Chroniques des albums de Linda May Han Ho & Melissa Aldana, Jacques Schwarz Bart et Steve Swallow.
Linda May Han Oh, Contrebasse
Melissa Aldana, Saxophone Ténor

La musique n’a pour nous aucun genre au sens féminin-masculin du terme même s’il faut reconnaitre que le féminin n’a été associé pendant des siècles qu’aux intrumentistes-chanteuses à quelques rares exceptions près, y compris dans le jazz et dans la musique improvisée. Aujourd’hui nous n’en sommes plus tout à fait là, compositrices, instrumentistes, interprètes elles sont là et bien là et à l’écoute de ce disque bien malin qui aurait pu dire si nous avions à faire à des femmes ou des hommes. Par contre ce que nous pouvons dire c’est que ces deux artistes féminines ont été puiser aux mêmes sources que nombres de leurs collègues, les influences sont évidentes et leur terrain de jeu des compositions bien connus de célèbres jazzmans Charlie Parker, Herbie Hancock, Charlie Mingus, Sam Rivers, Monk, Wayne Shorter, d’autres encore et sans oublier quelques compositions spontanées. Un indéniable savoir faire pour ce duo mais là n’est peut être pas l’essentiel car nous avons senti à travers ces façons une volonté, comme une urgence à se faire et à nous faire plaisir, de nous bousculer, encore une fois, une fois de plus, et ça ne sera pas la dernière. Un rare sens communicatif où s’entremêle saxophone et contrebasse, féminin, masculin, neutre peu importe, un disque fort et plus que recommandable pour qui aime la musique tout simplement.
https://lindamayhanoh.com/
https://www.melissaaldana.net/
Jacques Schwarz-Bart, Saxophone Ténor, Compositions
Reggie Washington, Basse & Contrebasse
Arnaud Dolmen, Batterie

Ici la musique se fait acte de résistance comme Jacques le revendique : plutôt que de rendre les armes face à la résurgence de l’autoritarisme il préfère la force de la sérénité, faire de la musique une vertu, entre confiance et révolte contre la bête immonde que l’on croyait condamnée à jamais et quoi de mieux que l’épure du trio, saxophone, contrebasse, batterie. Il ne s’agit pas d’un exercice stylistique, aucune reprise ici mais plutôt d’une ouverture, d’un acte de liberté structurelle qui ouvre un espace radical pour l’improvisation comme nous l’ont montré quelques grands précurseurs entre autres Sonny Rollins, John Coltrane dont on sent ici les filiations. La complicité dont font preuve Reggie Washington et Arnaud Dolmen en est l’exemple le plus flagrant de ce geste éminemment politique, oui ensemble nous ne nous résignerons pas au retour de l’infamie et de la honte, nous lutterons chacun avec nos moyens mais nous lutterons pied à pied, lettre contre lettre, note contre note. Ce disque foisonnant ravira les amateurs de grooves intenses, de swing, empli de verve, il est la traduction en musique de cet acte de résistance.
Mike Rodrigue, Trompette
Chris CheekTenor, Saxophone
Steve Cardenas, Guitare
Gil Goldstein, Piano
Steve Swallow, Basse
Adam Nussbaum, Batterie

Si l’on sait quelque chose de Steve Swallow c’est sa propension à trouver des mélodies là où peu de personnes y mettraient encore leurs plumes. C’est peu de dire que ses compositions toutes originales, ici intitulées simplement Un à Neuf pour les 9 plages du disque nous donnent le sentiment de la quiétude, pas de gestes superflus mais du lyrisme. Est-ce la vertu de la maturité, du bonheur simple de la beauté, d’y trouver encore et toujours matière à s’émouvoir ? Peut être. Ce qui sonne comme une évidence pour nous est que la musique donne ici de Steve l’image de la sérénité. Il n’a plus rien à prouver, Steve, son parcours parle de lui même d’Art Farmer, Jimmy Guiffre, à Carla Bley l’amour complice rendez-vous dans l’au-delà, on en oublie tellement la liste est longue. Il faut souligner la remarquable cohésion du sextuor ici présent, la profondeur du son, la souplesse du tempo, la délicatesse et l’humour dont chaque membre de l’ensemble fait preuve et où le blues n’est jamais très loin. Toute en interaction, la section rythmique est éblouissante de complicité, on s’amuse, on se cherche, on se trouve. Et si nous devions ressortir une piste ce serait la sept où le trio piano, guitare, basse fait des merveilles sur cette splendide ballade. Laissons les derniers mots à Steve Swallow : cette musique n’est pas jouée comme un moyen vers une fin, mais est devenue une fin en soi. Un album remarquable.
NB : Lire aussi la chronique de ce disque par Yves Dorison sur CultureJazz.fr - juillet 2026.