samedi 6 juin 2026, Parc de la Plaine, Le Triadou, Jazz en Pic Saint-Loup

Airelle Besson/Lionel Suarez et Quartet Floating Emile Parisien/Yaron Herman

Airelle Besson : trompette
Lionel Suarez : accordéon


© Stéphane Rigal
© Stéphane Rigal

Faut-il voir plusieurs fois les mêmes artistes qui proposent le même programme ? J’ai toujours évité de revoir les mêmes artistes avec le même répertoire. Je pensais ne pas y retrouver la fraîcheur de la nouveauté, et aussi par crainte de me lasser des morceaux déjà entendus. J’avais tort. Airelle Besson et Lionel Suarez m’ont donné tort. Les grands artistes évoluent, se perfectionnent, gagnent en profondeur, en maturité et en qualité ! Depuis le cinéma le Vauban à Port-Vendres, pour le festival Jazzèbre en septembre 2024, il y a eu un disque Blossom, des tournées de concerts et une Victoire du Jazz pour Airelle Besson. C’est à une toute autre émotion que j’accède ce soir en plein air au soleil couchant sur le Pic Saint Loup, avec les hirondelles qui trissent dans le ciel.
Blossom ouvre le concert, Lionel Suarez semble calme et serein. Airelle Besson ajoute la rondeur et les trilles de sa trompette. C’est l’accord parfait entre sourires et connivences. Time Line, une composition de Lionel Suarez, est un tango où les éclairs et les fulgurances de la trompette contrastent avec l’impassibilité de l’accordéon. Les chants sont communs. C’est la même mélodie. Les broderies de la trompette s’appuient sur les accords rassurants de l’accordéon. En écoutant Memórias Collective je me rappelle que le tango c’est le blues de l’Amérique du Sud. Answer me my love, cette belle ballade de Nat King Cole est accompagnée par le vent dans les bambous du fond de scène qui reproduisent le son des balais d’une batterie et Airelle Besson nous gratifie alors de notes aiguës d’une autre dimension. Avec les tuiles bleues et le jour J à l’heure H, deux compositions de Lionel Suarez, je sens que trompette et accordéon arrivent à l’osmose. Ce sont deux voix d’affection, deux voix d’amitié, de tendresse et de vie, deux voix réunies que nous offrent ces deux merveilleux artistes. Comme une balade mélancolique dans Kyoto sous la brume , la trompette d’Airelle Besson évoque ensuite une errance solitaire dans une ville inconnue et irréelle. Dans La course qui est la BO d’un court métrage burlesque muet de Fatty Roscoe, Airelle Besson montre toute la tendresse qu’elle a pour ces personnages.
Le public est complètement sous le charme et se lève. Pour le rappel, Airelle Besson et Lionel Suarez nous gratifient d’un Neige d’anthologie, où les répétitivités percussives de la trompette rivalisent avec la suavité de l’accordéon. Que demander de mieux ? Que le concert suivant tant attendu soit du même acabit ! (et il le sera.)


https://www.airellebesson.com/
https://lionelsuarez.com/
https://www.jazzajunas.fr/festival-jazz-en-pic-saint-loup/


Émile Parisien : saxophone
Yaron Herman : piano
Florent Nisse : contrebasse
Edouard Prabhu : tablas

© Stéphane Rigal
© Stéphane Rigal

Revoir Emile Parisien, au gré de ses différentes formations, c’est toujours un évènement. Et en plus il y a Yaron Herman que je n’avais pas vu depuis des années ! Ce groupe c’est Floating, c’est-à-dire flottant, la délicieuse sensation de ne plus être soumis à la gravité. Cela suppose, une musique qui va se laisser porter par les multiples personnalités du groupe une musique non définie et que l’on pourra faire sienne si on arrive à l’attraper ! C’est Florent Nisse qui remplace la titulaire à la contrebasse Linda May Han Oh.
Emile Parisien donne la cadence du pied il n’y a pas de percussions, puis une voix s’élève dans la nuit, c’est un blues, un cri du saxophone soprano qui psalmodie comme dans une église. Le saxophoniste, tel le joueur de flûte de Hamelin est là pour nous prendre par la main et nous amener loin des villes, alors que Yaron Herman reprend le rythme des percussions indiennes d’Edouard Prabhu. Ce n’est pas un concert, on assiste au plaisir que ces quatre musiciens ont de jouer ensemble : c’est une bande, une bande de potes, une bande d’amis et nous nous tassons sur nos sièges pour ne pas rompre le moment, la magie de l’instant. Voyeurs de cette échange, pour nous le temps s’est arrêté. Avec Olive Branch le pianiste franco israélien nous rappelle la paix. La mémoire des temps passés ou des temps rêvés. C’est une boîte à musique oubliée sur la commode de grand-mère, ce sont les sourires et les assiettes ébréchées. Les tablas sont comme une pendule qui est égrainent les tic tacs de la pendule, Yaron Herman a des triolets de Keith Jarrett dans Köln Concert. Florent Nisse fait claquer les cordes de sa contrebasse. Ce groupe avec tablas indiens nous fait penser à immédiatement à Jan Garbarek et Zakir Hussain ainsi qu’à Anouar Brahem avec John Surman. C’est donc naturellement que la reprise de Badhra a sa place ici. Yaron Herman reprend la partition de l’oud, Émile parisien est très fidèle à John Surman. Le public a reconnu le morceau. Les chauves-souris font des crochets acrobatiques dans la nuit, à peine dérangées par la contrebasse et "les tacatas" vocaux de Édouard Prabhu. C’est une ballade susurrée que nous offre Yaron Herman avec Ruth, pleine de tonalités baroques à la Domenico Scarlatti. Portal Adisababa est un hommage à Michel Portal qui nous a quitté récemment. Le public tape des mains pendant le rappel Nousrat. La joie illumine les visages des musiciens et du public. C’était magique !


https://emileparisien.fr/
https://yaronherman.com/
https://www.florentnisse.com/florentnisse/Home.html
https://www.prabhuedouard.com/
https://www.jazzajunas.fr/festival-jazz-en-pic-saint-loup/