Jazz Campus en Clunisois, Mercredi 19 août 2026, 21 h 00

Claudia Solal : voix
Benjamin Moussay : piano

La lune est punk et par l’étang qui coule et les temps qui courent le soleil aussi. De mille feux brille-t-il, disait l’autre. Mais là n’est pas le sujet puisqu’il est ailleurs (ou presque). Punk Moon est un sujet double se mouvant là où l’attente inexiste, dans un instant communautaire qui tisse un lien poétique entre l’auditoire et la scène. Claudia Solal et Benjamin Moussay sont maîtres en la matière et ils le démontrèrent une fois de plus en ce mercredi 19 août 2026, jour où naquit Jeanne Bécu (1743-1793), maîtresse royale dont la vie fut raccourcie d’une tête durant la terreur. Dommage, c’était une femme d’esprit… c’est du moins ce qui se dit. Je m’égare. Ou pas. Car après tout, la chanteuse et le pianiste possède ce don précieux de raccourcir le temps qui passe. Hier, ils en firent une bulle atemporelle, un piège sonore royal mêlant mots et notes, qu’un cerveau ouvert à tout vent ne pouvait que s’en ébaubir. La voix multiple et mouvante, toujours heureuse d’explorer la tangente, l’acoustique du piano et les sonorités électroniques amalgamées, permirent à l’alchimie native du duo d’épouser des formes musicales ondulatoires propices à la rêverie. Ici un éclat, là un sifflement s’égarant dans un coin de scène, ailleurs un souffle accentuée et autour, des rythmes et des silences, un geste mobile qui dessine l’éphémère comme on caresse un nuage ; de quoi épanouir un humain qui s’interrogererait car la poésie fait et fera toujours sens. Si j’ai bonne mémoire, Yves Bonnefoy l’avait dit en son temps : la poésie peut sauver le monde. J’aime à penser qu’il a raison car après tout l’espoir est humainement terrestre. Ce 19 août fut donc un jour propice car il marque aussi la naissance de Claude Gauvreau (1925-1971), poète québécois spécialiste de la glossolalie. Je ne vous en dis pas plus.


Jazz Campus en Clunisois, jeudi 20 août 2026, 21 h 00

Yann-Gaël Poncet : voix, violon
Jean-Paul Hervé : guitare
Vincent Lafont : claviers
Philippe Pipon Garcia : batterie

Yann-Gaël Poncet a toujours fait ce qu’il voulait, quoi qu’il lui en coûtât. Le sillon qu’il trace éla-bore une musique originale, synthèse d’un es-prit curieux tourné vers autrui. Tourner vers autrui ? De nos jours, est-ce bien raisonnable ? ! Il y a un hic là, non ? Indéniablement, il y avait un S dans le quartet ce 3 fructidor, jour de la vesse de loup et jour qui vit Darwin (1809-1882) présenter sa théorie de l’évolution… par la sélection naturelle bien entendu. Accompagné par Vincent Lafont aux claviers (une découverte pour moi), par Jean-Paul Hervé (qui lui aussi ne fait que ce qu’il veut) et Philippe Pipon Garcia (qui lui aussi ne fait que ce qu’il veut), le violoniste et chanteur proposa une musique hybride, fortement charpentée, ne souciant aucunement des limites et du consensus, une de ces musiques qui ne rentre pas dans les cases du loisir culturel de masse mais trouve des lieux d’expression sur les scènes alternatives, celle de Jazz Campus en Clunisois par exemple. Le quartet trouva sa juste place dans les oreilles des festivaliers curieux (et bizarres) qui n’avaient pas de pompes bien cirées, ni de cravate pour leur serrer le gosier, mais qui mangent probablement des patates parce que les patates, c’est bon. En accord avec le quartet, ils savaient que la terre est plus aplatie qu’on la pense bien qu’elle soir ronde et bleue comme une orange. Et ils savaient aussi que la lune est punk.

En première partie de soirée, le trio de Rafaelle Rinaudo fit écouter aux mêmes festivaliers une musique mixte, afro-européenne qui, elle aussi, se joua des frontières avec une harpe électrique et un saxophone se mêlant à un n’goni et une flûte peule. Une journée comme celle-là, en langage international, cela s’appelle un cauchemar de Donald ; en français contemporain, un épouvantail à Jordan. À Jazz campus, c’est juste une journée comme les autres.


Jazz Campus en Clunisois