Au programme Louise Knobil Trio, AMG Quartet et James Brandon Lewis Quartet
Millau Jazz Festival, jeudi 16 juillet 2026 19 h 00
Jardins du château de Sambucy
Louise Knobil Trio
Louise Knobil : contrebasse
Chloé Marsigny : clarinette basse
Vincent Andrae : batterie

Quelle belle découverte que le Louise Knobil Trio en concert ! J’avais déjà entendu Louise Knobil pour la fête de la musique diffusée sur France Musique et j’avais adoré ! J’avais adoré cette pertinence de propos chantés et drôles, accolés à cette interprétation très jazz. Pour ce premier concert du Millau Jazz Festival, c’est sous les cèdres des jardins du château de Sambucy, que nous sommes installés éblouis par le déclin du soleil et par les paillettes qui habillent les membres du trio. Le concert débute avec L’histoire de ma vie : je me sens de suite en pleine "pataphysique". Je bascule dans les années 50 avec Boris Vian alors que Chloé Marsigny déroule un solo puissant de sa clarinette basse et que Louise Knobil frotte sa contrebasse de son archet. Les scats sont au menu du deuxième morceau, Pesto, une délirante recette de cuisine. "Je suis à moi" : La contrebasse claque, on a donc basculé chez Charlie Mingus qui accompagne Magali Noël, alors que Vincent Andrae frappe à mains nues sur ses caisses claires. Textes inclusifs et lesbiens, musique punk, c’est décoiffant et parfois sombre, nostalgique, engagé ou teinté de blues environnemental : "notre maison brûle". Je pense ici à la nostalgie et à la tendresse de Mouloudji avec Les comètes, ces rencontres surprenantes et improbables qui nous échappent. Les vivants et les vivantes est un bel hommage sur trois temps à leur professeur d’harmonie Vince Vonlanthen à l’HEMU de Lausanne. 2022 et Lampadaires clôturent le concert alors que Louise Knobil crie "Toutes les ruptures font mal" ! Pour le rappel, le trio nous régale avec un standard d’Ella Fitzgerald, Cheek to cheek. Musiciennes de haut vol, ce trio énergique, demandé dans tous les festivals, est un grand bol d’air frais dans le paysage du jazz européen !
Millau Jazz Festival, jeudi 16 juillet 2026 21 h 15
Jardins du château de Sambucy,
AMG 4tet
Antoine Fleury : piano
Keïta Janota : saxophone
Anthony Jouravsky : contrebasse
Mailo Rakotonanahary : batterie

Grande scène du festival, pour fond de scène, le lointain : le château de Sambucy du XVIIe siècle. J’ai assisté récemment, fin juin 2026, à un concert de ce jeune groupe parisien lors de Jazz à Oloron. J’étais resté un peu sur ma faim, en regard avec sa popularité grandissante et les critiques élogieuses. Je suis donc tout ouïe pour cette deuxième écoute, en plein air, en vedette américaine.
The Highway : d’abord les aigus du saxophone de Keïta Janota, des notes de Coltrane, (inspiration Naïma ?). Les volutes du piano énergique d’Antoine Fleury dérivent vers une conversation piano-saxophone où les deux instruments reprennent à tour de rôle le thème principal appuyés solidement par le duo rythmique de la batterie et de la contrebasse d’Anthony Jouravsky. Un cri de martinet noir dans le ciel puis un solo de batterie de Mailo Rakotonanahary. C’est une belle nouvelle composition d’Antoine Fleury et une belle preuve de l’unité du groupe.
Sur le deuxième morceau, épaule droite penchée de côté, Antoine Fleury a des intonations swing et un très délicat toucher de piano. Le saxophone de Keïta Janota s’autorise des grondements rauques très séduisants, alors que le brouillard de scène se disperse dans le vent qui s’est levé.
Comme à Jazz à Oloron, les morceaux suivants ne seront pas annoncés, ni commentés. Le groupe souhaite présenter sa musique et son interprétation sans influencer le public. Je trouve cependant les musiciens plus détendus et plus à l’écoute qu’à Oloron Ste Marie. Le pianiste Antoine Fleury a sa famille toulousaine dans la salle et il brille particulièrement ce soir. Il est applaudi fréquemment. Ses compositions tournent à merveille. Ces jeunes musiciens ont une grande maturité artistique, un grand sens de l’à-propos et aucun bavardage musical superflu n’est permis. Imprégnés de spiritual jazz, ils développent à l’image d’un de leurs maîtres, Yussef Lateef, une approche spirituelle et un mélange de boucles et d’improvisations très réussi. Les derniers morceaux sont plus énergiques et cela me correspond tout à fait. Cette deuxième écoute fut donc plus que probante et je pense les revoir bientôt sur de grandes scènes, qui accueilleront ces talents maintenant confirmés.
Sans s’éterniser outre mesure, ils saluent avec plaisir le public debout et nous laissent avec la tête d’affiche le quartet de James Brandon Lewis.
www.instagram.com/amg.4tet/?hl=fr
Millau Jazz Festival, jeudi 16 juillet 2026 22h45
Jardins du château de Sambucy
James Brandon Lewis 4tet
James Brandon Lewis : saxophone
Aruan Ortiz : piano
Brad Jones : contrebasse
Chad Taylor : batterie

Dans le dernier 74ème classement Downbeat d’Août 2026, le quartet de James Brandon Lewis se classe dans les premières places. C’est donc un géant du saxophone new yorkais qui va enchanter notre nuit.
Le piano d’Aruan Ortiz commence le concert, rejoint par la rythmique contrebasse batterie de Brad Jones et de Chad Taylor. Le ténor de James Brandon Lewis s’élève et impose de suite le silence et l’écoute attentive au sein du public, malgré l’heure tardive. Les jeux de lumières sur scène sont simples, renforçant l’intimité du concert et le fait d’être cernés par l’obscurité. Un blues, le trio fonctionne sans le maître Lewis, mais dès qu’il prend sa place la magie opère. C’est rond et feutré et tout semble si évident et si facile ! Ce qui me frappe d’entrée c’est l’espace que JB Lewis laisse aux autres musiciens. La place est libre pour que tous s’expriment, cependant dès qu’il intervient il magnifie le trio. JB Lewis nous offre un mashup avec des phrases musicales glanées ici et là : Charlie Parker avec Now’s time, La Belle Vie de Sacha Distel et Le Magicien d’Oz. C’est une incroyable prouesse rythmique de tordre ces thèmes et d’en faire une continuité musicale ! Le son lourd du ténor s’oppose à la batterie économe. La contrebasse précise reprend le riff avec le piano. Aruan Ortiz nous emmène dans Cuba son île natale avec son toucher léger qui invite à la danse. JB Lewis en géant domine la scène, il impose l’écoute. Quelques coups de tonnerre au lointain, sur les causses. Les éclairs zèbrent le ciel. Stroboscope sur les nuages. La contrebasse de Brad Jones a des sonorités électriques. L’ambiance est irréelle. Le temps s’est arrêté. Sur scène, on convoque les Black Indians de la Nouvelle Orléans. JB Lewis nous accompagne tard dans la nuit avec la force et la puissance de son saxophone ténor.
Une ovation débout conclut le concert et remercie ces quatre incroyables musiciens. Nous rentrons vers le plateau du Larzac, sonnés par cette première soirée et ce final somptueux.