Jazz Campus en Clunisois, vendredi 21 août 2026

Ellington timeless

Aki Takase : piano
Daniel Erdmann : saxophones

Aki Takase & Daniel Erdmann © Yves Dorison
Aki Takase & Daniel Erdmann © Yves Dorison

Il y a quelques temps déjà, Aki Takase et Daniel Erdmann se sont tournés à leur façon vers Duke Ellington (1899-1974) et lui ont inoculé une dose de modernité qu’il n’aurait pas reniée s’il était encore de nôtres tant leur exigence musicale est élevée. Sacrilège, auraient pu hurler les puristes ! Ah bon, auraient pu s’interroger les indécis ? Oh ouiii, auraient pu crier les furieux ! De facto, ce vendredi 21 août, jour de naissance de Count Basie (1904-1984) et, pour faire bonne mesure, d’Art Farmer (1928-1999), le public du Théâtre des Arts la boucla ou, pour être exact, se prit une sacrée bonne baffe, le genre de mornifle qui vous laisse pantois puis violemment heureux, et pour finir flottant et rêveur. Dans mes pavillons, l’énergique Aki et le (pas tout à fait) flegmatique Daniel insufflèrent donc un de ces insaisissables vents tourbillonnants capables de bousiller la permanente de la reine mère. Ils le firent avec une créativité débridée, une effronterie généreuse, un humour hardi et, évidemment, une impétueuse maîtrise instrumentale porteuse d’une musicalité abyssale. Et après, me direz-vous ? Rien d’autre qu’un espace sonore dans lequel je fus plongé (de bon gré, j’avoue), un endroit où la musique du présent se conjugue au futur du passé. Je fus absorbé par leur dialogue et les chemins de traverse empruntés, leurs pas de côté et leur lot de surprises harmoniques en clair obscur, et leurs mélodies, secouées comme un noyer en octobre, animées par la douce ignescence de leur musicienne alliance. Là, vous dites que vous avez raté quelque chose… Et vous l’avez d’autant mieux manqué qu’il existe entre eux une indéfectible complicité humaine intergénérationnelle ; elle fut présente à chaque instant du concert et éleva la musicalité du duo à un niveau invraisemblable — un lieu où les étoiles vous parlent car, après tout, c’est bien normal d’échanger avec les astres — que beaucoup des musiciens aimeraient effleurer ne serait-ce qu’une seule fois dans leur carrière. Avec en sus des compositions originales, une once de Sakamoto et une caresse finale Schubertienne, cette sorte de suite subversive pour Duke fit décoller l’auditoire et votre serviteur comme rarement. Ce fut fichtrement bon et les mots me manqueraient presque. C’est vous dire.


Jazz Campus en Clunisois, samedi 22 août 2026

Blue Roots Quintet

Henri Texier : contrebasse
Hermon Mehari : trompette
Sebastien Texier : saxophone, clarinette
Emmanuel Borghi : piano
Gautier Garrigue : batterie

Blue Roots Quintet © Yves Dorison
Blue Roots Quintet © Yves Dorison

Si la 49e édition du festival Jazz Campus en Clunisois s’est achevé avec Henri Texier et son quintet Blue Roots, lui n’a pas fini d’en découdre avec le jazz, passion d’une vie musicale bien remplie. Chantre de la mélodie boisée, barde charnel aux doigts agiles et avisés, il a pioché dans son répertoire original quelques pépites, histoire de démontrer une fois de plus qu’elles demeurent pertinentes et engagées. L’auditoire évidemment l’attendait et il ne fut pas déçu, loin s’en faut. De facture classique dans la forme, chaque pièce fut fédératrice et donna aux musiciens l’espace nécessaire à leur expression personnelle. Navigant, entre autres destinations, du Maghreb au monde amérindien où aux Balkans, le contrebassiste et ses acolytes déroulèrent un set impeccablement cohérent, riche de nuances, et non dénué d’humour car il en faut pour outrepasser la connerie humaine et croire encore aux impossibles possibles. Et comme le quintet fut aussi bon qu’efficace et parfaitement musical, le temps fila plus rapidement que nécessaire. Le public conquis en redemanda deux fois mais il aurait continué de réclamer si la lumière dans la salle ne s’était pas rallumée… Il faut cependant bien finir de finir de finir de finir, n’est-ce pas ? Pour mieux recommencer un autre jour, vivre du jazz et des musiques improvisées, à travers elles, parce qu’on ne sait tout simplement pas faire autrement. C’était un 22 août, jour Sturm und Drang qui vit débarquer sur terre Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), mais également jour Boom boom qui vit apparaître sous le soleil du Mississipi John Lee Hooker (1917-2001). Sachez enfin que l’année prochaine le festival fêtera ses 50 ans. Cinquante années de stages et de concerts, quand on y pense, c’est assez vertigineux. Je ne le manquerai pas, ce n’est pas dans mes habitudes, et j’en salive d’avance.


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