Un quartet ébouriffant au Crescent Jazz Festival, celui d’Immanuel Wilkins.
Jeudi 16 juilllet 2026
Immanuel Wilkins : saxophone alto
Micah Thomas : piano
Ryoma Takenaga : contrebasse
Kayvon Gordon : batterie

Pas encore trentenaire, Immanuel Wilkins a déjà parcouru un chemin de jazz que beaucoup peuvent lui envier et sur lequel il ne cesse de progresser à une hauteur stratosphérique. Lui qui aime autant Wynton Marsalis que Jason Moran ou Ornette Coleman réussit une symbiose rarissime entre les fondamentaux du jazz et la créativité contemporaine. La preuve me fut fournie sur la scène du Crescent où son quartet renversa l’auditoire par un engagement total doublé d’une confondante aisance. Qu’il allât pêcher dans les limbes des lignes abstraites ou qu’il réinventât un jazz classique aux accents bluesy teinté de gospel, le quartet fit l’unanimité. L’urgence maîtrisée du discours dans les moments les plus enflammés n’eut d’égale que la précision inspirée des séquences les plus douces. Dans cet esprit, le dernier solo du jeune contrebassiste, nourri de silence et de résonance, fut plus qu’un solo, presque une master class. Au piano comme au Fender Rhodes les interventions étincelantes de Micah Thomas tutoyèrent l’abstraction avec grâce tandis que le souffle visionnaire d’Immanuel Wilkins s’épanouissait dans une forme de spiritualité musicale qui me rappela à quelques moments John Coltrane (1926-1967) dans sa dernière période traversée d’une intuitive incandescence ; c’était d’ailleurs en ce 17 juillet le cinquante-neuvième anniversaire de sa mort et également le jour où Billie Holiday acheva son parcours terrestre (1915-1959). Par chance, le public, chauffé à blanc, fut bien vivant et fiévreusement lié à la musique par Immanuel Wilkins et ses collègues qui firent de leur concert une expérience commune entre humains convaincus que la beauté de l’art nous est indispensable puisqu’elle est au cœur de notre essentialité.
Seul bémol de la soirée, le format imposé : deux concerts successifs avec un changement de public entre les deux. Choisi certainement pour pallier aux baisses de subventions subies par le Crescent, et c’est un argument recevable, il me laissa toutefois un goût d’inachevé, d’incomplétude. Qu’a joué le quartet après la pause ? Qu’ai-je manqué ? Était-ce encore plus fort ? Si j’aime les questions qui appellent les questions, je déteste celles que l’on m’impose et qui laisse flotter dans le vague les réponses que je pressens. Allez, on ne pas en faire un flan.