FINCKER/SANTACRUZ/SILVANT . A très vite

Jujuworks

Robin Fincker : saxophone tenor, clarinette
Bernard Santacruz : contrebasse
Samuel Silvant : batterie

Enregistré en concert début avril 2024, ce trio a tout pour plaire à ceux qui aiment le jazz aventureux, pétri d’écoute, voire de télépathie, le jazz qui ose emprunter les chemins de traverses on l’on essaie de se perdre pour mieux se retrouver. Bien évidemment, c’est parfaitement musical car les trois musiciens se connaissent suffisamment pour s’immerger sans peur ou autre doute dans un univers qu’ils construisent au fil des notes. Si l’on excepte un morceau de Paul Motian, toutes les compositions sont de la plume des protagonistes car il n’est pas interdit d’écrire de la musique même quand on aime avancer sans regarder les panneaux. Ces trois-là savent assurément où ils vont et ils y vont de concert… Cela donne une musique passionnante, qui s’émancipe de nombre de pré-requis sans pour autant les détester, qui suit un continuum à vitesse variable et dégage une incontestable force poétique que l’ont peut rapprocher de l’esprit des grands innovateurs des années 60, 70. C’est loin d’être un reproche d’autant que le trio possède son propre langage. Ce serait dommage de passer à côté, c’est notre avis.


https://www.robinfincker.com/


  WODRASCKA/SANTACRUZ . Oblic

Fondacja Sluchaj

Christine Wodrascka : piano
Bernard Santacruz : contrebasse

Où l’on retrouve Bernard Santacruz ! En duo cette fois avec la pianiste Christine Wodrascka pour un disque proche d’un univers musical contemporain où l’improvisation est une pierre angulaire indispensable pour un matériau brut, pas brutal, à l’expressivité notablement ouverte sur le moment à venir. Les deux artistes se connaissent depuis longtemps et on peut d’emblée le ressentir. Dans cette discussion à bâtons rompus que l’on sent joyeuse et souriante, la pianiste et le contrebassiste n’y vont pas par quatre chemins, ils en parcourent beaucoup plus, se les échangent, les accouplent, les séparent, en font voir de toutes les couleurs aux gammes, aux timbres, aux structures, aux rythmes… Bref, ils sont outrageusement libres, ce qui de nos jours (où la musique est pondue au kilomètre avec deux notes et trois accords) est plus que rare. Certaines et certains s’offusqueront et affirmeront que «  tout ça, eh ben c’est pas de la musique, c’est juste que du bruit. » Les autres leur répondront qu’on n’est pas obligé d’écouter l’autre Clayderman du XXIe siècle, comment s’appelle-t-il déjà, ou tout autre chanteur.e. qui déblatère sur son intimité avec deux phrases à trois mots. Nous, on vous suggère fortement d’écouter ce disque plein de bonnes vibrations qui vous fera oublier que les temps sont durs.


https://freddymorezon.org/christine-wodrascka/


  ELEONORA STRINO . Lumithia

CamJazz Records

Eleonora Strino : guitare

Sortie le 05 juin 2026

Un solo de guitare, pourquoi pas. Eleonora Strino est une jeune guitariste italienne que nous avions remarquée par le passé lors de la sortie d’un de ses disques. Elle s’essaie là à la solitude à six cordes et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela est très réussi. Elle dit : chaque titre s’inspire d’une histoire différente, la plupart tirées de livres qui m’ont accompagné dans mon parcours artistique et ma vie au fil des ans. La liste de livres et des auteurs est selon nous de très bonne facture. Seul le Danny Boy qui ouvre l’album n’est pas de sa plume. Concernant la musique, la guitariste possède intrinsèquement un sens mélodique exacerbé qui ne lasse jamais. Alors, même si elle ne se prive pas d’enrichir techniquement (juste ce qu’il faut) son discours, sa musique demeure très lisible. Pas de virtuosité superfétatoire, mais de la musicalité avant tout. C’est beaucoup me direz-vous et c’est bien de cela dont nous avons besoin. Eleonora Strino livre un disque chaleureux et d’une profondeur toute personnelle. Vivement recommandé.


https://www.eleonorastrino.com/


  JULTRANE . Miles & John, the century birthday

Jazz Family

Julien Ndiaye : saxophone
Cyril Galamini : trombone
Renaud Gensane : trompette
Frédéric D’Oelsnitz : piano
Gabriel Pierre : contrebasse
Laurent Sarrien : batterie
Christian Altehülshorst : trompette (5)
Monika Kabasele : voix (4)

Si vous pensiez échapper au centenaire de Miles, c’est râpé. Si vous pensiez échapper au centenaire de John, c’est encore râpé. Jultrane, dans ce disque (à notre avis, ce n’est pas le dernier), a la bonne idée de nous faire deux centenaires pour le prix d’un. C’est louable. Et on vous en parle (du disque, pas des centenaires) parce que c’est très agréable à écouter. C’est très orthodoxe, certes, mais c’est réalisé avec entrain et bon goût. Pour tout dire c’est très musical et cela swingue bien comme on aime. Chacun des musiciens apporte sa touche à l’édifice, au service d’un collectif très homogène, pêchu bien comme il faut et très équilibré. D’ailleurs, pour tout vous dire, ce sextet nous a fait penser au Jazztet D’Art Farmer et Benny Golson (comme référence, on a fait pire) : un vrai sens du groove et une énergie contagieuse. Un disque feelgood avec les ingrédients nécessaires à un jazz de qualité.


https://jultrane.com/