La revue de Buz comme une invitation aux voyages curieux dans des univers musicaux singuliers.
Voisins de palier, la Suisse et l’Italie entretiennent des rapports musicaux très proches. La parution ces derniers mois de disques illustrant leurs relations, nous donne l’occasion de présenter ce résumé de disques fort intéressants, s’inscrivant en particulier dans les domaines de la free music dans ce qu’elle a de meilleur et d’inventif. Des productions d’approches différentes se glissent dans cette revue pour le bonheur des amateurs..


L’Ensemble 5, qu’anime le batteur-percussioniste Heinz Geisser, est en fait un quartette suisse régulier qui comprend le contrebassiste Fridolin Blumer, le pianiste Reto Staub et le tromboniste Robert Morgenthaler. Nous avons le bonheur de les suivre depuis une quinzaine d’années : sept disques réalisés chez Leo Records. Autant dire qu’ils se connaissent bien et que leurs collectives spontanées semblent rouler toutes seules. Parfois, ils accueillent un invité. Comme ici le vibraphoniste Christopher Dell (entendu récemment avec Klaus Kugel), lequel apporte une note aérienne qui s’accorde à merveille avec le trombone. Ce disque est composé de huit pièces bien agencées qui créent un climat “free music de chambre” si je peux me permettre l’expression. Ce qui n’a rien de péjoratif, car nous atteignons là un très haut niveau musical. Tout amateur ouvert aux pratiques contemporaines du jazz prendra un grand plaisir à son écoute.

Deux ans plus tard, on prend les mêmes (sauf Staub)… mais on ne recommence pas. On obtient alors un quartette Blumer/Dell/Geisser/Morgenthaler sans leader, lancé dès l’entrée dans l’improvisation libre, sans aucun fil conducteur, ni thème ni leitmotiv, chacun taillant sa place avec force, écoute et respect de son voisin. Par moments, l’un ou l’autre des quatre se retire et prend du recul, tandis que celui qui reste s’affirme au sein du collectif et se retrouve en position de soliste, comme le trombone dans Beyond Scope par exemple, avant de s’écarter à son tour pour laisser entrer le vibraphone, et ainsi de suite. À d’autres moments, on chemine côte à côte et l’on crée une forme d’unisson fragile, lequel se brise et laisse se répandre les sons dans l’espace. Cette large ouverture trouve sa source dans la cohésion parfaite que permet des partenaires qui se connaissent, jouent et fréquentent ensemble les chemins escarpés de l’improvisation. Tous se retrouvent en une sorte de rencontre finale, ce qui démontre que l’atonalité n’empêche pas l’harmonie. Notons la qualité et la finesse de la prise de son.

Le saxophoniste Christoph Gallio s’est attaqué à une œuvre de taille, le poème Yet Dish de Gertrude Stein qui se découpe en 69 séquences de quelques lignes. Il en a réalisé l’intégrale sonore en composant une musique pour chacune des 69 plages qui, à part trois exceptions finales, n’atteignent pas la minute. L’interprétation du texte complet a été confiée à la chanteuse Sonia Loenne qui le récite avec beaucoup de simplicité. Intégralement reproduit, il est aisé de le suivre en appréciant la qualité d’un travail musical qui s’écoute avec plaisir et intérêt.
Ces trois disques paraissent sous étiquette ezz-thetics, label de la compagnie suisse Hat Hut, créée en 1975 par Werner X. Uehlinger pour promouvoir le saxophoniste-trompettiste Joe McPhee, puis devenue au fil du temps l’une des plus importantes et créatives d’Europe et du monde, et qui a fêté ses 50 ans l’an passé. Bon anniversaire Werner, en souvenir de notre première rencontre à Paris il y a… 50 ans !

Le contrebassiste suisse Daniel Studer (qui a enregistré naguère avec Christoph Gallio) représente le mouvement free music dans ce qu’il a de plus raide, tranché et absolu. Depuis une dizaine d’années, nous avons recensé ses productions (notamment sur Leo Records), en particulier ses duos de contrebasse avec son confrère Peter K. Frey ; auxquels s’ajoutaient d’autres musiciens comme John Butcher, Jacques Demierre, Gerry Hemingway, Hans Koch, Giancarlo Schiaffini, Harald Kimming, etc., tous adeptes quasi inconditionnels de l’improvisation libre absolue sans concession.
Ces deux nouvelles parutions sont un nouvel exemple de cette “non règle” qu’on pourrait présenter comme l’exploration sonore totale de ce qui qu’il est possible de jouer – car il me semble qu’il s’agit encore de jeu – sur de simples instruments de musique. Le premier disque est un duo en compagnie de l’un des plus grands trombonistes européens des cinquante dernières années, l’Italien Giancarlo Schiaffini, le second un trio (oserai-je dire plus “classique ?”) avec le saxophoniste-clarinettiste Sebastian Strinning et le batteur Daniel Weber.

Craquements, frottements, passages minimalistes, sons bruts à l’état pur, bruits divers, parfois murmures très légers (il faut monter le volume ou approcher son oreille des musiciens), descente dans les graves, les tréfonds, brèves séquences répétitives… tout cela sans logique apparente, si ce n’est une brève présence d’une basse continue qui sert d’axe sur lequel s’enroulent les vents et frappent les baguettes. Et d’un coup, après avoir tiré sur ce tissu très décousu : le silence. C’est fini. Recommandé aux auditeurs aguerris ou qui aiment prendre des risques. S’ils ne savent pas par quel bout prendre ces disques, qu’ils suivent le parcours de ces musiciens opiniâtres qui, eux-mêmes, ne savent certainement pas à l’avance quels chemins ils vont tracer ! C’est de l’improvisation presque au-delà du possible. Il faut le faire !


Que ne peut-on pas faire avec un trombone… à coulisse bien sûr ! Samuel Blaser a choisi le plus bel instrument qui soit. Il s’inscrit donc dans la grande lignée des solistes intégraux, Albert Mangelsdorff et Paul Rutherford dès 1974. Et le voilà qui joue à l’élastique dans un grand théâtre de Berlin-Est qui offre d’étonnantes qualités acoustiques. Au début de l’année 2013, Samuel Blaser s’y rend, investit l’espace et découvre toutes les ressources “géographiques” du lieu. Et en écho aux Dix-neuf poèmes élastiques de Blaise Cendrars, originaire comme lui de La-Chaux-de-Fons, il improvise les 18 monologues élastiques qui paraissent aujourd’hui. Il était temps ! Ces pièces en solo sont un véritable feu d’artifice de toutes les possibilités que permet le trombone, la clarté du jeu, le son plein et rond, l’articulation souple, la maîtrise technique, l’inventivité, l’humour qui permet à 18 solos (de 30 secondes à 6 minutes) tous différents les uns des autres de composer un disque parfaitement cohérent et jubilatoire. Ne manquez pas non plus de regarder le documentaire de 30 minutes qui constitue le reportage de cette étonnante aventure.


Avec la complicité de Samuel Blaser, le grand percussionniste Pierre Favre (né en 1937) vient de retrouver une bande musicale de 30’ enregistrée à la radio de Zurich en février 1968. Jusqu’alors sideman dans différents contextes plus “classiques”, il a rencontré la pianiste Irène Schweizer (1941-2024) chez Paiste, la célèbre manufacture de cymbales où ils occupent diverses fonctions. Un duo fraternel se forme et se reformera à de nombreuses reprises durant plus d’un demi-siècle. La pianiste a déjà enregistré en janvier 1967 avec son propre trio des « Early Tapes » qui seront publiées dix ans plus tard par le label indépendant allemand FMP et est déjà poussée par le vent qui secoue le monde du jazz.
Les quatre pièces qui composent ce disque, une d’Ornette Coleman et trois d’Irène, nous transportent de plain-pied dans l’exubérance et la frénésie de la fin des années 60. Avec une audace stupéfiante, une joie de jouer et une quête de la liberté, elle s’inscrit dans le sillage des grands créateurs afro-américains de la New Thing, tout en révélant une culture et des problématiques différentes qui vont donner naissance à la Nouvelle Musique Européenne (NME). Un jazz original se dessine. On s’étonnera de trouver ici le contrebassiste tchécoslovaque George Mraz en transit avant de gagner les États-Unis où il fera l’essentiel de sa carrière. En octobre de la même année, le Pierre Favre Trio enregistrera « Santana » pour FMP, le bassiste étant Peter Kowald. Avant de connaître cette bande radio inouïe et emballante, il nous manquait le début de l’histoire, la voici. Souhaitons que chacun prenne la mesure de cette découverte essentielle.


Parmi les nombreuses personnalités que la Suisse, “petit pays”, (a) produit, peu franchissent la frontière qui sépare nos deux pays comme Samuel Blaser – je ne parle pas des figures historiques comme Pierre Favre et Irène Schweizer, mais des musiciens et musiciennes de notre époque – surtout s’ils ne sont pas Romands ou francophones.
Une musicienne qui a vu s’ouvrir les portes de quelques festivals et concerts hexagonaux est la pianiste Sylvie Courvoisier, figure de proue du catalogue Intakt. Son installation à Brooklyn a-t-elle joué sur ses tournées européennes en en faisant une artiste internationale ? Ce sont précisément des extraits de plusieurs concerts, dont un en France au festival Sons d’Hiver, qui ont été choisis pour l’édition de ce disque rétrospectif. La pianiste se présentait en trio avec deux de ses accompagnateurs favoris, Drew Gress et Kenny Wollesen dont la souplesse, le répondant et la musicalité parfois échevelée ne sont plus à démontrer. Ce disque un peu patchwork, qui présente la pianiste dans un contexte où domine la spontanéité, autant pianiste que compositrice, n’a peut-être pas la résonance et la cohérence de son duo avec Wadada Leo Smith (Cf.Culturejazz, L’Europe résiste..., 21/03/2026) mais il a l’avantage de nous la montrer en public dans toute l’étendue d’un talent de très haut niveau.


Nous quittons les rivages de l’improvisation libre (ou encadrée) en compagnie du singulier trio italo-franco-suisse, Luciano Biondini (accordéon), Michel Godard (tuba, serpent) et Lucas Niggli (percussions), qui ne s’était pas retrouvé derrière les micros d’Intakt depuis 2013. Leurs retrouvailles devraient être appréciées par tout amateur de “bonne musique”, qu’on l’appelle jazz ou musiques du monde lorsque ces termes se conjuguent dans la création, le rythme intérieur, l’ouverture d’esprit, la fraîcheur et l’improvisation. L’auteur du texte de livret place ce disque “Flames of Time” sous le patronage de Monteverdi, lequel a fortement marqué la vie musicale de Michel Godard, comme on peut l’entendre parmi les cinq compositions ou arrangements personnels. Luciano Biondini, avec la sensibilité de son jeu d’accordéon, Radiohead, Carla Bley et Steve Swallow sont également sollicités dans l’élaboration de cette musique “baroco-contemporaire” lumineuse qui s’affranchit des catégories et rejoint par là les musique “alpines” de John Wolf Brennan (Pago Libre). Superbe.

Dans le domaine de l’improvisation totale, nous avons déjà croisé Antonio Bertoni dans un solo de contrebasse percussif en 2013 (Leo) et, au violoncelle, avec Stefano Leonardi à plusieurs reprises en quintette (2018 et 2020) en compagnie de Fridolin Blumer et Heinz Geisser (toujours chez Leo), comme quoi il y a bien des affinités et des familles musicales que l’on peut suivre avec le temps. Ils se rencontrent cette fois dans un contexte plus dépouillé sur deux nouveaux disques, l’un en duo, l’autre avec un second flûtiste, Massimo De Mattia. Notons que toutes ces improvisations collectives possèdent un titre bien identifié.
Le duo nous propose une série de neuf improvisations assez sèches, empruntes d’un certain primitivisme (voir la collection d’instruments “exotiques” utilisés). Effets de souffle, appels qui résonnent ou se perdent dans le lointain, cris d’oiseaux, sons assez acides et accroches parfois stridentes… Les deux partenaires n’ont pas choisi la facilité et n’intègrent pas le “confort d’écoute” de l’auditeur dans leur démarche. Nous ne pouvons qu’en louer l’honnêteté. Une pièce du compositeur arménien du XIXe siècle Makar Yekmalyan conclut le disque.


La présence d’un second souffleur dans la deuxième série de neuf improvisations en trio apporte une fluidité et une vivacité absentes dans le disque précédent. La musique est également beaucoup moins statique et même presque échevelée tant les multiples chants des flûtes s’interpellent, se répondent, se stimulent continuellement, bien appuyés par les jeux de percussion. Habitué aux chants des oiseaux en cette période printanière, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement : une musique vivante, voire joyeuse, annonciatrice d’une renaissance (?).


Suisse d’origine, mais relié depuis toujours à la Nouvelle Zélande, le pianiste et compositeur Alex Ventling nous fait effectuer le grand saut vers les Antipodes, par exemple lorsqu’il nous invite à cheminer avec lui et la chanteuse Sissel Vera Pettersen sur la plage d’Ohama. Musicien voyageur, Ventling, après des études musicales à Bâle, Berlin et Copenhague, se rapproche aussi du nord en s’installant à Trondheim, cité norvégienne où il trouve un “climat” et des musiciens qui lui conviennent, La ville revient à trois reprises parmi les neuf compositions qui constituent ce disque très élaboré. Présent mais discret, le pianiste produit une musique délicate sans aucune mièvrerie, méditative, aux couleurs réputées brumeuses mais qu’il transmute en leur donnant une clarté et un éclat auxquels le violon et le vibraphone sont partie prenante et nécessaire. Comment ne pas entrer dans un univers d’une telle finesse ? (On peut visionner des vidéos).

Un pas à franchir, et nous voici en Australie à l’écoute du quartette de la jeune guitariste de caractère Hilary Geddes qui signe les huit compositions de ce disque de jazz attachant et convaincant. Issue d’une génération qui a été sensible au rock et autres musiques de notre époque, Hilary Geddes fait entendre une sonorité originale maîtrisée, servie par un jeu de guitare à l’articulation précise. Elle nous permet d’effectuer une promenade sonore agréable, sans bouleversements particuliers, mais qui retient l’attention par la finesse de son expression. La guitariste, qui a déjà tourné en Allemagne et en Inde, devait revenir dans nos contrées. Ne la manquez pas.
> Ensemble 5 : “The Human Factor” - Ezz-thetics 1053 / Disponible sur Bandcamp
Heinz Geisser (percussion), Fridolin Blumer (contrebasse), Reto Staub (piano), Robert Morgenthaler (trombone) + Christopher Dell (vibraphone).
Powerplay Studios, Maur/Zürich, 9-10 octobre 2022
> Blumer/Dell/Geisser/Morgenthaler : “Beyond Scope” - Ezz-thetics 1062 / Disponible sur Bandcamp
Robert Morgenthaler (trombone), Christopher Dell (vibraphone),Fridolin Blumer (contrebasse), Heinz Geisser (percussion).
WIM Studio, Zürich, 5-8 octobre 2024.
> Christoph Gallio’s Stone Is A Rose Is A Stone Is A Stone . Yet Dish . Gertrude Stein - Ezz-thetics 121 / Disponible sur Bandcamp
Sonia Loenne (voix), Christoph Gallio (saxo soprano et alto), Vito Cadonau (contrebasse), Flo Hufschmid (batterie et percussion).
Hardstudios, Winterthur, 12-13 mai 2022.
> Giancarlo Schiaffini/Daniel Studer : “Breeze” - Linae Occultae LO00125 / Disponible sur Bandcamp
Giancarlo Schiaffini trombone), Daniel Studer (contrebasse).
SweetSpot, Baar, Juillet 2023.
> Studer/Strinning/Weber : “Cut” - Creative Sources Recordings CS 869 CD / Disponible sur Bandcamp
Sebastian Strinning (saxo ténor, clarinettes basse et contrebasse), Daniel Studer (contrebasse), Daniel Weber (batterie).
Novembre 2023.
> Samuel Blaser : “18 Monologues élastiques” - Blaser Music BM018CD / Disponible sur Bandcamp
Samuel Blaser (trombone).
Funkhaus Nalepastrasse, Berlin, Janvier-février 2013.
> Pierre Favre Trio : “Bird Food” - Songs 004CD / Disponible sur Bandcamp
Irène Schweizer (piano), George Mraz (contrebass), Pierre Favre (batterie).
Radio Studio Zurich, 19 février 1968.
> Sylvie Courvoisier Trio : “Éclats-Live in Europe” – Intakt CD 452 / Disponible sur Bandcamp
Sylvie Courvoisier (pîano), Drew Gress (contrebasse), Kenny Wollesen (batterie, sons).
JOE Festival, Essen (D), Sons d’Hiver, Ivry, Jazzclub Unterfahrt, Munich (D), 6-13 février 2025.
> Biondini/Godard/Niggli : “Fables of Time” - Intakt CD 449 / Disponible sur Bandcamp
Luciano Biondini (accordéon), Michel Godard (tuba, serpent, basse électrique), Lucas Niggli (batterie, percussions).
Cicaleto Studio, Arezzo (I). 21-23 juin 2025.
> Stefano Leonardi/Antonio Bertoni : “Fuoco Sacro” - Aut Records AUT116 / Disponible sur Bandcamp
Stefano Leonardi (flûte, dilli kaval, alabaster flute, tumbu, bass xun), Antonio Bertoni (batterie, percussion, bolon, guembri, waterphone, njarka, ngoni).
29 juillet 2021.
> Bertoni/De Mattia/Leonardi : “Tatzlwurm” - Aut Records AUT144 / Disponible sur Bandcamp
Stefano Leonardi (flûte basse, turkish dilli kaval, sulittu, moldavian holes kaval, alabaster flute), Massimo De Mattia (flûte, flûte alto), Antonio Bertoni (violoncelle, percussion, bolon, guembri).
8 mai 2025.
> Alex Ventling : “Wavemakers” - Particular Records Collective Pi61CD / Disponible sur Bandcamp
Alex Ventling (piano, synthé), Tuva Halse (violon), Armund Stenoien (vibraphone), August Glännestrand (batterie, drum machine), Sissel Vera Pettersen (voix sur 1 titre).
Musikkloftet AS Asker (NOR). 12-13 janvier 2024.
> Hilary Geddes Quartet : “Redleaf” - Earshift Music EAR118 / Disponible sur Bandcamp
Hilary Geddes (guitare), Matthew Harris (piano), Max Alduca (contrebasse), Alexander Inman-Hislop (batterie).
Golden Retriever Studios, Sydney, 18 décembre 2023.
www.hathut.com
www.geisser.com
www.gallio.ch
www.danielstuder.ch
www.linae-occultae.com
www.creativesourcesrec.com
www.blasermusic.com
www.samuelblaser.com
www.intaktrec.ch
www.autrecords.com
www.stefanoleonardi.it
www.actmusic.com
www.earshift.com
www.hilarygeddes.com