CIVIL DESOBEDIENCE

Blue Frog Records

Donny McCaslin : saxophone
Ingrid Jensen : trompette
Bruce Barth : piano
David Ambrosio : contrebasse
Victor Lewis : batterie

Régénérer de grands compositeurs et/ou des musiciens méconnus de la dernière période de l’Avant-garde Blue Note, c’est une excellente idée que le contrebassiste Davis Ambrosio a eu avant d’échafauder avec des musiciens hors pair son projet, un projet brillantissime, il faut bien le dire. Donny McCaslin et Ingrid Jensen en tête de gondole font un boulot de dingue, très inspiré et ils sont parfaitement accompagnés par un pianiste qui fait plus qu’on lui demande, mais dans le bon sens du terme, et une rythmique solide composée du leader et du batteur Victor Lewis dont il est dit que c’est son dernier disque puisqu’il a arrêté de jouer. C’est dommage pour nous, mais c’est son choix. Dotée d’un swing post moderne redoutable, la musique du quintet est un pur mélange de mélodies avant-gardistes aujourd’hui presque académique et de soli aventureux ne manquant pas de punch. C’est diablement vivant, nourri d’un enthousiasme communicatif, et pour tout dire magistral. Il y a de la musique dans ce jazz, de la chair et une haute idée de l’excellence. Recommandé.


https://davidcambrosio.com/


  SIRIL MALMEDAL HAUGE & KJETIL MULEDID . I remember oranges

Svale Records

Siril Malmedal Hauge : chant
Kjetil Mulelid : piano
Matthias Eick : trompette (3)
Johanne Flottorp : violon Hardanger (8)

Si aimez la douceur sous toutes ses formes, ce disque est fait pour vous. Empreint de fragilité complice, de beauté paisible, de paysages intérieurs éphémères, chaque morceau de cet enregistrement donne à la musique une épaisseur, une profondeur, une once de volatilité, ce qui n’est pas contradictoire, qui constitue un ensemble homogène construit par deux artistes échangeant volontiers leur altérité au profit d’un langage musical commun pour le moins original. Dans une ambiance typiquement hyperboréenne mêlée de folk, le timbre chaleureux de Siril Malmedal Hauge fait merveille et Kjetil Mulelid l’entoure et la soutient avec des combinaisons multiples qui, si elles ne sont pas exemptes de complexité, n’en apparaissent pas moins d’une simplicité d’écoute émouvante. Les compositions originales sont à la hauteur des reprises, qu’elles soient d’Ornette Coleman, de Randy Newman, d’Henry Mancini ou de Molly Drake (la mère de feu Nick Drake) et l’ensemble dévoile un imaginaire subtil, riche de nuances, qui se développe avec un naturel désarmant. Une pépite vivement recommandée.


https://sirilmalmedalhauge.com/duos
https://kjetilmulelid.com/projects/duo/


  MARIA GRAND . Both sides

Lilaila Records

María Grand : saxophones ténor & soprano, voix ( 4 & bonus track)
Rashaan Carter : contrebasse (1.6)
Shakoor Hakeem : percussion (1.6)
Miguel Russell : batterie (1.6)
Emmanuel Michael : guitare (4)
Miriam Elhajli. : voix (3)
Jasmine Wilson : voix (6.8.12)
Angelica Sanchez : piano (7.12)
Immanuel Wilkins : saxophone alto (7.8)

L’univers de Maria Grand accorde aux méandres une importance qui porte en bandoulière un goût marqué pour une forme d’abstraction conservant un indéniable attrait pour la mélodie. Si tant est que la musique de cet album soit ressentie comme libre et somme toute un peu avant-gardiste, elle n’en demeure pas moins le fruit d’un travail précis qui requiert de la part des intervenants toute la science musicale qu’ils détiennent. Tout à tour nourris d’intime et d’explosivité vibrante, les titres de cet album constitue un ensemble séduisant, hautement musical, d’autant que s’ajoutent aux six titres autant d’ « audio liner notes » mises en musique fort intéressantes. Le monde de Maria Grand porte une vision musicale personnelle qui côtoie les bordures, l’herbe des talus selon Jacques Réda, et creusent dans les interstices afin d’en extirper la quintessence d’une harmonie globale en phase avec une forme d’humanité qui se révèle entre évanescence et rugosité. Les curieux aimeront. Vivement conseillé.


https://www.mariakimgrand.com/


  RON CARTER & YOTAM SILBERSTEIN . Duets

Jojo Records

Yotam Silberstein : guitare
Ron Carter : contrebasse

Sortie le 05 juin 2026

Ron Carter (1937-) apparaît sur plus de 2200 enregistrements… Hum. Nous ne vous dirons pas avec qui il a joué parce qu’il n’y a pas de place pour un dictionnaire en douze volumes sur Culture Jazz. Parlons plutôt de cet album en duo réalisé avec le guitariste Yotam Silberstein (était-il dans ses petits souliers lors de la première rencontre ?) car, comme on dit trivialement, c’est de la bonne. Le répertoire est basé sur des standards, pas forcément les plus connus, et deux compositions originales du guitariste (dont une en hommage à Russell Malone (1963-2024) trop tôt parti). La musique jouée par les eux acolytes possède cette profondeur organique qui sied au duo, quel qu’il soit. Si le swing et le feeling sont les fondements du disque, ils s’appuient sur une maîtrise harmonique et rythmique qui frôle l’impitoyable… Celui qui trouvera à redire sur ce point n’est pas né (ou c’est un gros hypocrite jaloux et tout et tout…). Quoi qu’il en soit, on perçoit (entend-on ?) évidemment le fantôme de Jim Hall avec qui Ron Carter a commis au moins trois disques, dont le légendaire Live at Village West (1982), ce qui est normal puisque voulu par le responsable du label. Il serait dommage que vous vous priviez d’un plaisir réconfortant.


https://yotammusic.com/
https://roncarterjazz.com/