Jazz à Sète, mardi 21 juillet 2026 21h00
Théâtre de la Mer

Ludivine Issambourg 9tet

Ludivine Issambourg : flûte
Philippe Sellam : saxophone alto
Samuel Maingaud : saxophone ténor
Vincent Aubert : trombone
Philippe Bussonnet : guitare basse
Thierry Eliez : claviers
Martin Wangermee : batterie
+ invités
Wolfgang Valbrun : chant
Kissia San : chant

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Sète. Théâtre de la mer. Les gradins sont combles. Au loin, vers l’Est, la Méditerranée et un tanker à l’horizon, une demi-lune au Sud. Sur scène, les paillettes de la robe-tunique de Ludivine Issambourg captent les premières lumières.
La basse lourde et précise de Philippe Bussonnet initie le concert. Il faut toujours une assise puissante dans le funk, mais il faut aussi des cuivres. Et quelle section ce soir : Vincent Aubert (ex AB sextet) au trombone, Philippe Sellam au saxophone alto et Samuel Maingaud au ténor. Ça groove d’entrée. Le septet surmonte sans effort un public d’abord bruyant, installant le rythme que Ludivine dirige du bout de sa flûte. La rapidité et les aiguës de son instrument s’opposent aux tempos lourds de la basse de Philippe Bussonet et de la batterie de Martin Wangermee. Ça y est : la boîte de funk est ouverte. On se glisse à l’intérieur, happés par la pulsation et les soli des saxophones, tandis que Thierry Eliez aux claviers distille ses effets d’organiste.
Comme de coutume, le troisième morceau offre une pause sous forme de ballade. Le brouillard de scène, superflu, est vite balayé par le vent marin qui s’attaque aussi au chignon de la leader. C’est le moment choisi pour un solo de saxophone aux accents pop-rock très années 80. La machine redémarre de plus belle. Les scats vocaux du claviériste et les nappes du synthétiseur s’appuient sur le jeu de basse. Les cuivres se déploient en bloc puis en aparté, aussitôt rejoints par la flûte. Le duo basse-batterie se retrouve un instant seul dans Amnesia, un nouveau morceau du groupe.
Vient ensuite le moment de passer au standard Fever. Pour l’occasion, le septet s’élargit en nonet en accueillant deux chanteurs invités : la sétoise Kissia San et le puissant Wolfgang Valbrun. La voix de ténor de ce dernier fait vibrer les gradins. Aux petits souffles courts de la flûte répond une envolée de l’alto vers les étoiles. Quelques spectateurs ont quitté leurs sièges pour transformer la fosse en boîte de nuit. Telle une abeille, Ludivine Issambourg vibre et virevolte au milieu du bourdonnement des cuivres. Sous le ciel nocturne, tout scintille. On oscille désormais entre le disco de Cerrone et le funk de James Brown. De sa flûte magique, Ludivine Issambourg a transformé le Theâtre de la Mer en boîte de funk et nous a mis des étoiles plein les yeux et le cœur. In Funk we trust !


Jazz à Sète, mardi 21 juillet 2026 22h45
Théâtre de la Mer

Eliane Elias 4tet

Eliane Elias : piano
Marc Johnson : contrebasse
Leandro Pellegrino : guitare
Mauricio Zottarelli : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

La nuit entoure le Théâtre de la Mer. Dans le lointain la Méditerranée se devine aux lumières d’un bateau au loin. Les applaudissements accueillent le quartet d’Eliane Elias. On change immédiatement d’ambiance par rapport au groupe précédent avec Batida Diferente : nous voilà transportés dans un piano-bar de bossa nova à Rio de Janeiro.
Le batteur, Mauricio Zottarelli, est précis et sec. Le contrebassiste, Marc Johnson, se montre classieux et rond. La guitare électrique de Leandro Pellegrino fait chalouper le thème. Par sa seule présence au piano et par le fil de sa voix, Eliane Elias impose un silence attentif à tout le public. Elle poursuit avec Aquarela do Brasil dans sa langue maternelle, puis Fotografia d’Antonio Carlos Jobim, en anglais cette fois. Sur son estrade, le batteur assure ses coups secs en toute sobriété alors que le guitariste multiplie les arpèges ciselés.
Falo do Amor est une chanson douce écrite pour Lucy, la petite-fille d’Eliane Elias. Le guitariste a réglé ses micros en mode feutré, le batteur maîtrise le style syncopé. Les sonorités percussives et les chuintements du portugais en font une musique entraînante et joyeuse.
Soudain, Eliane Elias stoppe net le concert et fixe le premier rang, où les écrans de smartphones brillent de façon ostentatoire : " I’m not the Rolling Stones ! Do you come to hear me or film me ? Stop please ! ". Tout est dit. Les téléphones retrouvent sagement les poches.
Eliane Elias rassemble alors ses musiciens autour d’elle. Ils forment un cocon serré, recréant l’exiguïté et la complicité d’une scène de club new-yorkais. Le batteur apporte quelques percussions légères et le contrebassiste se rapproche. Le sentiment d’intimité est à son comble. C’est le moment choisi pour susurrer des standards incontournables qui font vibrer et fredonner le public : Saudade do Brasil , The Girl from Ipanema , A Felicidade . L’air marin nous caresse, offrant un moment de fraternité et d’entente totale centrée sur la chanteuse. L’instant est suspendu, magique. Desafinado vient clore ce set d’une infinie douceur.
Nous rentrons tard, l’esprit engourdi de langueurs exotiques, prolongeant le rêve en traversant Sète à pied.


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