jeudi 23 juillet 18h, place de l’Avenir

Duo Brady

Michèle Pierre : violoncelle
Paul Colomb : violoncelle

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Nous sommes arrivés à Junas à la minute même où sonnent les premiers accords du Duo Brady. Quelques heures plus tôt, nous étions encore dans la contemplation de l’œuvre monumentale d’Anselm Kiefer à la Fondation Eschaton de Barjac. C’est donc l’esprit encore profondément marqué par le regard acéré et lucide de Kieffer sur la guerre et ses ruines que nous avons accueilli la musique de Michèle Pierre et Paul Colomb. Là où le plasticien retranscrit la mémoire des drames passés, les deux violoncellistes nous proposent de réfléchir à La vie d’après ? au travers de leur projet. Et nous sommes sur la place de l’Avenir de Junas, quelle trouble coïncidence ?
Les archets glissent, se répondent, s’entrechoquent, superposant le lyrisme classique du violoncelle à des textures électroniques. Les musiciens s’observent, se sourient, et l’on sent dans leur regard une complicité totale. C’est la troisième fois en deux mois que je recroise la route de ce projet, après l’avoir chroniqué à Jazz in Arles [1] puis au Millau Jazz Festival [2]. Pourtant, le plaisir est intact. Cette complicité presque télépathique des deux violoncellistes irradie au-delà de la scène. Que serait la vie d’après sans la musique ?
En attendant la réédition de leur album, un conseil : ne manquez sous aucun prétexte leurs prochaines dates de concerts [3]. Le Duo Brady passera forcément près de chez vous, et l’expérience est jouissive et indispensable.


jeudi 23 juillet 21h, Carrières du Bon Temps

Adam Baldych European Quartet

Adam Baldych : violon
Daniele Di Bonaventura : bandonéon
Jacob Karlzon : piano
Michel Bénita : contrebasse

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

J’ai une affection particulière pour le violon jazz contemporain. Artiste ACT, c’est Yaron Herman qui m’a fait découvrir Adam Baldych en 2014 sur un formidable disque que je vous conseille : New Tradition.
Aujourd’hui, douze ans plus tard, j’ai le privilège de l’écouter en concert grâce à la programmation polonaise de Jazz à Junas. Baldych a réuni trois musiciens dans European Quartet : le bandonéoniste italien Daniele Di Bonaventura, le pianiste suédois Jacob Karlzon et le célèbre contrebassiste français Michel Bénita.
Des cigales puis un violon. Rainbow. Quelques cordes frottées, un archet. Un piano percussif. Pizzicati à la contrebasse. Avec l’arrivée du bandonéon tout se détend, se cherche, se contourne. Corps à corps à distance des amours débutantes entre le violon et le bandonéon qui ouvre à fond ses anches. La contrebasse ponctue le rythme. Le ciel est encore blanc de chaleur. Le violoniste danse, ondule et se penche.
Pour The stars are Closer than we think, Adam Baldych a empoigné un drôle de violon. C’est une copie unique d’un violon Renaissance. Plus fin plus grand qu’un violon classique. Le La est accordé plus bas, à 432 Hz. Proche de l’alto. Le piano se détache face à ce violon au son plus mat plus boisé. Le bandonéon rivalise d’aigus avec le violon. Le morceau glisse vers la musique contemporaine. Improvisation jazz et musique contemplative, je ne retrouve pas la fulgurance et l’agilité des albums précédents d’Adam Baldych. C’est différent, plus feutré, empreint de spiritualité. Le groupe est fusionnel. Le violon Renaissance frotte sa matité aux aigus étincelants du bandonéon. Une plainte slave dans la nuit Junasole. Une mélodie irlandaise et Baldych convoque les fées celtiques à une valse et à une danse acrobatique sous les étoiles
Le quartet nous offre Jadzia, un hommage à une des filles du violoniste. C’est un instant rare que nous avons partagé sous la Grande Ourse. Un concert épuré et spirituel où s’exprime la grande maturité d’Adam Baldych. L’album Endless vient de sortir. La qualité sonore y est superbe. Je vous le conseille.


jeudi 23 juillet 22h45, Carrières du Bon Temps

Anne Paceo Atlantis sextet

Anne Paceo : batterie, voix
Cynthia Abraham : voix
Christophe Panzani : saxophone
Lilian Mille : trompette, bugle
Gautier Toux : piano
Maya Cross : clavier

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

La batterie trône en position centrale. Éclairage Pop-Rock, lumières bleues.
The Edge : Des voix éthérées s’élèvent, rejointes par un gros son de batterie, et les cuivres : saxophone et trompette. L’écriture ample frôle parfois le pompeux, mais elle demeure profondément mélodique et poétique. Anne Paceo réussit son pari : elle nous embarque d’entrée vers son space opéra sous-marin. Atlantis.
Les parois des carrières se métamorphosent en une piscine minérale sous les projecteurs bleu. Avec Gautier Toux au piano et la toulousaine Maya Cross aux claviers, le public plonge vers les profondeurs submarines. Le chant de Cynthia Abraham fait office de caisse de résonance. La musique enveloppe avec force ce qui, dans la réalité, reste le monde du silence.
Anne Paceo s’avance en front de scène pour interpréter une drôle de comptine aux accents de pop anglaise. C’est émouvant, un peu disruptif. Christophe Panzani au saxophone et Lilian Mille à la trompette maîtrisent les échos et les sonorités aquatiques.
Tant qu’il y aura de l’eau résonne comme un chant de ralliement écologiste.
Construit sur des rythmes métronomiques, le morceau The Diver évoque des bouffées d’oxygène salvatrices après une longue apnée. Les nappes de claviers électro-technoïdes, la lourdeur de la batterie et la voix en écho de Cynthia Abraham recréent l’atmosphère d’un environnement hostile.
En livrant cette version live de son album concept, Anne Paceo nous a offert un moment à la fois éthéré et très plaisant, complètement pop avec des effets électroniques.


https://www.adambaldych.com/en

https://annepaceo.com/fr/playlist/atlantis-standby/