Les passionnés d’états modifiés de conscience connaissent la transe hypnotique, la giration soufie, la respiration holotropique, la transe cognitive auto-induite, sans oublier la transe napolitaine (épatante par temps chaud). Il leur faut dorénavant ajouter la transe musicale façon Octotrip augmenté, à savoir : Victor AUFFRAY euphonium et voix, Lucas DESSAINT tuba et, aux trombones : Jules BOITTON, Thibaut DU CHEYRON, Robinson KHOURY, Alexis LAHENS, Charlie MAUSSION et Nicolas VASQUEZ. Avec aussi : Leïla MARTIAL voix, mignonnettes, jazzoflûte, bidouilles et Anissa NEHARI aux percussions.
Ils entrent, tout de blanc vêtus et c’est le moment de s’asseoir au fond de son fauteuil, le dos bien calé, les pieds à plat, les mains sur les cuisses, d’ouvrir graaaaandes ses oreilles et accueillir en mode binaural naturel le flot sonore qui va arriver comme le flot de la marée presque haute submerge la plage. Ils entrent, marche sobre, silencieuse, se rangent en deux files dos à dos, un quartet à vent, un quartet arrière. Et hop, envoyez la musique acoustique. Ça sonne rond, plein, dodu, smooth, ça emplit l’espace, ça envahit le public, ça l’ancre dans son hara, chaque quartet à son tour puis l’octet. Puissance, plénitude : du Jean-Sébastien Bach éolien.
Les rejoignent les deux musiciennes. Et Leïla Martial tout de suite directement sans barguigner se lance dans une de ses voix étranges qui vient s’immiscer derrière les organes de la poitrine et câliner des endroits qu’on ignorait qu’ils existaient ( qu’ils existassent ? À café ? Ce que voudra ? Thélème ? ) ). Des endroits émotionnants, chauds, disponibles et accessibles. La théorie des neurones miroirs vaut-elle toujours ? La connivence « elle-nous » ne serait pas une faribole ? Il y a du patchwork dans l’exécution, des motifs irruptent, s’interruptent, épharphaillent nos oreilles, enchaînent le fort, le doux, l’abrupt et dévoilent des couleurs qui pastel, qui flashy, qui sépia, éclairées par le jeu d’Anissa Nehari qui concurrence les maîtres tambours avec ses mains agiles qui virevoltent et son pied gauche qui appuie sur un quelque chose grisaillou mais quoi ?
C’est beau, très beau, prenant, captivant, une pure invitation à écouter avec tout son corps-oreille.
Il y a ce solo a cappella de Martial, sa voix et deux mignonnetttes, solo qui nous met en suspension, il y a ce solo de Nehari qui nous fait redescendre dans nos pieds pendant qu’elle tricote et détricote, asticote et traficote ( a-t-elle déjà usé d’un tambour chamanique ? ), il y a Auffray qui quitte son euphonium pour sa voix, il y a tous les autres qui jouent l’unité du grand tout musical : attaques impeccables, pianissimi et fortissimi éclaboussants, équilibre sonore, puissance contenue et sans cesse, ces tempi qui invitent à marcher, à piétiner et à se dandiner jusqu’au bout de la nuit. On imagine une clairière au bout du bout là-bas, une pleine lune rousse, sa lumière se faufilant à travers la canopée, des êtres chercheurs de vérité se livrant à un sabbat sacré hors du temps et de l’espace ordinaires, emportés dans leur labyrinthe intérieur vers ce point dont on dit « un point c’est Tout ».
On les rappelle sans hésiter pour clore ce concert exceptiionnel.

PS1 : Saluer Pierre TEREYGEOL et Robinson KHOURY pour leurs compositions remarquablement épastrouillantes s’impose. Et l’ingé-son du soir : Valérian LANGLAIS.
PS2 : il n’est pas trop tard pour regarder sur ARTE.fr, le documentaire intitulé « Se soigner autrement : la voie de la transe ».


Maison de la musique et de la danse
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