Samedi 15 août 2026

Rose Dehors : trombone
Jules Regard : trombone
Paco Andreo : trombone
Bruno Ducret : violoncelle

Bruno Ducret quartet © Yves Dorison
Bruno Ducret quartet © Yves Dorison

Pour débuter la 49e édition de Jazz Campus, ce fut l’église Saint Marcel de Cluny qui accueillit les hostilités, le jour de l’assomption, Jésus Marie Joseph ! Sérieusement ? Bon, c’est aussi le jour où en 778 le gars Roland de Brême (dit Le preux) et ses potes se prirent une branlée à Roncevaux. Si le fait est avéré, le lieu lui demeure improbable. Improbable aussi le quartet de Bruno Ducret dans un lieu avéré. Trois trombones, dont un à coulisse, et un violoncelle, c’était inattendu. Dans une église ? On frôla l’excentricité. Le but du quartet ? Un hommage aux invisibles qui peuplent notre société, aux incompréhensions qui nous rongent, pour faire cours, un plaidoyer humaniste. Dans les faits, devant un public nombreux, le quartet proposa une musique bien écrite avec des improvisations calibrées, le tout interprété avec une technique ébouriffante. J’ai l’habitude de fréquenter les marges mais cela me parut, malgré ma bonne volonté, un tantinet abscons. Entre souffles retenus, exhalaisons subtiles et foisonnement, douceur et éclats rugueux, les quatre acolytes déroulèrent un propos maîtrisé où je perçus plus l’habileté que la sensibilité, ce qui me chagrina légèrement aux entournures. L’auditoire, lui, fut convaincu et le rappel fut un hymne à l’amour. Quoi de mieux ? Ce fut donc, possiblement, l’inaptitude passagère de mes ouïes qui m’accabla et m’empêcha de goûter pleinement la musique, à moins que les ondes mauvaises à boire du christianisme triomphant suintant par tous les pores de l’édifice fussent en cause.


Dimanche 16 août 2026

Elodie Pasquier : clarinettes
Didier Ithursarry : accordéon

Elodie Pasquier & Didier Ithursarry © Yves Dorison
Elodie Pasquier & Didier Ithursarry © Yves Dorison

Il y a bien longtemps que je n’avais pas fait une pause dominicale dans un lieu de prière. Le festival veut-il me convertir en loucedé ? Un comble tout de même, un 16 août, jour où naquit Tina Modotti (1896-1942), photographe et militante révolutionnaire. Bref, je retrouvai donc sur scène Elodie Pasquier et Didier Ithursarry pour un partage musical intense, entre composition et improvisation, qui n’ignora pas le pouvoir de la mélodie, mais avec une approche résolument contemporaine qui me séduisit sans difficulté. De la première à la dernière note, ce fut une affaire de souffles réunis pour le meilleur qui me fit voyager en souplesse et dans la profondeur entre les lignes (c’est depuis toujours ce que je demande à la musique et peu m’importe les exploits techniques ou virtuoses). La clarinettiste et l’accordéoniste habitèrent le détail, surent en toute humanité lui donner chair et l’épaissir du supplément d’âme nécessaire à toute transmission ; les humains présents dans l’église ne s’y trompèrent pas et accueillirent le moment musical (sans concept tarabiscoté ou fumeux) avec un contentement non feint. Saint Marcel, lui, demeura coi. Seul ce bougre de Saint Sueur nous en fit baver plus que nécessaire, mais bon, cela ne laissa a priori aucune trace datable au carbone 14.


Jazz Campus en Clunisois - Lundi 17 août 2026

Nit and Dogs

Rose Dehors : électronique, trombone, sacqueboute, chant, flûte à bec
Lou Ferrand : drum machine, chant
Raphaël Gautier : guitare, pandeiro
Paolo Rezze : violoncelle, basse, guitare, pandeiro

Nit and Dogs © Yves Dorison
Nit and Dogs © Yves Dorison

Ce 17 août 2026, jour anniversaire pour Herta Muller (1953-), autrice aux positions tranchées et quelquefois dérangeantes, l’on m’annonçait une forme de jazz 2.0. Je constatai dare-dare la véracité du fait quand quatre galopins frémissants prirent en otage au Théâtre des Arts un public moins nombreux qu’à l’habitude. Les jeunes ne font-ils plus recette ou est-ce que l’auditoire vieillissant du jazz est perdu face aux aspirations juvéniles de ce siècle déconcertant ? Toujours est-il que ce quartet servit à l’envi une recette musicale bien relevée. Une once de douceur, une cuillère de punkitude, un zeste de bruitisme, un brin d’originalité : mélanger le tout sans oublier les épices — une pincée d’Emily Dickinson, quelques écorces de revue pour la jeunesse à base de sorcière, des garnitures électroniques improbables, une grosse envie de jouer — et vous obtenez un conglomérat auditivement comestible que certains auditeurs ne supportèrent pas mais que la majorité, animée par une curiosité bienvenue, goûta sans rechigner. Comme quoi la petite Rose et ses complices ne réussirent pas à les mettre Tous Dehors… Qu’on l’aime ou non, la saveur n’a pas de frontière. Elle est le fruit d’expériences et de désirs contraires, de possibles instantanés, qui s’assemblent au hasard d’un instant collégial et dévoile par sa créativité native l’essence d’un procédé, qui perdurera ou non, mais qui donnera aux sujets présents un souvenir indélébile ; vous savez, ce truc que des vieux ressassent et qui fatiguent la jeunesse. Vu l’âge de mes artères, je sais que la jeunesse souriante qui bouscula allègrement les codes sera vieille un jour et qu’elle racontera ses souvenirs à des jeunes qui s’en foutront royalement. La roue tourne et quel que soit le parcours, l’essentiel est de rester curieux. Ce tout ce que je souhaite au pou et aux chiens qui cachent un loup. Au fait, pour la cuisson, le thermostat, c’est comme bon vous semble et écoutez Sonic Youth ou la version électrique de A love supreme par Vinny Golia, Henry Kaiser et trois autres allumés notoires en attendant que ça cuise.


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