Des concerts de AMG, Adèle Viret 4tet et Vincent Peirani Living Being 5tet
J’ai un lien particulier avec le festival de Jazz à Oloron Ste Marie : c’est le premier festival de jazz auquel j’ai assisté ! C’était en juillet 1981 et c’était la première édition. Il s’appelait alors Ciguri Jazz Festival. Au programme il y avait Archie Shepp, Portal Lubat Texier Eddie Louiss, Enrico Rava et plein d’autres. Je reviens toujours avec plaisir dans ce festival d’autant plus que la salle Jéliote est bien plus confortable que le gymnase d’alors !
vendredi 26 juin 2026
AMG 4tet
Antoine Fleury : piano
Keïta Janota : saxophone
Anthony Jouravsky : contrebasse
Mailo Rakotonanahary : batterie

C’est sous le nom d’AMG (Autophysiopsychic Music Gate), un acronyme emprunté à une théorie musicale élaborée par le saxophoniste et flûtiste Yusef Lateef, que le groupe s’est formé en 2022. Son ascension a été fulgurante. C’est plein d’attentes que je me suis rendu au concert. En plein épisode de canicule et soir de match de l’équipe de France de football la salle est, hélas, à moitié pleine bien que climatisée.
Le pianiste, Antoine Fleury, présente les musiciens et lance le concert rejoint par le saxophone de Keïta Janota, caché derrière des lunettes de soleil. J’aime beaucoup ce son rond de saxophone, très coltranien. Mailo Rakotonanahary à la batterie, par contraste, s’amuse avec les aigus des cymbales. Un pont, et AMG démarre le deuxième morceau. Le thème est répété en boucles par les différentes combinaisons du quartet. C’est propre, heureusement que Keïta Janota s’autorise quelques sonorités rauques pour casser cette impression de déjà vu. La musique est fluide, mais je recherche des lignes mélodiques affirmées et l’énergie vantée dans la présentation du concert. Quatre musiciens qui, sous leurs allures de grands adolescents, arrivent avec une grande maturité à détourner, à contourner et à réadapter les codes du quartet. Le contrebassiste, Anthony Jouravsky, est le seul à montrer qu’il vit la musique en dansant avec sa contrebasse, lors d’un tempo de flamenco. L’énergie (tant attendue !) débarque enfin au sixième morceau avec une pulsation réconfortante. Il faudra attendre les derniers morceaux pour assister à une émancipation du saxophoniste et à un brillant solo du pianiste. Une dernière présentation des musiciens, un rappel et le concert est fini.
Ces jeunes musiciens ont fait le job, sans interaction avec le public et en restant très statiques sur scène. Ont-ils été assommés par la canicule et par leur long voyage jusqu’en Haut-Béarn ? Étaient ils bloqués par la passivité d’un public clairsemé ? Ou est-ce un défaut de réceptivité de ma part ? Je rentre un peu déçu. Je vais les revoir le 16 juillet prochain à Millau Jazz Festival : je vous dirai.
samedi 27 juin 2026
Adèle Viret 4tet
Adèle Viret : violoncelle
Oscar Viret : trompette
Wajdi Riahi : piano
Pierre Hurty : batterie

17h concert d’après midi : c’est une heure idéale pour un concert de jazz dit « de chambre ». J’ai manqué de nombreuses fois les concerts d’Adèle Viret, c’est donc une première tant attendue !
Forest Song : Le violoncelle d’Adèle Viret et la trompette de son frère Oscar Viret amorcent le concert, bientôt rejoints par la batterie et le piano qui enluminent le thème. Le piano de Wajdi Riahi est lumineux, fin et précis alors que les pizzicati du violoncelle jouent les lignes de basse. Pierre Hurty reste caché derrière ses cymbales. Close to the water est un morceau du premier album. Les balais du batteur reproduisent l’eau des cascades. C’est une musique cinématographique et mélancolique, proche de la Renaissance que nous livre le violoncelle. Les libellules volètent au soleil, les serviettes sont étendues au bord du cours d’eau. Le courant s’accélère car l’orage arrive ainsi que la pluie, illustrés par la batterie. Adèle Viret évoque la Spiralité qui l’a inspirée pour la composition. J’aurais dit aussi spiritualité, en entendant les circonvolutions de la trompette, comme une vocalise, un chant qui se love entre le piano et le violoncelle. Avec Goodbye Harvest, on retrouve des sonorités baroques. Le piano de Wajdi Riahi est en retenue et se donne des airs de clavecin. Puis le tempo s’accélère et devient lancinant comme une transe. Des éclats de trompette accompagnent l’acmé du morceau, stoppé d’un coup d’œil par Adèle Viret. La fraîcheur m’évoque les répétitions en famille des musiciens, où on se parle par instruments interposés près du piano familial. Ce sont les gammes du soir. Le frère est associé dans la boucle des cordes, au milieu des trémolos d’Europe de l’Est. On retrouve la transe et le martèlement des pas dans Made in, avec des tempos de flamencos et de cajon, alors qu’Oscar Viret est inspiré par Fresu. Après une ovation debout, largement méritée, le quartet conclut de manière orientale avec Choral for the sea. Le pianiste excelle dans les arabesques et le batteur frappe à mains nues sur ses caisses claires.
Quatre formidables musiciens (avec deux vrais coups de cœur pour Adèle Viret et Wajdi Riahi) m’ont rempli de joie cet après midi pour ce deuxième concert à Oloron Ste Marie.
samedi 27 juin 2026
Vincent Peirani 5tet avec Emile Parisien
Vincent Peirani : accordéon
Emile Parisien : saxophone
Tony Paelemann : piano / fender rhodes
Julien Herné : basse
Yoann Serra : batterie

Salle comble, scène noire, éclairage crépusculaire. Juste des fantômes sur scène. Vincent Peirani, tel un roi aux pieds nus, trône entouré de ses quatre acolytes, sa garde personnelle.
Le fender Rhodes de Tony Paelemann rompt le silence rejoint par la basse de Julien Herné. Le saxophone d’Emile Parisien s’élève ensuite soft et doux. La musique hypnotique du Cabinet des Curiosités envahit la salle. C’est une ballade à la Cosma mâtinée de rock. L’accordéon reprend le thème qui monte crescendo en spirale. Vincent Peirani aime les mélodies. Dans la pénombre le public est captif, puis s’élèvent les graves de la basse, le synthé, le saxophone et la batterie lourde de Yoann Serra. Physical Attraction est un dub jamaïcain que le corps d’Emile Parisien, habité par l’influx musical, restitue lors d’un beau solo de saxophone. Vincent Peirani aime le reggae. C’est une énergie rock qui habite les 2 morceaux suivants. Dans LL, hommage à Lionel Loueke le guitariste béninois, Vincent Peirani avec son accordéon se réincarne en guitariste électrique, alors que des lumières stroboscopiques zèbrent la scène. Vincent Peirani aime le rock. La longue suite de trois compositions (Clessidra, Inner Pulse et Bremain Suite) nous emmène d’abord vers la version pop eighties de Vincent Peirani. C’est proche de Pink Floyd (version Breathe de Dark Side of the Moon) qui bascule vers un carrousel de fête foraine ( le clown tueur ?), vers un paysage sonore funèbre et sans espoir, puis comme une résurrection vers des rythmes disco et électronique, dans un foisonnement des mélodies et d’interactions des musiciens. Ce ne sont plus des solos : chaque musicien apporte à tour de rôle sa couleur à l’ensemble de la palette sonore. Vincent Peirani aime le disco. Vincent Peirani aime la musique électronique. Malicieusement l’accordéoniste a composé un mashup avec trois standards pop (Under Pressure de David Bowie et Queen, Glory Box de Portishead et I Want You (She’s So Heavy) des Beatles) où brille un sublime solo d’Emile Parisien. Vincent Peirani aime la pop anglaise. Le public qui lui aime les reprises est ravi. Le premier rappel est une interprétation acrobatique et brillante d’un traditionnel du folklore macédonien. Vincent Peirani aime la musique folklorique et revient seul pour un deuxième rappel. Sounds of Silence est tricoté et détricoté par l’accordéon qui laisse des espaces pour que le public chante. Le public aime Vincent Peirani. Vincent Peirani aime le public et la musique globale, toutes les musiques. C’est ça le Jazz !
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