Michel Doneda et son Nizar Trio au Mas Razal
Millau Jazz Festival Off, dimanche 19 juillet 2026 21h00
Mas Razal
Nizar Trio
Michel Doneda : saxophones
Stefano Fogher : contrebasse
Uburli Baba : batterie

Le Mas Razal est un endroit perdu sur le causse du Larzac, ignoré par les GPS. Stefano Fogher a transformé ce lieu en un espace de vie, de création artistique et de résidences théâtrales. Dans le jardin, nous sommes une vingtaine, dont beaucoup de voisins ou bénévoles dans diverses associations, à écouter la présentation, par Stefano Fogher, du concert improvisé.
Un concert improvisé c’est une transe musicale. Pour cela, il faut tout écouter, du jazz mais aussi toutes les musiques, les "bruits" du monde et les chants de la nature. Improviser, c’est être habité par soi-même. Chacun s’essaye, se projette, s’accorde au ressenti de l’autre. L’improvisation existe parce qu’il y a des écoutes présentes. Les auditeurs participent à l’acte d’improvisation.
Nous nous installons dans une salle ogivale sur des coussins ou sur des fauteuils de fortune. Michel Doneda est pieds nus. La contrebasse chante le réveil. Des cris d’oiseaux dans la nuit sortent du saxophone. Puis c’est la clameur de la ville, le trafic, les klaxons. On zoome sur un passant, sur un regard ; le calme se fait. Retour à l’industrie, les bruits des machines de l’usine, les badges. Des bulles dans l’eau. Les cris du contrebassiste répondent aux grattements et bruissements du batteur Uburli Baba. Le saxophone s’autorise une envolée mélodique dans les graves en s’élevant vers le sommet de l’ogive. Ce ne sont plus des musiciens isolés, mais un corpus d’instruments qui ne fait qu’un seul, qui se répond, s’interpelle et s’écoute. Caisses claires frottées, ballon de baudruche trituré. Chaque instrument stimule l’autre, lui ouvre des portes, l’entraine vers un autre devenir et le pousse vers une version différente de lui même. Public et musiciens sont dans un état de concentration intense. Il ne faut pas briser la magie du moment présent, de cette danse mystique sacrée et éphémère, scandée par le contrebassiste. Il y a des instants de relâchement. Trois notes de Naïma de John Coltrane. Michel Doneda psalmodie. La tension s’atténue. Le saxophone expire. Le temps s’est arrêté. Le silence reprend sa place. On attend d’être dehors pour parler.
C’est une expérience rare à laquelle nous avons participé. J’avais déjà écouté Michel Doneda à Jazz à Luz dans les années 90. Le jazz improvisé ne me tente plus autant qu’avant, mais cette soirée au milieu de nulle part m’a permis de revivre intensément ces moments.