Samedi 04 juillet 2026

16 h 30 - Franck Tortiller & Misja Fitzgerald Michel

Dans la Cour des Miracles © Yves Dorison
Dans la Cour des Miracles © Yves Dorison

Après de longs mois de disette, le pérégrin de retour sur les routes du jazz ? Même moi j’ai eu du mal à y croire, c’est vous dire… Enfin pas-sons… Bourgogne, me voilà ! Jazz à Couches j’arrive. Où sont les moulins Sancho ?! Rossinante n’en peut plus d’attendre… De facto et à cette heure (12 h 51), c’est déjà du passé, mais la temporalité sans pirouette c’est comme une éclipse sans lune ou sans soleil, faites votre choix. Toujours est-il qu’au beau milieu d’une après-midi ensoleillée au prieuré Saint Georges, dans la cour des miracles (je n’y crois pas et j’aurais volontiers grillé un cierge, mais je n’ai pas voulu nuire au bonheur des nonnes), il y avait Franck Tortiller et Misja Fitzgerald Michel prêts à réinventer David Crosby (1941-2023). Music is love, ils me prirent par les sentiments. Mon enfance en vinyle, les disques, pas la matière qui collait aux cuisses. Le 4 way street de Crosby Stills Nash & Young avec The lee shore, le If I only could remember my name avec Cowboy movie ou Songs with no names, et j’en passe, je ne suis pas là pour vous faire la discographie de feu David, c’est déjà Long time gone. Bref, le vibraphoniste et le guitariste, suite à leur disque récemment sorti, nous firent la joie d’exhumer quelques pépites davidcrosbyiennes qu’ils agrémentèrent de compositions originales rendant hommage à la sublime étrangeté musicale de son esprit iconoclaste. Vous me direz que l’exercice d’admiration envers un géant est une tâche rude et souvent casse-gueule. Et vous avez raison. C’est un défi que seuls les meilleurs peuvent relever. Mais les meilleurs, ils étaient dans la place, Franck Tortiller et Misja Fitzgerald Michel ; avec de la musicalité pure, le goût de la note bien jouée, réinventée, l’amour du silence en résonance, le plaisir organique des sonorités effleurées, l’indispensable complicité utile au duo pour dépasser le cadre sans l’oblitérer au service de lignes savamment, sculptées, travaillées au détail près, qui magnifient des mélodies intemporelles, les deux comparses nous firent la totale en toute générosité en ajoutant la Little wing de Jimmy H parce que c’est iconique, un point c’est tout. Au rappel, ils osèrent la Suite : Judy blue eyes de Steve Stills, un des rares très bons morceaux du sieur de mon point de vue. Ne restait plus qu’à attendre la suite.

20 h 30 – Patrice Héral

Sous le grand chapiteau bien plein un local à la maison, avec une batterie, des percussions, une petite louche d’électronique et un micro pour la voix. En totale improvisation, bien travaillée depuis longtemps, il raconta des historiettes à géographie variable avec une bonne dose d’humour et un réel engagement que le public apprécia. Seulement voilà, mes ouïes peinent à accepter les soli de percussions, même agrémentés d’un scat contemporain de qualité. Je ne saurai jamais pourquoi et Patrice Héral ne fut pas fautif, loin s’en faut.

22 h 00 – Youn Sun Nah & Bojan Z

J’avais pour la première fois écouté en concert la chanteuse coréenne, en duo avec Ulf Wakenius, en janvier 2009 et je garde le souvenir d’un moment étonnant de musicalité aussi complice qu’intense. Puis j’ai souvenir d’avoir vu le même duo quelques années plus tard ; il m’avait alors paru beaucoup plus virtuose que musical, dans la performance quoi. Et ce 04 juillet 2026, jour qui vit naître Garibaldi, la retrouver avec Bojan Z, un Monk bodybuildé selon notre excellent collègue Marc Criado [1], m’avait convaincu d’y jeter une oreille. De fait, sur des titres empruntés à Nina Simone et quelques autres, ils délivrèrent un concert généreux en démontrant au passage une symbiose non feinte. Seulement voilà, quelques points d’acmé de Youn Sun Nah durant l’exercice agacèrent mes pavillons et je la trouvai plus convaincante dans la douceur. Je ne dénigre pas ici la qualité éminente et atypique de leur duo, mais plus simplement j’avoue que je restai malgré moi à la fenêtre, incapable de pénétrer dans sa totalité l’univers musical qu’ils proposèrent. Le public, lui, fut plus conquis et enthousiaste que je ne le serai jamais. Ils eurent raison, à n’en point douter, car la majorité l’emporte toujours. Un bref rappel avec un titre de Tom Waits, il y avait match, et Jazz à Couches, festival convivial à taille humaine, boucla sa trente-neuvième édition dans la joie et la bonne humeur. C’est déjà beaucoup, non ?


https://www.jazzacouches.fr/