Jazz Campus en Clunisois - Mardi 18 août 2026

Fantaisie improbable - 19 h 00

Emilie Calmé : flûtes
Laurent Maur : harmonica, électronique

Laurent Maur & Emilie Calmé © Yves Dorison
Laurent Maur & Emilie Calmé © Yves Dorison

Sur scène et à la ville, Émilie Calmé et Laurent Maur forme un couple. Si je vous disais que cela s’entend dès les premières notes, vous me répondriez que oui et nous aurions tous raison. Ah c’est beau l’unité ! Leur duo associe la flûte et l’harmonica, ce qui est a priori étrange sinon bizarre, non ? Non. Avec de l’inventivité, de la subtilité et une musicalité élégante, tout est possible et ils le démontrèrent dans les écuries Saint Hugues avec un talent rare et hélas méconnu du plus grand nombre (qui a toujours tort). Moi je m’en fous, j’étais là et en ai bien profité. Doué pour la fantaisie et attiré par l’improbable, le duo offrit en partage des dialogues frais et spontanés, entrelaçant des lignes mélodiques cueillies dans leur vécu voyageur et magnifiées par une poésie lumineuse ne masquant jamais la profondeur du récit. Totalement maîtres de leurs instruments, les deux artistes firent couler de source un flux musical épris de liberté, nourri d’inflexions complices et d’entrelacs chaleureux. Ils usèrent avec justesse de l’espace et du silence, avec une gamme éclectique de sonorités, et délivrèrent in fine un concert émollient, régénérateur et souriant. En ces temps troublés et caniculaires, le public et moi accueillirent leur prestation, sensible avec bonheur. C’était cool… aussi cool que Scott McKenzie (1939-2012) quand il chantait San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair). C’était un 18 août, jour où le précité passa de vie à trépas. Ah zut ! Le bougre de Hippie avait toutefois bien vécu sa jeunesse aussi musicale qu’enfumée. Hélas, il connut une fin difficile due au syndrome de Guillain-Barré, une saloperie de maladie auto-immune improbable et dénuée de fantaisie.


Quartet « Island » - 21 h 00

Christophe Marguet : batterie
Régis Huby : violon
Manu Codjia : guitare
Hélène Labarrière : contrebasse

Christophe Marguet Quartet © Yves Dorison
Christophe Marguet Quartet © Yves Dorison

Christophe Marguet, batteur de son état, possède un don rare : quel que soit le projet musical qu’il choisit de développer, il ne se trompe pas. J’allai donc au Théâtre des Arts de Cluny l’esprit tranquille écouter Island sans qu’un instant mes pavillons pensassent à rechigner. La musique née du projet de Brendon Grimshaw, étrange individu qui vécut seul sur l’ile Moyenne, dans l’océan indien, durant quarante années qu’il consacra à la préservation de l’écosystème, nourrissait le cœur du concept. Je fus frappé d’abord par la circulation naturelle des idées entre les musiciens, une forme de fluidité quasi instinctive, assez époustouflante pour tout vous avouer, mais je dois aussi vous signaler que Christophe Marguet était accompagné par des fidèles, en l’occurrence Hélène Labarrière, Régis Huby et Manu Codjia (l’homme qui vous attrape avec une seule note et ne vous lâche plus). Partant de là, les dialogues entre les uns et les autres firent état d’une multiplicité musicale portée par un nuancier presque trop riche pour être honnête. Je plaisante… Toujours est-il que l’ensemble développa des sinuosités mélodiques qui me parurent évidentes. Voyez-vous ce que je veux dire ? Il y a des mélodies qui dès la première écoute vous semble connues. On ne sait pas pourquoi et pourtant, on s’en réjouit. Peut-être que la nature humaine, si elle aime l’inédit, la découverte et la quête, revient toujours dans sa zone de confort chercher ce je-ne-sais-quoi qui la rassure. Et les mélodies du leader étaient rassurantes, quasi familières. Dans les faits, entre accalmies finement ciselées et tensions paroxystiques féroces, d’un solo l’autre, le quartet évoqua avec une expressivité éloquente le petit monde (neuf hectares) de Brendon Grimshaw, un univers pétri de liberté au cœur d’un projet écologique nécessaire (comme le sont tous les projets de ce type, n’est-ce pas). Mais dites-moi, est-ce chimérique de traduire en musique un projet utopique ? Non, puisque le projet initial et le projet musical existent. Couplons les deux et cela donne une utop’île. De quoi donner un regain d’espoir aux optimistes et de quoi énerver les paniquards et autres défaitistes qui n’ont confiance qu’en leur porte-monnaie… Une chose demeure absolument certaine, c’était un 18 août en Bourgogne, jour où l’on dit que vigneron qui prie Sainte Hélène ne perd pas sa peine. Et si en sus le jazz est là, tout va pour le mieux.


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