C’est dans l’ancienne chapelle du Méjan que l’AJMI nous propose d’assister à la 30e édition du festival Jazz In Arles
C’est dans l’ancienne chapelle du Méjan que l’AJMI nous propose d’assister à la 30e édition du festival Jazz In Arles ; Jean-Paul Ricard nous a préparé un programme éclectique et de haut vol. Mis à part ces huit poteaux de bois qui gâchent un peu la vue, cette salle aux fauteuils confortables et à l’acoustique parfaite va nous accueillir pour quatre chaudes soirées.
mercredi 27 mai 2026, Chapelle du Méjan, Jazz in Arles
première soirée : Duo Brady et Louis Sclavis India 5tet
Michèle Pierre : violoncelle
Paul Colomb : violoncelle

Le Duo Brady est un duo de violoncellistes scintillants qui, comme deux capitaines d’un vaisseau spatial vont nous entraîner vers d’autres planètes pour imaginer la vie d’après. Après le Covid ? ou après nos incertitudes et nos angoisses actuelles ?
Une mélodie, puis un bourdon répété, puis les deux violoncelles ensemble, têtes relevées : yeux fermés, on est plongé d’entrée dans les étendues nordiques ou la froideur du vide intersidéral. De pizzicati à cordes frottées, on marche ensuite au pas dans une dystopie totalitaire. Tout en économie de boucles électroniques, le duo nous installe en terrasse avec vue sur les étoiles pour y contempler la valse des planètes et repenser notre rapport au monde à venir. Ici le jazz a fait un pas de coté, il embarque des sonorités steampunk, des chants, des tonalités, d’église et des cliquetis de machines volantes.
Lauréat du dispositif Jazz Migration 2025, c’est un vent de fraîcheur cosmique qui a soufflé sur la chapelle du Méjan pour introduire le 30e festival de Jazz In Arles.
Louis Sclavis : clarinettes
Olivier Laisney : trompette
Benjamin Moussay : piano
Sarah Murcia : contrebasse
Christophe Lavergne : batterie

J’avais déjà écouté l’India Quintet de Louis Sclavis, dans les carrières de Jazz à Junas en juillet 2025 ; mais c’est à une autre dimension que j’ai accédé ce soir avec cette version de l’India Quintet dans la chapelle du Méjan. Est-ce la salle resserrée ? Est-ce la forme de cocon que présente la chapelle ? La qualité musicale éprouvée du Quintet et de ces membres ?
Rythme léger par le batteur et envol des soufflants, Sclavis a des envolées de danses indiennes et de charmeur de serpent. J’entends au loin les klaxons des tuk-tuks, puis Benjamin Moussay nous apaise avec son piano, avant de nous rejeter dans la frénésie des docks sous La Mousson.
A Night in Kali temple, tel Belphégor au Louvre, je rêve (ou cauchemarde) avec les sons graves de la clarinette basse. Madras Song ce sont les champs qui défilent par la fenêtre du train, accompagnés par la trompette d’Olivier Laisney (qui est probablement un des meilleurs trompettistes actuels) ; on assiste à un combat de géants entre la clarinette basse et le piano qui se termine dans un souffle... au loin. Dans Gange la contrebasse de Sarah Murcia rivalise avec les grelots au pied des danseuses, et avec la musicalité de Benjamin Moussay au piano et de Christophe Lavergne aux balais. Long Train nous présente "sa majesté" Sclavis, Maharadjah indien qui nous inonde d’un long solo de sa clarinette basse. Enfermés dans la chapelle, on fait le voyage serrés dans un compartiment surchauffé de train au milieu des épices et de la poussière des Indes ; Christophe Lavergne conclut le morceau avec un solo dantesque. Le public ne se trompe pas : c’est une ovation qui porte le Quintet jusqu’au rappel avec Montée au K2, où dans une composition chorale du Quintet on finit au sommet, ivres de bonheur.
Les musiciens sont ravis mais épuisés ; nous rentrons à pied plein de musiques dans la tête en respirant le jasmin dans les rues d’Arles
https://www.jmp.fr/fr/artist/292-louis-sclavis
Du coté de chez Yolk par Thierry Giard
https://www.culturejazz.fr/spip.php?article4457
JSLP 2025 par Thierry Giard
https://www.culturejazz.fr/spip.php?article4395
Jazz Campus 2024 par Yves Dorison
https://www.culturejazz.fr/spip.php?article4243
jeudi 28 mai 2026, Chapelle du Méjan, Jazz in Arles
deuxième soirée : Sorvina et Laura Prince
Sorvina : voix
Elias Oliveira Graversen : claviers

Avec Sorvina Jean-Paul Ricard nous fait un drôle de pied de nez. On sait que rap et jazz ont des racines communes et sont des musiques de révolte afro-américaines. C’est donc une jeune rappeuse nord-américaine, originaire de New York, et installée à Berlin, qui prend place en première partie de cette deuxième soirée de Jazz in Arles.
Dès les premiers morceaux les gestes sont précis, la voix est grave, le flow est limpide et clair. Quelques phrases sont chantées. Il se dégage une telle présence intense de cette jeune artiste, une telle maturité et une tell conviction d’être à sa place, que nous sommes happés par son énergie et sa force de persuasion (malgré que je n’accède pas au sens des textes en anglais). Le pianiste Elias Oliveira Graversen s’installe au clavier électronique Sorvina l’accompagne dans un gospel d’église. Avec son sourire naturel elle convainc facilement le public de l’accompagner en scandant avec elle : mama say et is it enough. Les derniers morceaux sont chantés en duo avec le pianiste dont la voix plus aigüe contraste avec le grave de la chanteuse. Ce sont alors des tonalités RnB et parfois des arrangements façon comédie musicale.
Le public amateur de jazz est conquis par le plaisir de chanter de Sorvina, sa présence et sa voix. Une belle découverte !
Laura Prince : voix
Rolando Luna : claviers

Laura Prince remplace au pied levé Gabi Hartmann. On lui a trouvé un accompagnateur en la présence de Rolando Luna, le pianiste cubain de El Comité et du Buena Vista Social Club. Laura Prince nous parle du pays de son père, le Togo, des sourires des enfants et nous amène en voyage dans son monde. Sa voix est chaude et habitée par son métissage. Accompagnateur improvisé, Rolando Luna découvre les partitions, et joue des enluminures et fioritures cubaines comme il sait très bien le faire. C’est parfois en contradiction avec le monde musical plus intériorisé de Laura Prince. Quelquefois le piano se calme, alors une complicité s’installe. Laura Prince s’assied au piano et nous joue Peace of Mind une très belle ballade émouvante en hommage aux personnes disparues.
On ne peut que remercier Laura Prince d’avoir remplacé à la dernière minute Gabi Hartmann. Il est quand même regrettable que le duo n’ait pas disposé de plus de temps pour accorder leurs univers respectifs.
https://lauraprincemusic.com/
https://www.rolandolunapiano.com/