Au programme : Daniel Humair et Vincent Lê Quang Duo, Avishai Cohen Trio et Pink Freud
samedi 25 juillet 18h, Temple de Junas
Daniel Humair et Vincent Lê Quang Duo
Daniel Humair : batterie
Vincent Lê Quang : saxophone

Le temple de Junas sent l’humidité. Les cigales, elles, sont restées à la porte. Aux murs, les “bateaux” bleus d’Anna Baranek apportent leur touche de couleur. Le temps est lourd, rendant l’usage des éventails obligatoire. Nous nous serrons sur les bancs pour entendre Daniel Humair, à l’occasion de la sortie de sa biographie en librairie [1]. C’est la première fois qu’il joue sous la lumière des vitraux qu’il a peints en 2013. "Le jazz n’est pas une musique difficile", nous glisse-t-il. On le croit volontiers à voir l’aisance avec laquelle il amorce le concert.
La batterie résonne et sature l’espace dès le premier morceau, Missing Pages de Joachim Kühn. Vincent Lê Quang lance des envolées féroces vers la voûte. Le saxophone claque, tandis que la batterie distille la mélodie. Qui fait les percussions ? C’est un concours de force et d’équilibre entre les deux instrumentistes. Tel un maître “Yoda”, Daniel Humair ferme les yeux. On reconnaît la composition élégante du clarinettiste basque — Mutinerie de Michel Portal —, pleine de vie et de saveurs. C’est alors un souffle d’air descendu de la Rhune qui traverse la salle.
La batterie s’isole, rejointe par le tonging de Vincent Lê Quang sur le bec de son saxophone soprano. Le soleil perce les vitraux sérigraphiés. Lancé dans une chevauchée fantastique, le maître horloger suisse distille son prêche, Les Oignons de Sidney Bechet, du bout de ses baguettes. Genova, pièce en trois mouvements, rend hommage à Genève sa ville natale. Ça swingue. Le pharynx du saxophoniste monte et descend alors que s’enchaînent les graves et les aigus. Éternellement jeune, Daniel Humair, tel un bon pasteur, nous ramène vers un jazz simple, sans piège ni prétention, loin des "concepts albums" ou des sous-entendus.
De belles mélodies sucrées et cinématographiques prennent ensuite corps sous la pierre. Un superbe Voyage au bout de l’enfer de Stanley Myers succède à une ballade suspendue, Send In The Clowns de Stephen Sondheim.
Les roulements sourds du saxophone s’opposent désormais aux aigus des cymbales sur Time to time free de Joachim Kühn. Daniel Humair sourit : il maîtrise chaque partition, chaque mesure. Vincent Lê Quang, traversé par cette vibration, fait crier son saxophone avant de s’arrêter net sur une ultime frappe.
En rappel, le duo magique nous offre La Porte du Paradis. Quelle ironie dans un temple !
En préambule, Daniel Humair nous disait qu’il ne faut "jamais avoir honte en sortant de scène". Aujourd’hui, le contrat est magnifiquement rempli.
samedi 25 juillet 21h, Carrières du Bon Temps
Avishai Cohen Trio
Avishai Cohen : contrebasse
Jeff Ballard : batterie
Itay Simhovich : piano

Mille trois cents spectateurs se sont pressés ce soir pour assister au concert du Avishai Cohen Trio. Un concert complet et un record historique pour Jazz à Junas. Il faut dire qu’Avishai Cohen est un artiste recherché et apprécié depuis plus de vingt ans ! Aujourd’hui, son trio a fière allure : le maître incontesté Jeff Ballard tient la batterie, tandis qu’Itay Simhovich — à peine vingt-deux ans — s’installe au piano.
Sous les premiers frottements des balais, le piano s’élève, teinté d’accents orientaux. Le son est parfait. La contrebasse s’empare rapidement du thème. Le jeu du jeune pianiste est incroyable ! Avishai Cohen possède un flair unique pour enrôler la crème des claviers : après Shai Maestro, Nitai Hershkovits, Omri Mor, Elchin Shirinov ou Guy Moskovich, il a repéré Itay Simhovich dans son école de musique il y a deux ans, l’intégrant d’office dans son quintet à seulement dix-neuf ans.
Le contrebassiste se courbe, enlace son instrument et, presque à genoux, caresse les cordes. Le pianiste se fait véloce, alors que la batterie tapote délicatement sur le cerclage des caisses claires. Dans le ciel, les nuages se teintent de noir et d’or. Les cigales se sont tues. Avishai Cohen balance la tête de gauche à droite, ses mains gigantesques semblant faire le tour du manche. Le troisième morceau déroule les notes de la célèbre ballade Remembering. Les cymbales tintent, quelques hirondelles zèbrent le ciel. Une musique quasi spirituelle s’élève de la scène alors qu’un canadair passe au loin.
Les pierres des carrières se colorent de bleu. La nuit tombe doucement, apportant un souffle frais bienvenu. Le pianiste accélère le rythme. Le tempo de la batterie semble alors porter toute la mélancolie du monde. Le grand ensorceleur, dont la contrebasse chuinte avec grâce, a conquis les cœurs. Sa musique purifie, apaise les esprits et vibre pour la paix. Itay Simhovich envoie ses notes vers les étoiles comme une offrande.
En rappel, les échos de Besame Mucho résonnent sur les parois de pierre. Un moment de grâce suspendu que ces musiciens nous ont offert ce soir.
samedi 25 juillet 22h45, Carrières du Bon Temps
Pink Freud
Wojtek Mazolewski : basse
Karol Wysocki : saxophone
Adam Milwiw-Baron : trompette
Rafal Klimczuk : batterie

La lune au loin. trompette éthérée de Adam Milwiw-Baron à la Nils Peter Molvaer. Nappes électroniques. La basse de Wojtek Mazolewski est excessivement présente. On ne reconnait pas le son du baryton de Karol Wysocki. La batterie de Rafal Klimczuk est bien énervée.
Punk-Jazz ? Punk sous Xanax. Aurait-on perdu le swing ?
Le "sondier" a poussé le volume à fond -vraiment à fond- pour inciter à danser. C’est la tradition de faire danser avec le groupe final. Doit-on pour cela s’équiper de bouchons d’oreilles ?
J’ai la réponse. Je ne resterai donc pas plus longtemps.

Je ne m’avoue pas vaincu : j’ai donc écouté le disque Solo du leader, Wojtek Mazolewski , encensé par Downbeat. C’est une pure merveille. Un mélange de jazz, d’électronique et de chants. Je vous le conseille. A écouter absolument !
http://www.danielhumair.com/
https://avishaicohen.com/
https://www.instagram.com/pink_freud_official/
https://www.jazzajunas.fr/
[1] Daniel Humair, par Julien Le Gros et Frédérick.e Grasser Humair (Éditions Frémeaux & Associés)