Trois beaux disques pour la rentrée des classes...
Jojo Records
Asaf Yuria : saxophone ténor
George Cables : piano
Omer Avital : contrebasse
Billy Hart : batterie
Joe Magnarelli : trompette (2.5)

Cela faisait un petit bout de temps que nous n’avions pas écouté de Hard Bop. D’abord parce peu nombreux sont ceux qui s’y risquent, ensuite parce qu’il n’y pas que le hard bop dans la vie. Néanmoins, ce disque mérite le détour car il est parfaitement musical et qu’en outre deux des musiciens présents sur le Cd ont vécu le mouvement « live » : George Cables (1944-) et Billy Hart (1940-). Joe Magnarelli et Omer Avital sont plus jeunes, mais ils ont accompagné nombres d’illustres représentants du genre. Quant à Asaf Yuria, il est encore plus jeune mais est clairement un amoureux du style qui en sont temps mit le feu aux poudres. Histoire d’enfoncer le clou, le disque a été enregistré chez Van Gelder, lieu mythique par excellence. Quant à la musique, elle est parfaitement équilibrée, nuancée. Chacun donne le meilleur de lui-même et comme ils sont tous très bons ou plus, l’ensemble passe comme une lettre à la poste. Mention spéciale au beau grain du saxophoniste leader. Un album très recommandable.
https://www.instagram.com/asafyuria/
Artwork
Sullivan Fortner : piano, synthétiseurs,Hammond B3 voix
Kayvon Gordon : batterie, percussions
Tyron Allen II : contrebasse, Moog sub 37
Jack DeBoe : percussions, voix

Sullivan Fortner est doué, personne ne le conteste puisque il est multi-récompensé, et possède un univers personnel en perpétuel mouvement. C’est ce que l’on perçoit d’emblée dans ce nouvel album où lui et ses collègues mêlent jusqu’à la satiété les mélanges des sonorités et les brisures dans le discours. Que les titres soient écrits ou improvisés en studio, ne change rien à l’affaire. Les influences multiples participent au terrain de jeu du pianiste qui construit et déconstruit les idées comme bon lui semble, tire sur un fil, en embrouille un autre, passe de l’acoustique à l’électronique, monte en puissance avant de bifurquer (encore) et déjoue les pronostics que l’auditeur pourrait bien vouloir faire. Là vous pensez peut-être que l’on est resté dubitatif face à cette sorte d’ovni musical. Que nenni, Sullivan Fortner arrive à ses fins et le disque à force de variations paraît homogène. L’on en conclut que le pianiste louisianais possède un côté sorcier, ce qui dans le bayou semble tout à fait normal, non ? A écouter.
https://www.sullivanfortnermusic.com/
Soundfede Records
Federico Casagrande : guitare
Etienne Renard : contrebasse
Stéphane Adsuar : batterie
Vincent Peirani : accordéon (4)

Annoncé comme un disque orienté vers la country et le western, Gentle riders l’est effectivement mais il puise ses lignes directrices dans un imaginaire plus vaste et beaucoup plus sensible qui dépasse le cadre à priori imposé. Nous avons plus ressenti dans la musique du guitariste le goût du voyage, l’attrait des grands espaces, la pérégrination rêveuse, le rapport intrinsèque de l’humain avec la nature, que l’américanité lourdingue du cowboy à la John Wayne. Federico Casagrande emmène l’auditeur sur la route, ne lui demande pas de se déguiser en mâle armé, mais plutôt d’écouter le silence et les respirations entre les notes (en Mallarmé, quoi…). Peut-être est-ce après tout une recherche du temps à perdre (que fait-on d’autre sur terre bien malgré nous ?), à condition qu’il nourrisse un questionnement, l’étire comme on joue au fond du manche et lui donne le pouvoir d’ouvrir les sens, une sorte de rituel amérindien de gratitude à la terre mère qui piquerait ses codes musicaux à l’occupant, histoire de lui signifier sa défaite devant l’ineffable pouvoir des éléments. Bref, c’est de la musique habitée, purement humaine, dont la substance nutritive est généreuse. Plongez en toute tranquillité dans la musique de Federico Casagrande, c’est recommandé.