vendredi 24 juillet 18h, place de l’Avenir

Gigigi

Anna Bouchet : clarinette basse, chant
Teresa Bertoni : guitare, chant
Matteo Stefani : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Je suis un peu misophone. J’ai mis un nom récemment sur cette phobie. Certains bruits me crispent. Les souffleurs de feuilles par exemple. Mais qui a inventé cela !
Dans les concerts, je ne supporte pas les bavards (le chomping). Tôt ou tard, je leur conseille d’aller parler plus loin. Généralement mes voisins apprécient. Curieusement plus le son est fort, plus certains s’autorisent à parler, pensant sûrement qu’on ne les entend pas (effet Lombard). Mais moi je les entends ! Et conjugués au niveau sonore, c’est épuisant !
C’est ce qui s’est passé avec le concert de Gigigi, ce groupe franco italien récemment lauréat du Concours National de Jazz de la Défense.
On doit le dire : le niveau sonore était largement excessif. Je me suis éloigné un maximum des hauts parleurs. J’ai collé le dos de ma chaise au grillage de la place. C’était encore trop fort ! Et il y avait des bavards dans mon entourage ! Une torture !
Et la musique ? Guitare électrique saturée. Batterie rock. La caution jazz ? C’est la clarinette basse ? Deux chanteuses qui crient ? Je me donne trois morceaux avant de décamper. Le quatrième morceau me retient car il est plus cool et avec une bonne maîtrise des basses. Une boucle avec la clarinette basse se heurte à des riffs de guitare. Au cinquième morceau je suis parti. Je ne vous dirai pas plus de ce que j’en pense. Je crois que vous avez compris !


vendredi 24 juillet 21h, Carrières du Bon Temps

Motion Trio

Janusz Wojtarowicz : accordéon
Pawel Baranek : accordéon
Marcin Galazyn : accordéon

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Motion Trio, ces trois accordéonistes polonais, ont transformé, ce soir, leurs instruments acoustiques en de véritables machines à danser, rivalisant d’énergie avec la musique électronique, bien loin des clichés traditionnels.
Coté droit, Marcin Gałazyn (coiffé de sa casquette) et Paweł Baranek (l’homme aux lunettes noires) déploient la vélocité de leurs accordéons à clavier boutons. À gauche, le leader et compositeur Janusz Wojtarowicz dirige l’ensemble sur son accordéon à clavier piano. Marcin pose les lignes de basse, Janusz installe des gimmicks (ces ritournelles répétitives), tandis que Paweł libère la mélodie.
Sans pédales d’effet, sans échantillonneurs ni boucles électroniques, ce trio de virtuoses parvient à générer des textures sonores incroyables, à la frontière de la techno et du folklore d’Europe de l’Est. Les Balkans s’invitent aussi sur scène quand Pawel percute son instrument comme un joueur de tablas, pendant que Janusz se lance dans un solo.
Alertés par un bruit de fond, les musiciens s’arrêtent. Ils découvrent alors que les cigales sont les invitées permanentes des concerts aux Carrières ! Le morceau repart de plus belle, sans beatbox, uniquement porté par cette coloration électro et les claquements rythmés sur les instruments.
Janusz fait le clown, se lève et danse debout devant ses camarades. C’est un véritable esprit tzigane qui traverse les instruments de ce trio atypique et dansant. Un peu de dérision fait un bien fou dans ce milieu du jazz parfois trop sérieux et guindé ! C’est si rare. Un tango lent s’amorce ensuite. Mais ce n’est pas un tango ordinaire : c’est comme si Carlos Gardel buvait de la vodka en mangeant du bortsch.
Le public ravi est emporté dans un tourbillon de citations musicales audacieuses : une version modernisée du Boléro de Ravel, des rythmes slaves effrénés évoquant des danses folkloriques de cavaliers polonais, et un hommage surprenant à 2001, l’Odyssée de l’espace, où les cliquetis mécaniques des boutons de nacre reproduisaient les murmures technoïdes de l’ordinateur HAL 9000.
Le concert s’achève dans l’euphorie générale sur le titre Carrousel, une transe digne d’un club électro comme une course de voitures lancées à pleine vitesse. C’est une immense joie de découvrir une autre façon de jouer de l’accordéon, et de concevoir la musique en général !


vendredi 24 juillet 22h45, Carrières du Bon Temps

Léon Phal Quintet

Léon Phal : saxophone
Zacharie Ksyk : trompette
Gautier Toux : clavier
Rémi Bouyssière : contrebasse
Arthur Alard : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Depuis environ cinq ans, le Léon Phal Quintet s’est taillé une place de choix sur la scène du jazz hexagonal. Je les avais découverts à Jazz à Sète juste après la sortie de leur deuxième album : un véritable coup de foudre !
Seul bémol : sous prétexte qu’il s’agit d’une musique moderne et énergique, le technicien-son a grandement poussé le volume. Faute d’avoir pris mes protections auditives, je dois me rabattre sur de banals bouchons en mousse. Dommage pour la finesse acoustique !
D’entrée le groove s’installe. Gauthier Toux, grand maître des claviers, texture l’espace de ses effets synthétiques. À la contrebasse – dotée d’une extension sur la corde de Mi –, Rémi Bouyssière déploie une régularité métronomique, tandis qu’Arthur Alard imite à la perfection les accents de la drum’n’bass. Sur cette rythmique solide, le saxophone et la trompette peuvent s’envoler.
Entre Léon Phal et le trompettiste Zacharie Ksyk, la complicité est fusionnelle. Leur sens de l’écoute mutuelle relève du deep listening. Leurs soli arrivent toujours à point nommé, laissant les silences respirer et participer à l’œuvre collective.
Le groupe en profite pour nous offrir les morceaux de Bodies and Ideas, leur cinquième album à paraître ce mois de septembre 2026 - à coup sûr un des succès Jazz de l’automne. Les interventions du leader au saxophone ténor sont d’une justesse remarquable, sans bavardage inutile. Porté par une section funk et afrobeat qui gronde au fond des carrières, Léon Phal, l’air flegmatique, se déhanche et invite le public à investir le devant de la scène. Ksyk enchaîne avec des chorus étincelants. Plus tard, un arpège de contrebasse introduit Love Beats Hate, une ballade magnifique où la tension monte crescendo entre le piano insistant de Toux et les complaintes du ténor qui déchirent le ciel des carrières.
Avec des titres comme Bless the Mad et Imutat, le quintet prouve qu’il est la formation jazz-funk de l’année. Qualité des riffs, cohérence des orchestrations, homogénéité du groupe : ce funk-jazz cool, écrit et sans prétention, fait un bien fou et libère une joie pure. Pour le final volcanique, les aigus du saxophone rivalisent avec la furie des synthétiseurs et une batterie sauvage.

PS : En sortant, je constate que de nombreuses chaises ont été désertées par un public probablement chassé par le volume sonore. En passant devant la régie, je ne peux m’empêcher de glisser poliment au "sondier" – comme l’appelle Laurent de Wilde – que les 103 dB affichés sur sa console étaient vraiment excessifs.


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