Opio, 06 au 08 août 2026

Si les concerts mensuels se déroulent (septembre à juin) dans la salle polyvalente, prêtée par la mairie, que les bénévoles ont le génie de transformer en club de jazz l’espace d’une soirée, le festival a trouvé le cadre parfait avec cet amphithéâtre sous les oliviers depuis 11 ans. Dans les deux contextes, c’est une histoire d’amitié renforcée au fil des ans qui est au cœur de la réussite de cette famille de « fourmis ».

Jazz toute l’année à Opio

A l’origine de ce Jazz Up, un couple de passionnés, Patricia & Michel, lassés des déplacements pour aller écouter du jazz dans de bonnes conditions. Il réussit à convaincre un couple d’amis Jocelyne et Robert de les rejoindre dans ce projet mais surtout la mairie de leur prêter la salle une fois par mois. Depuis près de 20 ans, l’aventure a débuté en 2008, la salle de 150 places assises autour d’une table comme dans les clubs, est très souvent pleine pour venir écouter des artistes de renom qui succèdent aux meilleurs régionaux et le carré de bénévoles s’est agrandi jusqu’à la dizaine. Quand on est artiste, on a le bonheur de pouvoir déguster – après les balances- la cuisine maison qui rajoute un atout au formidable accueil.
La suite de ce succès était naturellement de proposer du jazz toute l’année, d’organiser un festival dans ce moyen pays cannois mais surtout de trouver un lieu. Cette quête avait été anticipée par la mairie soucieuse d’avoir un lieu extérieur, agréable, pour proposer des animations et c’est ainsi que fut construit cet amphithéâtre en 2010 et que le Jazz Up sous les oliviers y a pris ses marques depuis 2015. Après avoir connu et vécu cette qualité d’organisation en salle, l’occasion s’est présentée de découvrir une autre dimension, celle de ce festival qui, pour paraphraser une pub « culte » pour une voiture française, « a tout d’un grand » (le texte original était « Elle a tout d’une grande » vous avez la référence ?)

Nous avions un double intérêt dans cette 12e édition, savoir comment on passe dans une autre dimension dans l’organisation et voir l’évolution des 3 groupes programmés vus précédemment. Pour bien le ressentir, ne pas arriver juste pour les concerts afin de prendre la « température » , ce fut notre démarche pour les 3 jours. Côté thermomètre, il est toujours resté autour de 32 degrés (à l’ombre) quand je retrouvais l’équipe technique juste avant les balances.

Soudainement, chaque jour et quelques minutes après, la colonie des « fourmis du Jazz Up, se mettait en ordre de marche, dans une chorégraphie bien huilée par la « reine » Annie, le tout sous la canicule. C’est un véritable esprit de famille – souvent civilement réelle – qui règne au sein de la quarantaine de bénévoles où, si les postes sont bien établis, personne ne rechigne pour aider dans un autre secteur. Cet esprit de famille, on le retrouve au moment du repas. Il a contaminé les plus jeunes dont les parents ou grands-parents sont déjà des bénévoles. Passons au menu de ce Jazz Up sous les oliviers.

Entrée : Cascino Trio

Patrick Cascino : piano
Luca Scalambrino : batterie
Charly Tomas : contrebasse

Ce groupe venu de Marseille a été – pour moi – la grande révélation du dernier forum Jammin’Juan en octobre où il avait fait le concert d’ouverture de ce forum professionnel et le « coup de cœur » du programmateur de Jazz Up. Changement de décor et de contexte surtout après la sortie du dernier album Follow the river au début de l’année. Visiblement le trio joue beaucoup plus libéré comme me le confiera Patrick après ce concert d’ouverture. Aisance qui lui a permis d’utiliser le taux d’humidité élevé de la soirée comme un gag alors qu’il les obligeait à essuyer souvent clavier, archet ou cordes de la contrebasse voire la peau des tomes ou ses mailloches. Quand on dit que « la vie n’est pas un long fleuve tranquille » avec le Cascino Trio on se laisse entraîner sans difficulté à suivre la rivière ou le fleuve.

Une complicité de trente ans

On ne sait jamais tellement le changement de tonalités, de couleurs se fait sans brutalité dans les différents morceaux. Le pianiste a le dont d’introduire chaque titre comme Groovy Planet car « il faut en prendre soin » rappelle-t-il et on s’imagine sur le fleuve Amazone. Pour Il Pescatore Sull Acqua , une compo de Luca, le batteur, il évoque un lever aux aurores avec ce héros poissard et partenaire d’une pêche infructueuse du côté de Martigues. Son complice de trente ans Charly n’a pas été oublié, avec Monsieur Charles, appellation totalement justifiée de part sa distinction, sa présence, son expertise musicale mais également pour son incroyable jeu de scène d’un contrebassiste qui danse avec son instrument et se lance même dans des vocalises muettes.

Que dire du mime de Patrick pour la chatte qui a marché sur le clavier du piano pour le réveiller et qui a donné naissance à cette balade de Lilou Song qu’il entame en solo sur scène avant de retrouver ses compères dès que son tempo augmente ! Les images de chevaux andalous nous viennent tout naturellement avec Los caballos. Même s’il a composé la majorité des titres, Patrick Cascino n’oublie pas de mettre en valeur ses partenaires sur scène et dans l’album. Nul doute qu’il n’y a pas besoin de décompte, ni de paroles pour lancer un morceau avec ce trio qui dialogue par le regard tellement ils sont reliés. Un bon conseil, Follow the river.

Le plat : Nicolas Gardel Quartet

Nicolas Gardel : trompette
Julien Garin : percussions
Thomas Boudé : basse
Arthur Guyard : piano

Notre dernière rencontre avec Nicolas Gardel remontait à 2019, à l’époque où il était venu en duo avec le pianiste Remi Panossian au Saint Jazz Club de Saint-Jean-Cap-Ferrat, ce festival hivernal où je secondais le regretté Marc Peillon. Nos retrouvailles au Jazz Up sont très chaleureuses dans tous les sens même si Remi me fait l’honneur de pénétrer dans la « tiny house », une sorte de mobile home très confortable, climatisé, fourni par la mairie depuis l’année dernière.

La Mano Figa, porte-bonheur et titre de l’album

Il est venu en quartet présenter son dernier album Mano Figa qui est présenté comme beaucoup plus personnel avec une très forte connotation latino-américaine. Dès les premières notes, le ton est donné sur les multiples destinations musicales où nous allons être embarqués. L’intro de Julien commence avec un instrument qui nous semble particulièrement étrange. En réalité, une Quisada, instrument afro-péruvien où l’on frappe avec la main, ce qui fait résonner les dents autrement dit une mâchoire d’âne ! C’est le signal pour le solo de basse de Thomas qui ne quitte pas des yeux le pianiste tout en se mettant à danser pendant le concert et même à faire du playback comme Charly, le contrebassiste la veille !

Par instant, dans ce premier morceau les percus de Julien nous font penser à des pas de flamenco mais on revient vite au Brésil dans cette battle avec Arthur au piano qui signe le premier morceau Alameda et le suivant Boricua. Un peu d’humour pour présenter Loveless in Babylone à ne pas confondre avec Topless à Carcassonne... Dans ce concert, il se livre beaucoup sur son histoire familiale qui a vu sa mère choisir la France et sa tante le Vénézuéla pour fuir une Espagne hostile et dangereuse. Lors de son voyage avec sa sœur au Vénézuéla il y a quelques années, il a choisi un collier particulier parmi les objets proposés par sa tante. Une amulette qu’il porte autour de son cou et bien visible quand il joue. Il a appris lors d’une rencontre avec un musicien vénézuélien au festival de Vic-Fezensac que ce bijou Mano Figa (le pouce coincé entre deux doigts) était considéré comme un porte bonheur dans en Amérique du Sud.

Une intro pleine d’émotion pour présenter le titre dédié à sa tante La Tia de Caracas où Julien nous a gratifié d’un époustouflant solo de percussions tous azimuts et d’une longueur marathonienne à tel point que Nicolas et Thomas se sont exceptionnellement accroupis, dans une posture admirative. Dans le public, nous retenions notre souffle mais les applaudissements ont crépité avant la fin de la performance. Pour la seule compo collégiale, Con Sentimentalidad, Nicolas a demandé la participation chantée du public qui ne s’est pas fait prier. Souhaitons-lui pour son quartet que cette mano figa les accompagne le plus longtemps possible.

Le dessert : Le Nice Jazz Orchestra &Walter Ricci.

Walter Ricci : voix
Marjorie Martinez : voix
Pierre Bertrand : direction musicale. saxophone ténor, flûte
Alain Asplanato : batterie, direction artistique
Christian Pachiaudi : basse, direction artistique
Cyril Galamini : trombone
Joël Chausse : trompette
Philippe Bleuez : trompette
Fred D’Oelsnitz : piano
Amaury Fillard : guitare
Better Sax : saxophone baryton, clarinette
Jean-Marc Baccarini : saxophones alto & soprano
Max Arbrieu : trombone

Plus d’une heure avant le concert, la queue était déjà importante devant le portail, la plus longue des trois soirées, une dernière qui s’annonçait comme « sold out ». A l’affiche le big band régional Nice Jazz Orchestra, onze musiciens et la chanteuse Marjorie Martinez, dont le directeur musical n’est autre que Pierre Bertrand, le multi-saxophoniste-flûtiste, chef d’orchestre aux multiples casquettes comme celle d’arrangeur des plus grands shows télévisuels.

Walter Ricci, future star en Italie

Mais c’est surtout la présence exceptionnelle du napolitain Walter Ricci, future grande star en Italie, dans la lignée des crooners, capable de scatter comme peu de chanteurs en sont capables, une présence scénique incomparable, le charme d’un Franck Sinatra.

Avec le NJO, c’est une longue histoire qui a commencé en 2011, du temps où j’étais disquaire chez harmonia mundi à Nice avec la sortie de leur premier et seul album à ce jour Festival, dédié au fabuleux trompettiste François Chassagnite, décédé peu avant la sortie après avoir pu enregistrer son solo sur A night in Tunisia. Chaque année, le trio de directeurs artistiques (Pierre Bertrand, Alain Asplanato et Christian Pachiaudi les historiques) montent un concert hommage aux grands du jazz sur 3 soirs au Théâtre Francis Gag avec des guests, Walter est venu mais pas très souvent. La dernière fois où j’avais vu ce big band au complet dans un festival et avec Walter Ricci, nous étions au Cannet (à côté de Cannes ne vous trompez pas) dans le cadre des Estivales du Conseil départemental des Alpes-Maritimes en juillet 2021.

Pour ce concert à Opio en 2026 sur le thème « Route 66 » afin de revenir sur les standards de ces années 60, sa venue était un évènement. Si les morceaux proposés n’étaient vraiment pas une surprise, le duo vocal s’est montré à un niveau encore supérieur tout comme les duels entre Amaury à la guitare, Christian et sa contrebasse sans oublier Fred au piano. Les dialogues de sourds franco-italiens avec Pierre le chef d’orchestre ont ajouté un côté burlesque aux transitions bien travaillées.
Entre quelques tubes du jazz de ces années 60, le public présent a eu le privilège de découvrir – pour une très grande partie certainement- que cet artiste italien avait aussi un réel talent de pianiste-chanteur en nous gratifiant de quelques airs mythiques du répertoire traditionnel italien.

Un final en apothéose pour cette douzième édition d’un festival qui a tout d’un grand au point que Pierre Bertrand, le directeur musical du NJO n’a pas hésité à le qualifier de Marciac de la Côte d’Azur en remerciant l’association pour la qualité de son accueil, le travail de l’équipe de bénévoles et la diversité de la programmation, de l’ambiance.

Un esprit de famille dans toute sa définition au Jazz Up

Cet esprit de famille dans sa plus grande définition, une aventure partie d’un couple qui s’est muée au fil des années en une solide et indestructible chaîne d’amitié où chaque maillon est relié sans effort au précédent et au suivant.
Une qualité de programmation qui entraîne de plus en plus de personnes à se procurer le pass « 3 jours » comme Joël, mon voisin de table dans l’espace VIP le premier soir. C’était un vieil habitué du Cedac à Cimiez , là où il a vu les plus grands quand c’était Pierre Demaria qui programmait. Il est venu ensuite les autres soirées me dire bonjour avant d’aller à sa place qui, pour lui, changeait « Je suis très curieux, confiant dans la programmation et je prends mon pass chaque année sans la connaître ».
Au moment où vous lirez ces lignes, la saison hivernale aura peut-être débuté *, mais il est fortement conseillé de suivre ce Jazz Up qui a trouvé les bonnes formules tout au long de l’année pour continuer à nous faire aimer le jazz, surtout avec ce cadre idéal d’un amphithéâtre sous les oliviers, à quelques dizaine de mètres du Rond Point Coluche, baptisé ainsi en hommage à l’humoriste décédé dans un accident de la circulation non loin de là.

Un big-up pour le Jazz Up à Opio !

Les dates pour la fin d’année : 26/09 – 10/10 – 21/11 - 12/12)


https://jazzup06.org/