier du Plateau s’ornent d’un splendide trompe-l’oeil maritime qui conjugue Craig Hanna et les bandes de couleurs horizontales d’une de ses œuvres ( Normandy Annoville, 2011 ) et l’horizon où le ciel et la mer copulent lascivement au gré de la houle qui va et vient, encore et encore.
Au centre de la « scène » et au ras du sol, Peter CORSER et son sax ténor, tout là-haut sur la mezzanine, le quatuor AESTHÉSIS fort de Lucie MINAUDIER soprano, Céleste LEJEUNE mezzo-soprano, Abel ZAMORA ténor et Jonas MORDZINSKI basse : tous usent du même air pour faire vibrer le premier l’anche de son instrument, les autres leurs cordes vocales. Donc le souffle, pneuma, ki, prana, l’énergie vitale. Et il ne leur faut pas longtemps pour nous attraper au plus profond du plus profond dans leur introductive conversation à distance : intense, puissante, homogène, prenante. Ils chantent un morceau à l’écriture resserrée et notre souffle est suspendu. On pourrait s’en aller là maintenant tant cette ouverture façon hologramme contient déjà ce qui va suivre. Ils nous « achèveront », lors du rappel, avec Black Birds des Beatles, autant dire qu’il s’agit ce soir, exclusivement, de musique. De MUSIQUE !!!!
Et entre les deux, que pasa ? Sur le thème des oiseaux, ils nous entraînent ici et là : chanson populaire, air de la Renaissance, on pense Josquin des Prés, et, mais quels morceaux ? Peter Corser himself. Ce quintuor s’offre et nous offre un voyage qui vaut par sa beauté et sa grande classe dans ce lieu dont on ne dira jamais assez qu’il est idéal pour les concerts acoustiques, unplugged, a cappella.
Le sax arpège de haut en bas, les voix de femmes s’élèvent au ras des cintres, le quatuor tient des accords sur lesquels le sax développe son thème, les chanteurs débutent un morceau chacun leur tour, en décalés, à la façon d’un canon hongrois ( hongrois que c’est un canon mais non ), et chaque morceau se termine par la résolution harmonieuse-harmonique des tensions, résolution aussi parfaite que l’accord du même nom en même temps que le public se relâche de son apnée. C’est beau, c’est émouvant, c’est tripal.
Bien sûr, un concert intitulé Birds ne vaudrait pas sans faire participer le public à une impro de sifflements aviaires avant de passer à la chanson « J’ai vu chanter un rossignol sous la lune  ». Le sax s’est fendu d’un solo quasiment répétitif, la soprano s’est envolée soutenue par les voix masculines sonnant comme un sax baryton et un trombone basse, le ténor, juché dans l’escalier, a conversé avec le sax, la mezzo portée par un ostinato paisible, a improvisé. On a pu constater qu’aucune amplification ne leur était nécessaire, à se demander même s’ils avaient usé de toute leur puissance vocale. Il a été question d’un oiseau de paradis (rencontre entre une pièce de Ravel et un chant géorgien), d’un commandement impérieux « Réveillez-vous…….. cocu, cocu !! » », et de Rimalliati (?), cousin très proche du Einstein on the Beach de Philip Glass. Sans oublier la litanie des oiseaux définitivement disparus scandée par Corser. De quoi donner envie de relire «  Le printemps silencieux » de Rachel Carson tout en se réjouissant que eux, ces cinq-là, leur donnent vie.

Graaaaaand plaisir partagé.


Atelier du Plateau
Rue du Plateau, 75020 Paris

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