mercredi 22 juillet 18h, place de l’Avenir

Prima Kanta

Laurent Rochelle : clarinette, saxophone
Rébecca Féron : harpe électro-acoustique, voix
Arnaud Bonnet : violon, voix
Frédéric Schadoroff : piano, synthé

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Place de l’Avenir. Sous les micocouliers, il y a un peu de vent . C’est ici que je retrouve Laurent Rochelle et son quartet, une semaine après leur concert au Millau Jazz Festival. J’ai d’ailleurs fait une chronique à cette occasion. Voir article [1] .
Je retrouve le violon dansant, la harpe aux notes détachées, les circonvolutions de la clarinette et les nappes électroniques du clavier. C’est toujours aussi tourbillonnant, à la croisée de Francis Poulenc et de Philip Glass. Ouverte sur quatre côtés, la scène peine à focaliser l’attention pour un répertoire aussi intimiste. Les cymbalisations des cigales et la proximité des jeux d’enfants bousculent aussi ma concentration. Il faudrait un écran (un rideau de fond de scène ou des bambous, comme au Triadou) pour clore le lointain et donner une sacralité à l’alcôve. Mais face aux cigales et aux enfants, on ne peut rien. Je ferme les yeux et le plaisir de la semaine dernière revient et la musique de Prima Kanta m’emporte à nouveau vers ses pays imaginaires.


mercredi 22 juillet 21h, Carrières du Bon Temps

Marcin Wasilewski Trio

Marcin Wasilewski : piano
Stawomir Kurkiewicz : contrebasse
Michal Miskiewicz : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Quel plaisir chaque année de retrouver les Carrières du Bon temps de Junas ! Cette alcôve de pierres grisées au soleil couchant bercée par les cigales. Ici la scène est basse, la vue sur les musiciens est parfaite. Le trio de Marcin Wasilewski s’installe sous les applaudissements. Le concert commence doucement, presque tendrement. Quelques jeux de cymbales, des arpèges à la contrebasse. Les balais du batteur Michal Miskiewicz surmontent tranquillement la rumeur des cigales. Le contrebassiste Stawomir Kurkiewicz , un colosse, enlace son instrument. Tout est lyrisme et délicatesse dans le toucher léger du piano.
La contrebasse s’impose dans l’introduction du morceau suivant. Les mains nues du batteur frappent les caisses claires. Wasilewski fait corps avec l’instrument, plongeant ses mains dans le piano. Ses pieds martèlent le sol comme si l’influx musical venait de la Terre pour irriguer la vélocité des mains sur le clavier. Emporté par le flux, le contrebassiste ferme les yeux.
Le public s’est figé, captif, silencieux, dès les premières notes de la ballade du troisième morceau. On croirait assister à la réunion des vieux amis où s’évoquent les souvenirs alors que le soir tombe, entre les promesses de se revoir et les espoirs de soirées à venir.
Le trio de Marcin Wasilewski nous fait du bien. Sa musique méditative, douce a l’âme nous transforme, nous berce et nous guérit, portée par un rythme fractionné, prolongé à l’infini par ces par ces trois merveilleux instrumentistes.
La superbe partition de Rosemary’s baby (composée par le maître polonais Krzysztof Komeda) s’invite sur scène. Elle entraîne la batterie vers un tic tac d’horloge soutenue par une contrebasse nostalgique et boisée, et un piano soumis aux fioritures de la vie.
Un tempo plus pop, plus sucré accompagne le lever de Vénus a l’Ouest. Les cigales se sont tues. Ce groupe a tiré la quintessence du merveilleux trio piano basse batterie américain de Keith Jarrett, tout en lui donnant une coloration européenne et polonaise unique. Ce soir, nous avons la sensation d’être des privilégiés.
C’est un silence suspendu et intense qui clôt le set avant une ovation debout.


mercredi 22 juillet 22h45, Carrières du Bon Temps

Marion Rampal Quintet

Marion Rampal : chant
Matthis Pascaud : guitare
Simon Tailleu : contrebasse
Thibaud Gomez : piano
Raphaël Chassin : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

C’est encore tout vibrants de la musique hypnotique du Marcin Wasilewski Trio, que nous avons retrouvé nos places. Place à l’hommage de Marion Rampal à Abbey Lincoln.
A droite à la batterie Raphaël Chassin, à gauche au piano Thibault Gomez, derrière Simon Tailleu à la contrebasse et juste à coté de la chanteuse, le maître d’œuvre - arrangeur de l’album récompensé aux Victoire du Jazz 2026 : Matthis Pascaud.
Marion Rampal déploie d’entrée cette voix veloutée et voilée que l’on reconnaît entre mille. La guitare de Matthis Pascaud se teinte de sonorités de banjo tandis que la chanteuse scande la pulsation avec ses épaules. Elle présente ensuite le travail de Diane Perpich : l’impossible dissociation, chez Abbey Lincoln, du combat contre le racisme et le sexisme : « Qui respectera la femme noire ? ». It’s supposed to be love, ce morceau terrible sur les violences conjugales est alors accueilli avec un recueillement solennel par le public.
Par Trow it away, le groupe propulse la vocaliste au premier plan, sur le devant de la scène. Je me pose alors la question de l’utilité du piano. Cet instrument harmonique fait (il me semble) double emploi avec la guitare qui accompagne la voix.
C’est un tempo lent et lourd, empreint de regrets et d’émotions, qu’adopte le quintet pour Remember the people d’Archie Shepp, un hommage aux personnes disparues. Les arrangements très bluesy de Matthis Pascaud conviennent parfaitement à Marion Rampal, qui par contraste garde sa voix claire. Je me surprends parfois à espérer qu’elle sorte de ce cadre élégant et qu’elle se pare d’une voix plus rocailleuse à la Janis Joplin. Puis vient I Know Why the Caged Bird Sings, d’après Maya Angelou, scandée d’une voix lancinante et forte. Bird Alone, un cri d’amour et de respect envers Miles Davis clôt le set.
Pour le rappel, en duo avec le contrebassiste Simon Tailleu, Marion Rampal nous offre une magnifique interprétation de First Song de Charlie Haden. C’est un moment suspendu de silence qui accueille la dernière note du concert. Une note émouvante qui vibre encore dans nos cœurs.


https://www.laurent-rochelle.com/primakanta
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