Millau Jazz Festival, vendredi 17 juillet 2026 19h00
jardins du château de Sambucy

Duo Brady

Michèle Pierre : violoncelle
Paul Colomb : violoncelle

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

C’est ma deuxième séance pour le Duo Brady. Je les ai aimés le 27 mai dernier en première partie de Louis Sclavis à Jazz in Arles. J’avais d’ailleurs commis une chronique.
voir article [1]
Le public s’éparpille sur l’herbe à l’ombre des cèdres bicentenaires. Les cigales sont très insistantes. La nature rajoute une sacralité au jeu des deux violoncellistes. La finesse des timbres des violoncelles se déploie. La musique prend une dimension plus joyeuse, plus solaire et moins sombre que dans la chapelle du Méjan en Arles. Dans la "chapelle des cèdres de l’Atlas", les mondes de demain, thématique du projet du Duo Brady, semblent moins pessimistes. Bourdon d’église, rythmes orientaux magnifiés et boucles numériques se succèdent. Je prends encore plus de plaisir à ce programme. C’est plus festif, plus joyeux. C’est un tremplin sur l’espoir que nous façonnent ces deux acrobates avec leurs violoncelles face à une cigale rageuse. Il me tarde de les retrouver le 23 juillet sur la place de l’avenir (quelle coïncidence !) à Jazz à Junas.


www.duobrady.com/

Millau Jazz Festival, vendredi 17 juillet 2026 21h00
jardins du château de Sambucy

Lea Maria Fries

Lea Maria Fries : chant
Gauthier Toux : piano
Julien Herné : basse
Yoann Serra : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Voix a cappella et ondes électroniques. En guise d’introduction quoi de mieux que de se présenter : Cleo, première chanson et nom de scène de Lea Maria Fries. C’est en suisse allemand avec des intonations orientales. Cleo (ou Clio) est une muse grecque qui signifie "célébrer" ou "chanter". D’entrée LM Fries pose le décor, elle est là pour une cérémonie et elle va officier en tant que prêtresse avec sa longue robe plissée et argentée. Gauthier Toux joue trois notes au piano. Un cri de martinet noir dans le ciel. C’est de l’énergie pure qui sort ensuite des hauts parleurs sur une rythmique électro servi par le duo basse batterie de Julien Herné et Yoann Serra. L’ambiance de Witch’s broom (balai de sorcières) m’évoque New York City avec des références très Velvet Underground, Lou Reed ou Iggy Pop. Le morceau suivant reste dans les mêmes inspirations, très pop, avec une basse très présente, une voix grave et beaucoup de réverbération qui, ici, me rappelle Mélanie di Biasio. Puis Lea Maria Fries se réincarne en princesse punk, en Nina Hagen. Gautier Toux impulse heureusement des sonorités jazz au piano alors que la basse et la batterie sont dans le registre rock. La reprise d’India Song est une respiration que LM Fries et le public savourent. Julien Herné (bassiste de Panam Panic) se régale à y glisser un pont très funk. Artiste pop, jazz ou punk ? Qu’importe ! Lea Maria Fries nous envoute de sa voix chaude et de ses compositions pleines d’énergie brute. Avec Fungi l’artiste nous rappelle que nous sommes inter-connectés, reliés comme le mycélium des champignons relie les arbres. Dust and gravity, une magnifique ballade pop, conclue le concert au son des cigales. Lea Maria Fries nous offre un court rappel avec un morceau guitare et voix. Nous applaudissons debout la chanteuse, la compositrice et l’artiste qui a su, ce soir, nous jeter un sort.


www.leamariafries.com/

Millau Jazz Festival, vendredi 17 juillet 2026 22h45
jardins du château de Sambucy

Vincent Peirani Living Being 5tet

Vincent Peirani : accordéon
Emile Parisien : saxophone
Tony Paelemann : piano / fender rhodes
Julien Herné : basse
Yoann Serra : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Je retrouve Vincent Peirani et son Living Being 5tet pour la deuxième fois en moins d’un mois. J’ai d’ailleurs déposé une chronique sur le site culturejazz.fr, intitulée : Retour à Jazz à Oloron. voir article [2]
Julien Herné et Yoann Serra n’ont quitté la scène que brièvement puisqu’ils faisaient partie du line up précédent avec Lea Maria Fries. Je constate que ces scènes en plein air où les artistes voient leur public, dynamisent les musiciens et leur donnent plus envie de partager que dans des salles obscures. Cela s’avère encore ce soir. Tony Paeleman que j’ai trouvé peu inspiré (ou mal sonorisé ?) à Oloron se révèle brillant. Yoann Serra frappe moins fort sur sa batterie (ou est-ce moi qui la supporte mieux ?). L’impression d’ensemble, c’est que c’est plus dansant. Emile Parisien est plus libéré dans ses soli. On assiste aussi à des regards et des rires de potaches, de gamins farceurs entre les deux amis Vincent Peirani et Emile Parisien. Comme le public je me suis laissé prendre par la setlist identique à celle jouée à Jazz à Oloron. J’ai guetté les changements de rythmes. Je me suis délecté des reprises et des commentaires attendus, préparés par Vincent Peirani. J’ai observé les réactions du public. Ce fut très agréable de se laisser guider en terrain connu, comme les vieux vinyls que l’on remet sur la platine !
Le rappel fut la seule entorse à la liste, puisque Lea Maria Fries rejoint Vincent Peirani pour un magnifique duo : une somptueuse reprise de Joga de Björk, où les voix métallique et d’ange de Lea Maria Fries s’enroulent autour des nappes de l’accordéon. "Is where i want to be" sont les dernières paroles. Encore une belle soirée à Millau ! Décidemment ce festival tient toutes ses promesses !


https://vincent-peirani.com/

Millau Jazz Festival, samedi 18 juillet 2026 19h00
jardins du château de Sambucy

Prima Kanta

Laurent Rochelle : clarinette, saxophone
Rébecca Féron : harpe électro-acoustique, voix
Arnaud Bonnet : violon, voix
Frédéric Schadoroff : piano, synthé

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Cela fait dix ans que je suis les projets de Laurent Rochelle. Depuis son groupe Okidoki (de pop jazz minimaliste si on peut le qualifier ainsi). J’ai vu Okidoki plusieurs fois dans les clubs de Toulouse, ainsi que sa nouvelle formation Prima Kanta, en regrettant souvent la confidentialité de leur musique . J’ai aussi beaucoup écouté les deux albums de Prima Kanta. C’est donc en terrain connu que je m’installe sous les cèdres pour un concert Jazz de chambre et cigales.
Les consoleuses : Le tempo est léger avec le contraste entre les graves de la clarinette basse et les aigus du violon d’Arnaud Bonnet. Le piano de Frédéric Schadoroff se prend pour un clavecin. Cette musique cinématographique me renvoie des images des films de Claude Sautet, les Choses de la vie. Sombre lumière, les cordes frottées du violon nous plongent dans un univers de disque rayé. La voix de la harpiste, Rébecca Féron, nous guide dans une forêt de manga à la Hayao Miyazaki. Les morceaux suivants sont tournoyants. Boucles de la clarinette basse. Boîte à musique. Arnaud Bonnet fait des pizzicati. Les voix du violoniste et de la harpiste se mêlent. Le violon crisse et stridule. Quelques sifflements électro s’échappent du piano. Le violoniste se prend pour une Castafiore face à la féroce cigale du tilleul. Au-delà des brumes a des références celtiques. Le son de la clarinette est vaporeux, comme une marche d’approche entre chien et loup, vers le pub au loin, où nous attend le goût tourbé d’un whisky. Flux et l’Envol sont deux pièces aériennes, où la harpe peut se déployer à merveille. L’Envol sur trois temps, tourne et virevolte. Ce sont les violons d’Europe de l’Est mêlés aux derviches tourneurs de Turquie, bien que l’inspiration de Laurent Rochelle soit Tchao Tseu (et son papillon ?). D’influences klezmer au free jazz, de la musique de chambre aux boucles électroniques, de Philip Glass à l’Irlande, Laurent Rochelle et son groupe nous enchantent et nous font vivre la musique de nos vies rêvées. Sous une chaleur étouffante pour les musiciens et leurs instruments, face aux cigales, c’est un hourra spontané qui se lève du public. J’espère vivement que ce projet dépassera le succès d’estime et trouvera un public nombreux qu’il mérite.


www.laurent-rochelle.com/primakanta

Millau Jazz Festival, samedi 18 juillet 2026 21h00
jardins du château de Sambucy

Arnaud Dolmen & Leonardo Montana

Arnaud Dolmen : batterie
Leonardo Montana : piano

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Quand j’ai acheté le pass du festival en avril dernier, c’était Poets of the Forest qui était programmé. Le projet d’Arnaud Dolmen, Jowee Omicil et Michel Alibo. J’ai une affection particulière pour les saxophonistes et pour Jowee Omicil en particulier. J’avais vu le duo Dolmen Montana à la Salle Nougaro à Toulouse, il y a plus de deux ans. Sans déplaisir.
Arnaud Dolmen est un batteur sympathique et enjoué. Virtuose multi-récompensé, il maîtrise la tambour Ka depuis sa prime enfance. Leonardo Montana a aujourd’hui transformé son piano en instrument percussif. Les yeux dans les yeux, les deux artistes se guettent, se surprennent, sur des changements de rythmes pendant de longs morceaux. Je cherche à m’accrocher à des bribes mélodiques. Il y a quelques instants de grâce : un hommage aux Invisibles (les personnes invisibilisées de notre regard) et une reprise brésilienne. Cependant c’est trop tard, j’ai décroché. Trop de musiques ces derniers jours ? Overdose sensorielle ? Peut-être..
Je reverrai Arnaud Dolmen dans d’autres projets.


https://arnauddolmen.com/

Millau Jazz Festival, samedi 18 juillet 2026 22h45
jardins du château de Sambucy

Arat Kilo feat Manani Keita et Mike Ladd

Mamani Keita : voix
Mike Ladd : voix
Michael Havard : saxophone, flûte
Fabien Girard : guitare
Samuel Hirsch : basse
Gérald Bonnegrace : percussion
Florent Berteau : batterie
Aristide Gonçalves : trompette et clavier

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Les dix ou quinze premiers rangs de sièges ont été enlevés pour laisser place à la danse. Le niveau sonore atteint des limites insupportables pour mes oreilles. C’est la tendance dans les festivals de jazz de faire du dernier show une "soirée jeunes", où les décibels font fuir les plus de 50 ans (et plus comme moi). Pour remercier les bénévoles ? Pour finir sur une ambiance festive ? Pour accrocher un autre public ? Le public des festivals a, à mon avis, bien besoin de sang neuf. Ce sont les "têtes blanches" qui occupent encore la majorité des sièges. En club, au Taquin à Toulouse par exemple, ce sont les étudiants qui font le gros du public. Tarifs préférentiels, publicité, promotion des musiques jazz et improvisées. Tout est sur la table pour rendre cette musique accessible à tous. Les règles permises en terme de niveau sonore (décret 2017-1244 du 7 aout 2017) sont bien au-delà de ce qui est tolérable pour l’oreille humaine sans destruction de l’ouïe. Est-ce qu’il faut flirter obligatoirement avec ces niveaux sonores pour séduire les jeunes ?
J’ai enlevé mes bouchons d’oreilles et nous avons quitté les jardins de Sambucy. Ce fut un très beau festival, très bien organisé et très agréable. Je vous le conseille. Quant à nous, nous nous promettons de revenir au Millau Jazz Festival.


http://aratkilo.fr/